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    Françoise Vergès: «La décolonisation c'est aussi la décolonisation des mentalités»

    Françoise Vergès en mai 2016. CC0/Wikimedia/Llann Wé

    Le sommet de l’Union africaine se tient aujourd’hui et demain, à Nouakchott, en Mauritanie. Une vingtaine de chefs d'Etat africains sont présents. A l'unanimité, ils apportent leur soutien à la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, candidate pour prendre la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Mais qu’est-ce que la francophonie actuellement ? Que représente la langue française aujourd’hui ?  Françoise Vergès, politologue à la Maison des sciences de l’homme, à Paris, ancienne présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, en France, vient de publier un article, sur le sujet, dans la Revue du Crieur (Mediapart - La Découverte), intitulé Décoloniser la langue française - Pour une politisation de la Francophonie. Elle répond aux questions de Magali Lagrange.

    Vous affirmez dans votre publication qu’il faut « décoloniser la Francophonie ». Pourquoi ?

    Françoise Vergès: Puisque la Francophonie en fait, ce n’est pas tellement une politique pour faire simplement apprendre le français ou diffuser le français mais une politique pour une idéologie qui mettait le Français comme une langue au-dessus des autres et comme étant la langue, la seule langue qui aurait signalé une bonne éducation, une bonne intégration. Donc en cela, il faut enlever l’usage du français de toutes ces idées préconçues et en faire tout simplement une langue dans laquelle on s’exprime, on écrit et qui ne porte pas ce passé colonial.

    Le président français, Emmanuel Macron, a annoncé plus de trente mesures pour moderniser la Francophonie. C’était le 20 mars dernier, à l’occasion de la Journée mondiale pour la Francophonie, à l’Académie française. De nouvelles institutions par exemple ont été mises en place, et il affirmait justement que la France n’était plus qu’un pays parmi d’autres dans la Francophonie. Vous n’y croyez pas ?

    Ce n’est pas que je n’y crois pas. On verra bien mais si vous voulez, on ne peut pas passer de toute une série de choses qui ont été mises en place autour de cette manière d’apprendre le français à juste une déclaration en disant que ce ne sera plus ainsi. Cela veut dire en effet, quelle va être la formation des personnes qui enseignent le français ? Quels vont être les textes qui vont être enseignés ? La déclaration d’intention, c’est très bien mais comment va-t-elle être mise ne pratique ?

    En 2050, au moins 80 % des personnes parlant français dans le monde seront africaines. C’est une projection. Faut-il un Africain à la tête de la Francophonie ?

    S’il y a des Africains qui veulent s’emparer de cette institution et en faire quelque chose de différent pour voir comment cela pourrait changer, pourquoi pas ? Mais cela signifierait vraiment une autre Francophonie. N’oublions pas. Beaucoup de politiques d’ajustement structurel ont absolument tué les maisons d’éditions et les librairies dans plusieurs pays d’Afrique francophone. Donc, si ce sont des Africains ou des Africaines qui sont à la tête et que c’est pour faciliter l’accès à des livres à un plus grand nombre et aussi à des ateliers d’écriture, à une plus grande facilité d’expression de la littérature, de la poésie, de la chanson français, pourquoi pas ?

    La Rwandaise Louise Mushikiwabo est candidate pour prendre la tête de l’OIF [Organisation française de la Francophonie]. Est-ce que vous pensez qu’elle est la bonne candidate pour l’Afrique ?

    Je n’aime pas tellement me prononcer. Je suis beaucoup plus intéressée par ce que les gens veulent faire dans une institution.

    Mais le Rwanda a remplacé le français par l’anglais, comme langue d’enseignement, en 2008. Est-ce que ce n’est pas étonnant de voir le Rwanda vouloir prendre la tête, en tout cas une Rwandaise, vouloir prendre la tête de l’OIF ?

    Non, pas nécessairement. On va voir ce qu’elle dit, ce qu’elle veut faire. Si elle veut le faire, quel est son programme. La nationalisation de la langue, c’est quand même un problème. Qui est la bonne personne ? Est-ce que c’est la nationalité qui va indiquer le bon candidat ou est-ce que ça va être ce que cette personne veut faire ?

    Le président français, Emmanuel Macron, lui a apporté son soutien. Que pensez-vous du soutien d’un président français à une candidature à la tête de l’OIF ?

    Je pense que ce n’est vraiment pas à un président de parler de cela. Une institution de ce genre devrait être la plus indépendante possible.

    Est-ce que ce ne sont pas les gouvernements qui lui donnent aussi une impulsion, une importance, au niveau mondial ?

    C’est la manière dont la Francophonie a été mise en place qui a donné aux gouvernements la place qu’ils ont. On pourrait penser qu’il y ait beaucoup plus d’universitaires, d’écrivains, d’artistes qui seraient amenés à définir ce que serait une politique de la Francophonie.

    Voyez-vous la Francophonie comme quelque chose de purement culturel ? Est-ce que cela ne doit pas être aussi économique ?

    C’est déjà économique, quand je dis justement que c’est une langue qui est beaucoup utilisée pour faire passer une certaine manière de voir la technologie. Pour moi décoloniser la Francophonie, c’est décoloniser la manière dont cette langue se présente aparemment comme neutre mais qui va porter une certaine idée de ce qu’est la technologie ou la science.

    Donc, et c’est le titre de votre article, il faut la décoloniser ?

    Oui. Très souvent, quand une langue parle de technologie ou quand elle parle de science, elle va être assez indifférente sinon méprisante envers des pratiques populaires ou des pratiques vernaculaires du savoir. Cela va être la langue de l’ingénieur abstrait ou du mathématicien ou encore de l’architecte qui construit de manière abstraite sans tenir compte par exemple des besoins autour. Pour moi vraiment, la décolonisation, c’est aussi et profondément la décolonisation des mentalités.

    Certains mots sont un peu bannis du vocabulaire, depuis la fin des colonies…

    Oui.

    Mais cela ne suffit pas…

    Cela ne suffit pas et puis il y a eu aussi cette séparation entre le français comme langue de l’élite et les autres langues, les langues africaines, comme les langues qui n’étaient pas celles de l’élite. Il faut aussi enlever cette association et faire que le français puisse être une langue qui soit la langue aussi des personnes. Ça ne peut pas être que la langue des gouvernants.


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