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    La Chine a-t-elle recours à l’arme monétaire face aux Etats-Unis?

    L'image montre 100 yuans chinois et un billet de 5 dollars, la Chine a poursuivi l'OMC contre les droits de douane américains sur les produits chinois. REUTERS/Thomas White/Illustration/File Photo

    Depuis quelques semaines, le yuan, la monnaie chinoise, dégringole face au dollar. Cette chute soudaine pose question : la Chine est-elle en train de transposer sa guerre commerciale avec les Etats-Unis sur le marché des changes en laissant filer sa monnaie ?

    Depuis la mi-juin, le yuan a perdu 4% de sa valeur face au dollar. Ce qui signifie que les exportations chinoises sont plus compétitives. De quoi vraiment énerver Donald Trump, déjà convaincu que Pékin manipule sa monnaie. Le yuan, c'est vrai, n’est pas une monnaie tout à fait comme les autres, c’est la Banque centrale qui autorise ses fluctuations face à un panier de devises. Elle a donc tout à fait les moyens d’intervenir. Mais son chef économiste a catégoriquement démenti cette hypothèse : « La Chine, dit-il, ne fera pas du yuan un outil pour régler ses conflits commerciaux. »

    Faut-il prendre cette déclaration au sérieux ?

    La Banque centrale est intervenue lundi, puis mardi, quand le yuan a plongé à son plus bas niveau depuis presque un an. Une action répétée, énergique, qui démontre qu’elle n’est pas satisfaite de cette glissade, et donc, peut-on ajouter, qu’elle n’en est probablement pas responsable. Les autorités chinoises répètent sur tous les tons qu'elles sont attachées à la stabilité du yuan. Si Pékin avait voulu ouvrir un nouveau front sur le marché des changes, la Banque centrale aurait pu décider d’une dévaluation. Elle l'a déjà fait en 2015, provoquant une belle panique sur les marchés. Cela aurait été un message clair envoyé à la Maison Blanche.

    Alors, si la banque centrale n’est pas à la manœuvre, comment expliquer la soudaine faiblesse du yuan ?

    Cette chute du yuan peut avoir des causes psychologiques, elle traduit les peurs que provoque la menace d'une guerre commerciale. Et elle reflète l'affaiblissement de la croissance chinoise. Qui est sensible non pas dans les chiffres officiels mais à travers d'autres indicateurs comme celui de la Bourse. Shangaï a perdu 15% depuis le début de l'année. Pour soutenir l'économie, les autorités ont d'ailleurs desserré l'étau sur les banques en abaissant le niveau de leurs réserves obligatoires, pour parer à ce trou d’air.

    Quelles seraient les conséquences d’une guerre des changes ?

    Probablement de grosses pertes réparties sur tous les partenaires commerciaux. La facture des importations en provenance de Chine s’alourdirait évidemment pour les Américains, et il y a fort à parier que cela plomberait le moral des Bourses. Les pays asiatiques pourraient en souffrir aussi, ils sont déjà les victimes collatérales de cette chute du yuan. Le won coréen, tout comme le dollar de Taïwan, ont baissé dans le sillage du renminbi, car pour rester compétitifs avec la Chine, les monnaies de ces pays doivent s’ajuster. De leur côté, les entreprises chinoises exporteraient certes davantage mais leurs dettes libellées en dollar s’envoleraient. Les importations chinoises, notamment de matières premières, seraient aussi beaucoup plus chères. Enfin, quand une monnaie chute, cela fait fuir les investisseurs, et c’est précisément ce que Pékin veut à tout prix empêcher, surtout au moment où son économie commence à s'essouffler.

    ► En bref,

    Un nouveau rebondissement dans ce bras de fer entre Washington et Pékin avec le répit accordé à l'entreprise chinoise ZTE :

    Ce groupe chinois de télécom est autorisé à reprendre partiellement ses activités aux Etats-Unis pour une période d'un mois. L'administration Trump a auparavant interdit toutes les exportations de produits américains destinés à cette entreprise pendant sept ans pour la punir d'avoir violé l'embargo contre l'Iran et la Corée du Nord.

    L'Europe de son côté cherche un compromis avec Donald Trump pour éviter l'imposition de nouvelles taxes sur l'automobile :

    Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, pourrait proposer à Donald Trump un accord restreint entre grand pays exportateurs de voiture pour diminuer les taxes sur les voitures. Cet accord impliquerait aussi la Corée du Sud et le Japon, c'est une piste actuellement à l'étude à Bruxelles selon le Financial Times. Donald Trump menace d'imposer des droits de 20% sur les voitures européennes.

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