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    Rapprochement Erythrée-Ethiopie: «Le président érythréen n'a pas le choix», selon Gérard Prunier

    Le ministre des Affaires étrangères érythréen Osman Saleh (d.) et Abiy Ahmed (g.), le 26 juin 2018 à Addis-Abeba. AFP/Yonas Tadesse

    Visite historique du nouveau Premier ministre éthiopien en Erythrée hier, dimanche, après deux décennies d’hostilités ponctuées d’une guerre sanglante qui a fait quelque 80 000 morts entre 1998 et 2000. Une visite au cours de laquelle il a annoncé une normalisation des relations entre les deux pays, qui semblent tous les deux animés par la volonté d’en finir avec ce conflit. Gérard Prunier, spécialiste de la Corne de l’Afrique et chercheur indépendant, nous explique pourquoi chacun des deux s’est engagé sur cette voie. Il répond aux questions d’Esdras Ndikumana.

    RFI : Le Premier ministre éthiopien était en visite officielle chez le frère ennemi érythréen, une visite qualifiée d’historique. Ils ont fait de nombreuses annonces, notamment la reprise des relations diplomatiques. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    Gérard Prunier : Je pense que c’est un signe de plus des transformations profondes qui ont lieu à l’heure actuelle en Ethiopie, qu’on a vu d’abord sur le plan de la politique intérieure et maintenant qu’on voit en politique extérieure. Parce que le Premier ministre, qui est évidemment issu du groupe au pouvoir depuis 25 ans, mais qui n’est pas ethniquement un Tigréen comme était l’élite politique jusqu’à présent, qui est un Oromo, ce qui est une chose tout à fait nouvelle en Ethiopie, est décidé à innover également sur le plan de la politique étrangère.

    Comment pouvez-vous expliquer l’empressement du président érythréen à accepter la main tendue d’Abiy ?

    Je pense qu’il n’a pas le choix. Il y a un énorme problème économique pour l’Erythrée qui est l’accès au crédit international et la levée de toutes les sanctions. Sa situation économique est désespérée. Bien qu’il ait accueilli une base émiratie sur son territoire, quand il a demandé de l’argent aux Emirats et à l’Arabie saoudite, on lui a refusé. Alors que dans le même moment, les Emiraties accordaient deux milliards de crédit immédiat à l’Ethiopie, plus la promesse de deux milliards supplémentaires. L’économie érythréenne est dans un état de délabrement avancé. Donc l’impact que ça a politiquement a contraint le président érythréen à modifier son attitude qu’il avait depuis l’an 2000.

    Et apparemment, son acceptation s’inscrit également dans un cadre géopolitique qui est plus large, notamment avec les pressions des Etats-Unis, un cadre qui va jusqu’à l’Iran ?

    Oui bien sûr. Mais la question de la Corne a été traitée par l’ancien sous-secrétaire d’Etat aux affaires africaines, monsieur Yamamoto, comme étant une entité séparée. Par contre, il y a évidemment une interaction immédiate avec la péninsule arabique, la guerre du Yémen, parce que les avions qui bombardent le Yémen décollent d’Erythrée, pas seulement d’Arabie saoudite et donc il a traité ça comme une entité spécifique. Mais certainement, il y a eu une pression américaine.

    Et le président Afwerki a construit sa légitimité sur le conflit avec l’Ethiopie. Est-ce que le fait d’en sortir ne pourrait pas lui être fatal ?

    Oui tout à fait, mais au moins si c’est fatal, cela veut dire qu’il a des chances de survivre physiquement, autrement les choses auraient pu tourner à une sorte de dissolution du pouvoir qui aurait pu amener à une situation de guerre civile. Là, il est possible que son pouvoir soit tellement affaibli qu’il soit obligé de le quitter.

    L’Erythrée est décrite comme l’un des pays les plus fermés du monde, le fait d’accepter ou de construire la paix avec l’Ethiopie ne va pas l’obliger à s’ouvrir ?

    S’ouvrir oui, mais s’il s’ouvre, il s’en va. Parce que justement vous le dites à bon droit, il a construit tout son pouvoir sur « je suis le gendarme qui vous protège de l’agression éthiopienne ». L’agression éthiopienne, il est bien évident qu’il n’y en a plus et qu’il n’en a pas à craindre. Donc, sa justification au pouvoir est en train de s’évaporer, mais d’un autre côté cela vaut sans doute mieux que la guerre civile et une explosion violente.

    Côté éthiopien, quel est l’intérêt du nouveau Premier ministre à faire la paix avec l’Erythrée ?

    Ça fait baisser le niveau des tensions régionales parce que tout ça est lié à la guerre au Yémen et à la position des Emirats arabes unis et de l’Arabie saoudite. C’est également le problème avec l’Egypte à propos du barrage sur le Nil parce que l’Egypte est elle-même liée aux Etats arabes et il y a des pressions de ce côté-là. Et par ailleurs, c’est également la marque, on est rentré dans une nouvelle ère, c’est un nouveau régime. La nomination de monsieur Abiy n’a pas été une nomination de gouvernement à l’intérieur d’un régime, mais c’est en fait une nomination qui s’ouvre sur un mandat de transformation du régime lui-même.

    Donc on peut parler d’une véritable révolution non violente à l’intérieur du système éthiopien ?

    Certainement et c’est assez extraordinaire étant donné que ce pays n’a aucune tradition démocratique. Or ce qui est en train de se produire sous nos yeux, c’est un mouvement de pression de l’opinion populaire pour une transformation de régime.

    Le Tigréen tenait d’une main de fer le pouvoir jusqu’ici, est-ce qu’il ne pourrait pas se révéler dangereux à la longue ?

    Non parce qu’ils se sont littéralement dissouts. C’est-à-dire qu’entre la mort de Meles Zenawi et la démission de Mariam Dessalegn au mois de février, le régime s’est dissout et c’est d‘ailleurs pourquoi le Premier ministre à l’époque a démissionné. L’énorme point d’interrogation c’est, si les Tigréens perdent le pouvoir vont-ils essayer de quitter l’Ethiopie et de faire sécession ? C’est une possibilité.


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