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    L’Allemagne est-elle prisonnière de la Russie ?

    Un ouvrier opère une vanne à l'usine de traitement du gaz Yuzhno-Priobsky appartenant à la société Gazpromneft dans la ville de Khanty-Mansiysk en Sibérie occidentale, en Russie, le 28 janvier 2016. REUTERS/Sergei Karpukhin

    Dès son arrivée au sommet de l’Otan Donald Trump a été désagréable avec l’Allemagne : l’Allemagne accusée de ne pas dépenser assez pour sa défense, serait « prisonnière de la Russie, son principal fournisseur de gaz » a claironné le président américain. Cette attaque outrancière a-t-elle un fond de vérité ?

    Affirmer que l’Allemagne est aux mains de la Russie, qu’elle dépend à 60-70% de Moscou pour satisfaire ses besoins énergétiques comme l'a fait Donald Trump est complètement exagéré puisque le gaz russe n’est qu’une composante de son mix énergétique (environ 20%). Mais cette charge n’est pas dénuée de fondements. Car plus de la moitié du gaz importé par l’Allemagne provient bien de l'entreprise publique russe Gazprom: 55% l’an dernier et on a frôlé les 60% les deux années précédentes. Un niveau très élevé. Trop élevé pour la Commission européenne. Pour éviter la dépendance à l'égard d'un seul fournisseur de gaz, elle recommande aux Etats membres de limiter leurs achats à une entreprise à 30% maximum de leurs besoins.

    Pourquoi l’Allemagne outrepasse cette recommandation européenne?

    Parce qu'elle considère la Russie comme le meilleur garant de sa sécurité énergétique et qu’elle fait passer ses intérêts nationaux devant les impératifs communautaires. Les livraisons de gaz russes commencées en 1968 ne se sont jamais interrompues pour les clients d'Europe occidentales. L'Allemagne est aussi pragmatique. Son renoncement au nucléaire la pousse à consommer toujours plus de ce faible émetteur de carbone, or ses autres fournisseurs européens, les Pays-Bas et la Norvège, voient leurs gisements s'épuiser, il faut donc trouver une alternative. Enfin c’est bien sûr un calcul économique: le gaz russe est bon marché, c’est donc bon pour les entreprises allemandes. Gerhard Schröder, l'ami de Poutine a été le promoteur du premier gazoduc sous-marin reliant la Russie à l'Allemagne via la mer Baltique, Nord Stream 1, et Angela Merkel approuve la construction du deuxième tuyau, malgré l'opposition de la Pologne et de l'Ukraine.

    En attaquant aussi violemment l’Allemagne, Donald Trump cherche à faire capoter ce nouveau gazoduc ?

    Pour le moment le gaz naturel liquéfié américain part vers la Chine, mais la guerre commerciale qui gronde pourrait conduire Pékin à changer de fournisseur. Ce serait une vraie déconvenue pour les gaziers américains. Le président américain veut donc faire la promotion du GNL américain en Europe, à la place du gaz russe. Par ailleurs, comme à l'accoutumée, Donald Trump bluffe. Avec ses attaques contre le gaz russe, il veut diviser un peu plus le camp européen dans l'espoir de faire plier Berlin sur les questions commerciales.

    Nord Stream 2 peut-il encore être remis en cause ?

    Ce gazoduc « ne répond pas du tout à l’esprit européen » estime l’expert des marchés gaziers Thierry Bros, chercheur associé à l’Oxford Institute for energy studies, convaincu qu’il peut encore sombrer dans les marécages de la politique et du droit européen. Pour des raisons écologiques le Danemark n'a toujours pas donné son feu vert à son passage dans ses eaux. La Pologne estime elle que le projet viole la loi anti monopole. Si la justice lui donne raison, les entreprises privées finançant ce chantier à 10 milliards d'euros, notamment le Français Engie, s'exposent à de lourdes sanctions financières. Kiev va tout faire pour que le transit via son territoire soit garanti pour préserver ses recettes annuelles de 3 milliards de dollars par an, même Angela Merkel est sensible à cette cause. Et puis la Commission peut mettre son grain de sel et exiger que le gazoduc qui passe par les eaux territoriales européennes soit soumis aux règles techniques européennes, ce que refusent les propriétaires russes pour le moment. De multiples risques juridiques pèsent donc sur la viabilité du projet, avec ou sans les attaques de Donald Trump.

    ►En bref

    En Ouganda le bavardage sur le net est désormais taxé.

    Depuis le 1er juillet, une taxe quotidienne de 200 shillings, soit 4 centimes d'euros, s'applique à ce que le président Museveni a défini comme le « commérage ». Cela englobe tous les propos échangés sur les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter, WhatsApp. L'accès à une cinquantaine de plateformes est soumis à ce nouvel impôt. Il pourrait faire grimper la facture téléphonique des Ougandais de 10%.


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