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    Cédric Achille Mbeng Mezui, auteur de «Financer l’Afrique»

    Cédric Achille Mbeng Mezui, auteur de « Financer l'Afrique ». Banque africaine de developpement/afdb.org

    Le financement du développement de l’Afrique, c’est le sujet d’un essai publié par Cédric Achille Mbeng Mezui. Pour ce spécialiste des marchés financiers, que RFI a interrogé, la clé du développement du continent économiquement le moins avancé aujourd’hui, c’est la maîtrise des ressources et des capitaux. 

    Le livre « Financer l’Afrique » de Cédric Achille Mbeng Mezui (capture d'écran). livre.fnac.com

    Cédric Achille Mbeng Mezui, auteur de «Financer l’Afrique» :

    Rfi: vous affirmez que l’Afrique peut se développer avec ses propres ressources ?

    Cédric Achille Mbeng Mezui: Tout à fait. Si on prend les chiffres les plus récents sur le financement des infrastructures en 2016 (62,5 milliards de dollars au total), 42 % de ce montant vient des gouvernements africains, 16 % de l’Asie (essentiellement de la Chine) et 15 % des banques multilatérales (10 % des Européens et environ 9 % de la coordination arabe). Le secteur privé n’est pas assez présent avec seulement 2,6 milliards. Cependant, les 42 % de contribution des pays africains sur les besoins des infrastructures viennent du fait de l’essor de leur marché domestique sur les dernières années. En 2000, le total de bonds souverains émis sur le continent était de 28 milliards de dollars et en 2017, de 245 milliards de dollars.

    Cela montre, par conséquent, que le continent a vu son épargne se développer considérablement. Lorsqu’on regarde le gap sur la question des infrastructures, les dernières estimations de la BAD montrent qu’il y a un besoin annuel entre 130 et 170 milliards de dollars. Je vous ai dit qu’il y a 62,5 milliards qui ont été dépensés déjà en 2016 dont le gap est entre 100 et 60 milliards. Si on regarde les flux financiers qui quittent le continent, chaque année, on est entre 60 et 100 milliards. C’est donc à peu près le gap qui manque pour les infrastructures.

    Mais comment garder ces flux qui quittent le continent ?

    Il faut créer des cadres règlementaires qui permettent de donner la confiance et de garder les ressources sur le continent. Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’économie informelle représente une très grande partie. Il faut donc arriver à formaliser nos économies pour capter le maximum d’épargne de nos pays et faire aussi en sorte que les contrats sur les industries extractives soient clairs, transparents, pour que nous arrêtions un peu cette hémorragie de financements.

    Est-ce que le risque économique n’est pas un facteur bloquant pour ceux qui ont des initiatives, des projets ?

    Chaque pays doit travailler sur le risque idiosyncratique. Ils doivent résoudre ces questions de cadre règlementaire des perceptions de risques. Si vous êtes dans des pays où chaque fois qu’il y a une élection, une année avant tout s’arrête et une après tout s’arrête, vous avez finalement en cinq ans, trois ans où vous pouvez travailler. Si, chaque fois qu’on a un nouveau gouvernement, on change toutes les politiques et tous les accords des anciens gouvernements, cela met un cadre instable. En effet, lorsqu’on parle de projets d’infrastructures, on est, pour l’instant, sur quinze ans, trente ans. On a donc besoin d’avoir une certaine stabilité. Cela ne signifie pas que le cadre ne va jamais bouger mais cela montre que, lorsqu’il y a un changement qui doit arriver sur la question du cadre règlementaire, cela se fait en consultation avec l’écosystème qui est en place. Les pays qui veulent mobiliser les capitaux, internes ou externes, doivent faire la preuve de la crédibilité, de la signature de l’Etat et de la stabilité de leurs politiques.

    Vous avez mentionné le poids de l’économie informelle dans la plupart des pays africains. Comment transformer cette économie informelle en une économie qui alimente l’épargne ?

    C’est fondamental. Lorsque vous avez une économie dont le PIB à 50 ; 60 % dépend du secteur informel ou encore lorsque vous avez l’essentiel des personnes en âge de travailler qui sont dans le secteur informel, vous manquez une grosse partie de votre épargne qui peut vous aider à financer vos projets de développement.  Par conséquent, l’Etat doit comprendre que, formaliser l’économie est un facteur central pour la transformation. Cela passe par le cadre règlementaire, les opportunités et cela passe aussi par des politiques incitatives.

    Si on prend, par exemple, le cas des retraités, ce n’est pas parce que quelqu’un est boucher ou travaille au marché qu’il n’a pas envie d’avoir une retraite. Il faut avoir une vraie conversation avec ces personnes, créer des produits adaptés pour eux. On peut penser à des modèles où un montant in fine de retraite est visé et laisser l’opportunité de cotiser en fonction de leurs revenus. Tous ces éléments vont ainsi permettre de mobiliser une épargne qui n’était pas jusque-là disponible et de contribuer à financer l’économie.

    Beaucoup de pays africains parlent aujourd’hui de diversification de leurs économies d’industrialisation. Comment peut-on structurer le développement au niveau régional ou continental ?

    Nous avons vu déjà une grande étape, faite cette année, avec la signature de l’accord de la zone de libre-échange continentale par une quarantaine de pays, au Rwanda. C’est déjà un grand pas et il faut mobiliser toutes les énergies pour aller dans ce sens. Les Etats sont différents dans leur structure et dans leur économie et il faut que chacun arrive avec ses atouts.

    J’aime bien le cas du Tchad qui a un cheptel (le troisième d’Afrique) qui est capable de nourrir, par exemple, toute l’Afrique centrale. Il est tout à fait dommage de voir que les autres pays d’Afrique centrale importent de la viande d’Europe, d’Amérique latine et d’ailleurs.

    Il faut, en fonction des différentes économies, trouver des synergies, surtout avec le secteur financier. Il faut faire en sorte que l’on puisse financer un certain nombre d’industries avec les moyens que nous avons, et cela avec des produits que nous pouvons consommer nous-mêmes. J’aime bien l’exemple de la tomate concentrée. D’après un livre écrit par un auteur français, 90 % de la tomate concentrée consommée en Afrique de l’Ouest, vient de Chine et 70 % consommée en Afrique, vient également de Chine. Qu’est-ce que cela coûte de faire de la tomate concentrée ? Ce genre de transformations, nous devons arriver à le faire.

    La première étape c’est toujours de regarder la balance de paiement des pays et les produits que nous importons pour lesquels nous dépensons des devises, alors que nous pouvons le faire sur place et mettre ces devises pour des projets plus importants, en termes de besoin de capital. Partant de là, on peut mieux coordonner ces échanges entre pays et faire en sorte, par exemple, dans les deux zones qui partagent la même monnaie, de mieux optimiser la gestion des réserves de change.

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