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    Ethiopie-Erythrée: «Au-delà des embrassades, il y a des actes concrets»

    Abiy Ahmed confie les clés de l'ambassade érythréenne en Ethiopie à Issaias Afeworki. REUTERS/Tiksa Negeri

    L’ambassade d’Erythrée à Addis-Abeba a été rouverte lundi par le président érythréen Issaias Afeworki lui-même, en présence du Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed. C’est un basculement total, 20 ans après la guerre meurtrière entre les deux pays. Mais cette réconciliation spectaculaire est-elle durable ? Eloi Ficquet est enseignant-chercheur à l’EHESS à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Éloi Ficquet : C’est totalement inédit. Cela prend beaucoup d’observateurs de court. C’est très inattendu de voir ainsi un Premier ministre éthiopien accepter les conclusions de la Commission des Nations unies sur les questions frontalières, et de voir les embrassades entre les deux chefs d’Etat. Et au-delà de ce geste très fortement symbolique, il y a ensuite des actes très concrets : l’ouverture des lignes téléphoniques, l’ouverture prochaine aussi de lignes aériennes. Donc si rien n’est encore absolument garanti sur la durabilité de cette réconciliation entre les deux pays, en tout cas il y a déjà un premier socle de décisions extrêmement important pour œuvrer à la mise en œuvre de cette paix.

    Cette réconciliation est à l’initiative du nouveau Premier ministre oromo de l’Ethiopie, Abiy Ahmed. Est-ce pour des raisons politiques ou économiques ?

    Sans doute les deux. Il est sûr que la situation économique éthiopienne, malgré un essor important ces dernières années, nécessitait de pouvoir fluidifier le marché intérieur et d’avoir plus de débouchés portuaires. Et sans doute l’ouverture de la façade maritime érythréenne et l’ouverture du marché érythréen, qui peut aussi être très porteur du point de vue touristique mais aussi minier, présentent des opportunités. Puis il y a aussi des enjeux politiques. Cela fait près de vingt ans que la situation de « ni guerre-ni paix » entre les deux pays était bloquée. Cela tenait pour ce qui est de l’Ethiopie à un blocage au niveau notamment de la faction du Tigray qui tenait les rênes du pouvoir éthiopien et qui était très divisée vis-à-vis de l’Erythrée voisine.

    Comment se fait-il que les cadres de cette faction acceptent d’abandonner le pouvoir à Addis-Abeba au profit d’un Oromo ?

    D’abord, je dirais que sans doute le niveau de mécontentement, de protestation, de fracturation interne du pays avait atteint un tel niveau qu’un changement important était nécessaire. Sinon il y avait risque de voir la situation s’aggraver grandement et d’être défavorable à tous. Donc il y a eu des arbitrages internes au sein de la coalition, desquels a émergé cette figure de Abiy Ahmed. Alors c’est un peu paradoxal parce que, d’une certaine façon, on a le sentiment d’assister à une sorte de victoire de l’opposition. En tout cas, c’est dans le discours, dans la pratique, quelque chose à contrecourant de la pratique du pouvoir. Mais néanmoins, cela reste tenu au sein du parti de coalition qui dirige l’Ethiopie, qui est donc capable d’associer des directions différentes.

    Y a-t-il un risque sécessionniste du côté de la province du Tigray ?

    Je ne vois pas le Tigray s’isoler d’une dynamique qui actuellement est à la convergence.

    Du côté de l’Erythrée, en perdant le prétexte de sa dictature, est-ce que le président Issayas Afewerki n’a pas plus à perdre qu’à gagner dans cette réconciliation ?

    Très certainement, il va devoir envisager une démilitarisation progressive du pays. Ensuite, il a une capacité de se maintenir, une capacité encore aujourd’hui d’incarner l’idéal national érythréen, qui ne permet pas de considérer à l’heure actuelle que c’en est fini de son pouvoir.

    Peut-on espérer la libération de ses opposants ?

    Il y a eu effectivement depuis le conflit [de 1998-2000] beaucoup d’arrestations d’opposants. Un scénario de paix pourrait être favorable à cela. En tout cas, du côté éthiopien, il y a eu des libérations vraiment significatives de prisonniers politiques. De même que dans des pays voisins, Abiy Ahmed a obtenu la libération de prisonniers éthiopiens au Kenya et en Arabie saoudite. Donc il y a une démarche, semble-t-il, un jeu de réintégration dans la communauté internationale qui pourrait aller dans ce sens.

    Pour la première fois depuis de nombreuses années, un haut responsable américain s’est rendu en Erythrée, c’était Donald Yamamoto en avril 2018. Quel est le jeu des Etats-Unis par rapport à Issayas Afewerki ?

    Je pense que c’est un jeu qui se joue à l’échelle régionale. Il faut voir que l’Erythrée est au cœur d’une zone extrêmement stratégique, celle de la mer Rouge. C’est l’une des principales routes maritimes convoitées par le pouvoir chinois avec l’installation d’une base militaire récemment à Djibouti, au grand dam des Américains. Donc très certainement, les Américains tentent de jouer leur jeu, mais dans une stratégie qui ne pourra être que multilatérale. Ils n’ont pas la haute main sur ce qui est en train d’émerger.

    Est-ce que, dans leur guerre contre les Houthis du Yémen, les Américains et les Saoudiens ont intérêt à se rapprocher du régime érythréen ?

    Ils seraient plus inspirés de chercher une forme de réconciliation en suivant le modèle qui vient d’être exprimé dans la résolution du conflit entre l’Ethiopie et l’Erythrée, plutôt que de vouloir adopter une attitude jusqu’au-boutiste dans ce conflit qui est tout à fait absurde. C’est sûr que la guerre au Yémen a exacerbé le besoin stratégique de prendre contrôle sur des ports, dans la mer Rouge et sur la rive africaine de la mer Rouge.  Mais dans le long terme, il va falloir ne pas chercher à nier le courant de l’histoire. Le pouvoir zaydite au Yémen est implanté de très longue date, ce serait mal venu de présenter la rébellion houthie comme un fait nouveau. On est là dans des phénomènes de structures et, plutôt que de nier les structures historiques, il faut pouvoir les comprendre et leur permettre de s’exprimer dans un contexte régional.

    Justement, est-ce que, dans un contexte érythréen, Issayas Afewerki ne joue pas la carte des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite contre le régime houthi du Yémen et contre l’Iran ?

    Il l’a jouée jusqu’à présent en ayant intérêt à occuper un rôle vu comme indispensable par les Etats-Unis et leurs amis saoudiens. Ensuite, maintenant que le jeu régional est en train de changer, que les relations avec l’Ethiopie basculent totalement, il n’est pas impossible que, là aussi, ce jeu diplomatique puisse changer à l’échelle régionale, en espérant que les lignes bougent alors qu’elles avaient été excessivement durcies jusqu’à présent.

    Et à terme, l’Erythrée peut-elle espérer une levée des sanctions internationales ?

    Cela a déjà été plus qu’explicitement évoqué par le secrétaire général des Nations unies, je crois.


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