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    Détenus politiques en Erythrée: «Difficile de dire si tout le monde est en vie»

    Sheila Keetharuth, rapporteure spéciale de l'ONU sur la situation des droits de l'homme en Eryhtrée. Getty Images/Luiz Rampelotto

    Pour la première fois depuis 20 ans, un avion d’Ethiopian Airlines a relié mercredi les villes d’Addis-Abeba et d’Asmara. C’est un nouveau signe de la réconciliation entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Mais pour l’instant, cette ouverture ne touche pas les prisons d’Erythrée, où croupissent toujours plus de 10 000 détenus politiques, selon Amnesty International. L’avocate mauricienne Sheila Keetharuth est la rapporteure spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme en Erythrée. En ligne de Port-Louis, elle témoigne au micro de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Il y a deux ans, vous avez lancé un cri d’alarme au sujet de l’Erythrée. Pourquoi ?

    Sheila Keetharuth : C’est qu’il y avait beaucoup de violations des droits de l’homme que j’avais soulignées : les arrestations arbitraires, les détentions arbitraires, ainsi que des exécutions extrajudiciaires, et le service national forcé. Donc une situation pour moi très alarmante. Et la même situation prévaut aujourd’hui.

    Tout a commencé en septembre 2001, quelques mois après la publication dans plusieurs journaux d’Asmara d’une lettre ouverte appelant à plus de démocratie, signée par quinze personnalités érythréennes. Que s’est-il passé en septembre 2001 ?

    En septembre 2001, tout ce groupe de personnes qu’on appelle aujourd’hui les G15, « G fifteen », ont été mises en détention et, jusqu’à aujourd’hui, on ne sait pas où elles se trouvent, quelle est leur situation. Elles n’ont pas été présentées devant un tribunal indépendant. Donc c’est un flou complet, un trou noir.

    Est-il vrai que le régime a fait construire un bagne spécial à Eiraeiro, en pleine brousse, pour les y enfermer ?

    C’est ce qu’on a appris dans nos investigations.

    Voilà donc 17 ans que ces hommes sont en prison. Ont-ils un contact avec un avocat, avec leurs épouses, avec leurs enfants ?

    C’est trop demander. Il n’y a eu aucun contact avec le monde extérieur. Rien comme information. J’ai eu l’occasion de parler à plusieurs membres de leurs familles, qui eux-mêmes n’ont pas d’information et ne savent absolument rien.

    Est-ce que ces personnes sont vivantes ?

    Par exemple, en début d’année, on a appris que l’une d’entre elles est décédée. On ne sait pas. C’est difficile de dire si tout le monde est en vie. On ne sait pas ce qui leur est arrivé.

    En juin 2016 sur RFI, le ministre érythréen des Affaires étrangères, Osman Saleh, a déclaré : « Ils sont vivants ».

    Il faudrait qu’il nous donne des preuves. S’ils sont vivants, pourquoi n’ont-ils pas de contact avec leurs familles, un avocat ? Pourquoi est-ce qu’on ne les voit pas du tout ?

    Alors il y a ces 15 cas emblématiques du G15, mais il y a des milliers d’autres prisonniers politiques, selon Amnesty International. Est-ce que ces prisonniers sont victimes d’actes de torture ?

    Nous avons, lors de nos investigations en tant que rapporteurs, et aussi en tant que membres de la commission d’enquête [de l’ONU] sur l’Erythrée, rapporté plusieurs cas de torture, différents types de torture qui continuent. Nous avons relevé des cas très précis de violation et là, on a demandé la reddition des comptes pour ceux qui ont perpétré ces violations des droits de l’homme, qui certaines équivalent à des crimes contre l’humanité.

    Pouvez-vous me donner un exemple de crime contre l’humanité ?

    L’asservissement de toute la population dans ce que l’on appelle « le service militaire national forcé » à durée indéterminée.

    Avec la réconciliation en cours entre l’Erythrée et l’Ethiopie, espérez-vous une ouverture politique ?

    Pour moi, je pense qu’il est encourageant que les peuples érythréen et éthiopien et leurs dirigeants respectifs aient décidé de donner une chance à la paix. Ils ont ainsi abandonné la voie de la « ni guerre ni paix ». Cependant, je n’ai pas entendu les mots magiques, à savoir le respect et la protection de tous, et de tous les droits humains, dans le contexte de ces relations pacifiques entre ces deux pays. Donc il y a plusieurs points qui doivent être soulignés et traités dès maintenant pour éviter toute nouvelle animosité à l’avenir. Premièrement, il y a la question des réfugiés et demandeurs d’asile. Tous les pays, y compris l’Ethiopie, continuent d’avoir des obligations envers les réfugiés érythréens. Il y a plus de 175 000 réfugiés érythréens dans différents camps, de l’autre côté de la frontière. Et l’Ethiopie continue d’avoir des obligations de non-refoulement, ainsi que des obligations de protection envers eux. Donc les personnes dans les camps de réfugiés ne peuvent pas être refoulées.

    En fait, ce que vous craignez, c’est qu’à l’occasion de cette réconciliation, l’Ethiopie refoule vers l’Erythrée les 175 000 réfugiés érythréens qui sont sur son sol ?

    Ce n’est pas ce que je voudrais dire. Il y a toujours cette éventualité. Je suis sûre que les réfugiés érythréens sont en train de se poser des questions. Je repose là les principes de droit international, en ce qui concerne le non-refoulement des réfugiés.

    Deuxièmement…

    Deuxièmement, il y a la question des habitants des villes aux frontières entre les deux pays. Même s’il est bien que l’Ethiopie ait accepté de mettre en œuvre cette décision sur la frontière, j’espère qu’on ne se retrouvera pas dans une autre situation en Afrique où les villes et villages sont coupés en deux, créant des situations de détresse sévère pour des familles et des individus.

    Beaucoup de prisonniers politiques érythréens sont accusés d’espionnage au profit de l’Ethiopie. Est-ce que la réconciliation en cours avec l’Ethiopie peut favoriser leur libération ?

    C’est un peu difficile à dire. Il va falloir qu’on attende un peu pour voir comment cette détente arrive à s’exprimer dans le concret.

    Mais vous l’espérez ?

    Je l’espère bien sûr. Mais il y a aussi d’autres préoccupations. Par exemple, je voudrais vous parler de ce fameux service national militaire à durée indéterminée. Depuis que les deux pays ont accepté la paix, le service militaire national indéfini, qui reste la cause de l’asservissement de toute une population, doit être immédiatement arrêté.


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