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    Tchad: pour l'opposant Acheikh Ibn-Oumar, l'amnistie « ouvre un petit espoir »

    Acheik Ibn Oumar, ancien ministre des Affaires étrangères du Tchad vit en exil en France, où il représente l'opposition tchadienne. © Acheik Ibn Oumar

    L'opposant Acheikh Ibn Oumar va t-il bientôt rentrer au Tchad ? Voila près de 25 ans qu'il vit en exil en Europe. Mais aujourd'hui, l'ex-ministre des Affaires étrangères de Hissène Habré est tenté de saisir la main tendue par le président Idriss Déby, qui vient de faire amnistier tous les rebelles tchadiens. Toutefois, l'ancien chef du CDR, le Conseil démocratique révolutionnaire, pose ses conditions. Acheikh Ibn Oumar, qui est membre actuellement de l'Initiative Panafricaine pour la Défense de la Démocratie, l'IPDD, répond aux questions de RFI.

    RFI : Voilà près de vingt-cinq ans que vous vivez en exil et que vous animez plusieurs groupes rebelles. Est-ce qu’il y a du nouveau aujourd’hui ?

    Acheikh Ibn-Oumar : Il y a la nécessité de trouver des solutions. Et la dernière mesure, l’ordonnance d’amnistie prise par le président Idriss Déby, à mon avis, ouvre un petit espoir, même si c’est loin d’être suffisant.

    Il faut dire que depuis la guerre de février 2008 vous êtes poursuivi par la justice tchadienne pour rébellion armée.

    Oui. On a été condamnés à mort pour les uns, à vie pour les autres. Des biens, pour certains, confisqués. De ce point de vue, l’amnistie face à cette condamnation, même si elle était discutable, nous permet au moins de ne plus être considérés comme des hors-la-loi et de participer de façon plus fluide aux débats politiques.

    Est-ce que vous êtes prêt à tourner la page de la lutte armée ?

    Moi, personnellement, j’ai tourné la page de la lutte armée depuis 2011.

    Est-ce que vous êtes prêt à rentrer au Tchad ?

    Que ce soit moi-même ou les autres mouvements, on a toujours affirmé le principe de réconciliation par le dialogue. La question, c’est vraiment un vrai dialogue et apporter des solutions durables aux problèmes sociaux et aux problèmes sécuritaires, avant même les problèmes politiques.

    On peut imaginer un jour Acheikh Ibn-Oumar qui crée à Ndjamena un parti politique et qui se présente à des élections ?

    Pas forcément. La participation à la lutte démocratique peut prendre plusieurs formes, mais évidemment, pourquoi pas ?

    Et cette nouvelle démarche en faveur d’un dialogue, est-ce que vous la partagez avec les deux leaders de la rébellion de février 2008, Mahamat Nouri et Timan Erdimi ?

    Il ne faut pas personnaliser au niveau de ces deux leaders. Je suis en contact de façon informelle avec beaucoup de combattants et de militants dont certains partagent ma démarche. Tout le monde est d’accord pour le dialogue. Mais dans les modalités, il y a différentes approches. Donc je ne peux pas dire que j’engage l’opposition. Je crois simplement qu’il faut que chacun apporte sa pierre. C’est tout.

    Mais si vous rentrez au Tchad, est-ce que demain Mahamat Nouri et Timan Erdimi pourront rentrer également au pays ?

    Il y a eu beaucoup d’anciens rebelles qui sont rentrés et qui ont intégré le gouvernement, sans que le problème de fond ne soit réglé. Mais je pense qu’il appartient au gouvernement d’écouter toutes les voix et de prendre les mesures crédibles. Parce que personne ne fait confiance au gouvernement. Donc, il appartient au pouvoir de prendre en compte les revendications et les propositions.

    Outre les mouvements rebelles des années 2008-2011 qui venaient du Soudan, il y a maintenant des mouvements rebelles tchadiens qui évoluent en Libye, notamment le Fact de Mahamat Mahdi Ali. Etes-vous en contact avec eux ?

    Tout le monde est en contact avec tout le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur. Mais il faut faire la distinction entre les mouvements d’opposition comme le Fact de Mahdi ou l’UFR de Erdimi, l’UFDD de Nouri, ou le CCSMR de Boulmaye et la multitude de groupuscules de jeunes Tchadiens fourvoyés dans les différentes milices libyennes.

    Mais le Fact de Mahamat Mahdi Ali n’est-il pas, justement, l’une de ces factions tchadiennes qui combattent aux côtés des milices de Misrata ?

    Je ne suis pas leur porte-parole, mais si on se réfère aux déclarations du Fact de Mahdi, ils ne sont pas impliqués dans les guerres internes, même s’ils sont sans doute soutenus par telle ou telle force. Leur seul ennemi éventuel, c’est les groupes terroristes dénoncés comme tels par les Libyens et par le monde entier.

    Mais toutefois, selon un rapport de l’ONU rendu public en juin 2017, le Fact de Mahdi combat aux côtés des milices de Misrata.

    Alliance ? Je ne sais pas, parce que les choses sur le terrain sont très mouvantes et je ne pense même pas qu’à l’heure actuelle le Fact soit effectivement allié aux milices de Misrata.

    Le président Idriss Déby semble prendre au sérieux la menace de ces rebelles tchadiens qui évoluent en Libye. Est-ce qu’il a raison ou pas ?

    Dans l’immédiat, je pense qu’il y a une instrumentalisation de la menace pour justifier le maintien des dépenses militaires à un niveau très élevé et pour mettre au second plan les questions sociales et politiques. Mais il y a un risque réel, tant qu’il n’y a pas de solution au Tchad, que les jeunes Tchadiens désespérés continuent de venir en Libye, qui, pour rejoindre le mouvement armé, qui, pour trouver d’autres voies, finalement, de survie.

    Selon l’Egypte, les forces de Misrata et leurs alliés tchadiens sont soutenues militairement et financièrement par le Qatar.

    Pour ce qui est des problèmes internes libyens, je crois que les pays du Moyen-Orient tirent les marrons du feu ou manipulent les uns et les autres. Mais pour ce qui est des Tchadiens, Timan Erdimi vit au Qatar et je peux de ce que je sais, vous assurer que ni le Qatar ni aucun autre pays, ne donne une aide financière ou militaire à quelque faction tchadienne que ce soit. Sinon, la situation militaire aurait évolué beaucoup plus rapidement.

    Et justement, le fait que Timan Erdimi vive au Qatar n’est-ce pas un indice ?

    Timan Erdimi, cela a été rappelé, vit au Qatar à la demande du gouvernement tchadien. Après que le Soudan ait décidé de rétablir les relations et de mettre fin au soutien aux mouvements d’opposition tchadien. Il a été demandé à tous les chefs rebelles de l’époque, soit de repartir au Tchad, soit d’aller en Egypte ou au Qatar. Et les uns et les autres se sont trouvés entre l’Egypte et le Qatar.


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