GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 10 Novembre
Dimanche 11 Novembre
Lundi 12 Novembre
Mardi 13 Novembre
Aujourd'hui
Jeudi 15 Novembre
Vendredi 16 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Le visage des États-Unis à la fin de la Première Guerre mondiale

    L’annonce de l’armistice le 11 novembre 1918 fut l’occasion d’une célébration monstre à Philadelphie, en Pennsylvanie. Photographie libre de droits

    D’abord résolus à rester neutres, les États-Unis entrent en guerre aux côtés de la France, du Royaume-Uni et de la Russie en avril 1917. Ils enverront sur le continent européen quelque deux millions d’hommes et en perdront plus de 300 000. Mais au bout du compte, les Américains sortiront de « la Grande Guerre » plus puissants qu’ils n’y étaient entrés.

    « Un changement capital »

    Le 11 novembre 1918, l’armistice marque la fin des combats de la Première Guerre mondiale. Après quatre années de conflit, les économies européennes sont ravagées. Mais de l’autre côté de l’Atlantique, la guerre a permis aux Américains de changer de statut. Dès janvier 1915, la Bourse de New York a rattrapé celle de Londres. L’économie américaine est en passe de devenir la plus importante du monde, selon Paul Jankowski, historien et professeur à l’Université de Brandeis aux États-Unis.

    « En 1914, les États-Unis étaient des emprunteurs à hauteur de trois milliards de dollars qu’ils devaient à l’Europe, principalement sous la forme de capitaux européens investis aux États-Unis. Cela avait été le cas tout au long du XIXe siècle. En revanche, à la fin de la guerre, les Américains étaient devenus des créditeurs à hauteur d’à peu près quinze milliards de dollars. C’était maintenant les Européens qui étaient redevables de cette somme. Les États-Unis étaient devenus le plus grand réservoir de capitaux dans le monde, y compris des réserves d’or. C’est un changement capital ».

    La fin de la Première Guerre mondiale marque également un changement dans le fait que les Européens prennent conscience de la puissance américaine, selon Hélène Harter, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Rennes.

    « Avant 1914, la puissance américaine n’était presque connue que du monde des affaires. Mais avec la Première Guerre mondiale, il y a un basculement dans le sens où cette prise de conscience dépasse ce cercle étroit. Désormais, les États-Unis sont en train de devenir la puissance économique incontournable en gardant à l’esprit que dans cette nouvelle organisation économique qui émerge à la fin de la Première Guerre mondiale, il reste malgré tout un acteur majeur qui est la Grande-Bretagne ».

    « Un accélérateur »

    Avant même le début de la guerre, les États-Unis avaient déjà dépassé l’Angleterre et l’Allemagne dans la production de l’acier et dans d’autres domaines industriels. Ainsi dès 1901, le magazine américain Puck considérait que l’Amérique était déjà une puissance mondiale. L’image dépeint une personnification des États-Unis («  Columbia  ») portant un «  bonnet de Pâques  » d’un navire de guerre qui proclame qu’elle est une puissance mondiale.

    Couverture du magazine «Puck», le 6 avril 1901. Domaine public

    Les États-Unis n’auront donc pas attendu la Première Guerre mondiale pour devenir une puissance économique majeure. Ce conflit n’aura fait qu’accélérer un processus qui existait déjà avant 1914, selon Paul Jankowski. « La Grande Guerre a d’un côté favorisé l’essor économique des États-Unis en même temps qu’elle a fortement diminué et affaibli les puissances européennes qui étaient fauchées à la fin de la guerre puisque leurs industries avaient été converties en industries de guerre », explique-t-il.

    Pour Hélène Harter, « à la fin du XIXe siècle, les États-Unis ressemblent à la Chine d’aujourd’hui, c’est l’atelier du monde. Les chiffres montrent que la production américaine industrielle correspond à celle de la France et de l’Allemagne réunies », dit-elle. « Mais elle reste une puissance économique, financière et industrielle en construction. Et la guerre, en désorganisant les réseaux économiques, en faisant que des pays européens comme la Grande-Bretagne vont devoir se concentrer sur leurs efforts de guerre, va permettre au système économique de se retourner vers les États-Unis. » Puis elle ajoute que « les Américains vont alors récupérer des parts de marchés, notamment à la Grande-Bretagne. L’exemple assez emblématique c’est l’Amérique latine : les Britanniques doivent vendre des participations, investissent moins et donc les États-Unis vont être de plus en plus présents. »

    « America First »

    Paradoxalement, alors que les États-Unis sont en train de devenir une puissance économique incontestable, et alors même que le président Wilson souhaitait que son pays occupe une place majeure dans la diplomatie mondiale, les Américains font le choix du repli sur soi, comme l’explique Hélène Harter.

    « Le président Wilson est parti avec l’idée qu’il fallait gagner la guerre d’un point de vue militaire, mais qu’il fallait aussi gagner la paix : réorganiser les relations diplomatiques à l’échelle mondiale, faire en sorte que les États-Unis soient en quelque sorte l’arbitre de ces relations, avec l’idée que le monde allait suivre les valeurs américaines, la conférence de La Haye, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, etc. Mais le peuple américain va rapidement être déçu de la manière dont les belligérants européens vont régler la paix, va considérer que la priorité c’est les États-Unis et qu’il ne fallait pas se mêler des affaires européennes. On est sur les prémices de "l’Amérique en premier" finalement. »

    Conséquence : le Sénat américain ne va pas ratifier le traité de Versailles et va mettre en place une politique unilatérale, motivée par la poursuite de ses intérêts. Les États-Unis ne feront donc pas partie de la Ligue des Nations, qui était pourtant le projet phare du président Woodrow Wilson. Ce refus sera largement commenté et moqué par une partie de la presse américaine de l’époque.

    Leonard Raven-Hill (1867-1942), Le trou dans le pont, dessin, 1919, dans : Punch Almanack 1919, p. 483. Domaine public

    Ce dessin du Trou dans le pont, publié dans le magazine britannique Punch illustre la situation paradoxale de 1919 quand il s’avéra que les États-Unis (représentés par l’Oncle Sam), malgré tous les efforts du président Thomas Woodrow Wilson, ne compléteraient pas le pont, c’est-à-dire rejoindre la Société des Nations - bien que le pont ait été «  conçu par le président des États-Unis », comme le montre le dessin.

    « Replis sur soi »

    Laissez les nations arbitrer leurs futurs problèmes,
    Il est temps de jeter loin l’épée et le pistolet.
    Il n’y aurait pas de guerre aujourd’hui,
    Si toutes les mères disaient :
    « Je n’ai pas élevé mon garçon pour qu’il devienne un soldat ».

    Voilà un extrait de la chanson I didn’t raise my boy to be a soldier (Je n’ai pas élevé mon fils pour qu’il devienne un soldat, en français). Cette chanson écrite en 1915 reflète la mentalité de neutralité qui règne aux États-Unis à cette époque.

    « Il y a toujours eu tension dans l’Histoire américaine entre replis sur soi et interventionnisme », explique Hélène Harter.

    Et cette tension s’exprime pleinement pendant l’élection présidentielle américaine de 1920 où sont présentes ces deux manières d’envisager la place des États-Unis dans le monde. Woodrow Wilson est battu lors de la convention démocrate. C’est finalement le républicain et défenseur de la neutralité Warren Harding qui remporte l’élection présidentielle. Voici l’extrait d’un discours qu’il prononce à Boston en 1920.

    L’Amérique d’aujourd’hui n’a pas besoin de héros, mais de repos. Pas de révolution, mais de restauration. Pas d’expérience, mais d’équilibre. Pas d’ambitions internationalistes, mais du maintien d’une nationalité triomphante
    Extrait du discours de Warren Harding 24/07/2018 Écouter

    Il faudra attendre 1945 et la fin de la Seconde Guerre mondiale pour que les Américains, tant démocrates que républicains, assument leur puissance et deviennent l’acteur majeur des relations diplomatiques internationales.


    Sur le même sujet

    • 1918: l'espoir d'un nouveau monde

      Première Guerre Mondiale: le rôle de l'Union d'Afrique du Sud

      En savoir plus

    • 1918: l'espoir d'un nouveau monde

      Le Canada pendant la Première Guerre mondiale: deux histoires reconnues

      En savoir plus

    • 1918: l'espoir d'un nouveau monde

      Mali: la mémoire lointaine de la Grande Guerre

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. ...
    4. Suivant >
    5. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.