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    Zimbabwe: «Il y a l'espoir d'un changement possible»

    L'ancien président du Zimbabwe Robert Mugabe lors d'une conférence de presse durant laquelle il a annoncé qu'il ne voterait pas pour la Zanu-PF, le 29 juillet 2018. REUTERS/Siphiwe Sibeko

    Le Zimbabwe vote aujourd’hui : une présidentielle et des législatives. Des scrutins historiques, les premiers depuis la chute de Robert Mugabe en novembre. Chercheur au Centre Afrique subsaharienne de l’Institut français des relations internationales et spécialistes du Zimbabwe, Victor Magnani répond aux questions de Carine Frenk.

    RFI : Ce sont les premières élections sans Robert Mugabe. Est-ce qu’on ressent vraiment quelque chose de différent à Harare ?

    Victor Magnani : Oui. Tout à fait. A Harare, comme ailleurs dans le pays, on sent que nous sommes à l’aube d’une nouvelle ère d’une certaine façon. Robert Mugabe n’est plus candidat, c’est quelque chose de tout à fait inédit dans l’histoire politique du Zimbabwe. On pourrait ajouter que le principal leader de l’opposition, Morgan Tsvangirai, qui lui aussi était l’opposant historique d’une certaine manière, est également absent puisqu’il est décédé il y a quelques mois. Donc effectivement et indéniablement, il y a l’espoir d’un changement possible au Zimbabwe.

    Justement, le président, Emmerson Mnangagwa, promet des élections libres et justes. Le sont-elles vraiment ? L’opposition parle du risque de fraude.

    L’opposition met la pression d’une certaine manière sur la Commission électorale du Zimbabwe. Il y a des inquiétudes effectivement, notamment parce que les scrutins passés avaient été entachés de fraudes manifestes. Ce qu’il y a de nouveau cette fois-ci, c’est qu’il y a beaucoup d’observateurs internationaux. Le contingent d’observateurs internationaux est extrêmement important.

    L’Union européenne, le Commonwealth…

    De l’Union européenne, de l’Union africaine, du Commonwealth notamment, de la SADC [La Communauté de développement d'Afrique australe], l’autorité régionale en Afrique australe. La liberté de réunion de campagne a été plutôt bien respectée d’après les informations que j’ai pu recueillir et puis les observations que j’ai pu faire moi-même. Il y a eu des contestations sur les intimidations potentielles de militants de l’opposition. Mais je crois que tout le monde s’accorde à dire que, par rapport au contexte précédent, le climat démocratique semble plus avéré cette fois-ci. Ça déjà, c’est un changement. Par ailleurs, je crois qu’il faut dire que Emmerson Mnangagwa est arrivé à la tête du pays sans être élu. C’est une opération militaire qu’il l’a porté à la tête de ce pays-là. Il est en quête de légitimité. Et le meilleur moyen d’asseoir son pouvoir sur la légitimité, c’est d’organiser des élections libres et justes et de les remporter.

    Et pour ce faire, il a des atouts : l’appareil de l’Etat, un parti puissant.

    Bien sûr. Le premier atout, qui est un de ses arguments de campagne, est qu’il est celui qui a réussi à ce que Robert Mugabe quitte le pouvoir. Là, c’est l’un de ses atouts de dire qu’il a été un acteur du changement politique au Zimbabwe. Et bien sûr, un deuxième atout, c’est le fait qu’il a une machinerie étatique au service de sa campagne. Il est parfois difficile de savoir si c’est le parti ou l’Etat qui mène campagne.

    Mais il y a aussi des divisions du côté de la Zanu-PF ?

    Bien sûr. Il y a encore des divisions qui sont les séquelles des luttes factionnelles passées. Donc aujourd’hui encore, le parti fait bloc derrière un seul candidat. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de contestation. Pour l’instant, cette contestation se fait discrète, mais en cas de difficulté électorale, il est évident que la faction qui était coalisée autour de Grace Mugabe, qui était liée à Robert Mugabe, risque de resurgir et de refaire surface, et de réclamer d’avoir droit au chapitre à nouveau pour l’avenir de la Zanu-PF.

    Le principal rival du président sortant, c’est Nelson Chamisa du Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

    Oui, c’est le principal rival. Il est le successeur de Morgan Tsvangirai qui était le leader historique. C’est une personnalité jeune [40 ans]. D’aucuns pensaient qu’il n’aurait pas le charisme nécessaire pour incarner une opposition à la Zanu-PF. Mais néanmoins, assez rapidement, il a su capitaliser notamment sur sa jeunesse pour incarner le renouveau, le changement. En quelques mois, il a vraiment réussi à s’imposer dans le paysage politique zimbabwéen. Donc aujourd’hui, c’est la figure la plus importante de l’opposition. Il y a d’autres personnalités, notamment Joice Mujuru qui a été à la Zanu-PF dans le passé, qui a quitté le parti il y a quelques années, et qui a créé son parti politique, mais qui n’a pas la même base électorale, la même assise électorale que Nelson Chamisa qui lui représente un parti structuré déjà de plusieurs années, qui est bien organisé, et qui a des bastions électoraux sur le territoire zimbabwéen.

    L’élection est-elle jouée d’avance comme beaucoup le pensent ?

    Je ne le pense pas. S’il y a encore quelques mois, il semblait assez évident que la Zanu-PF l’emporterait facilement, tous les sondages récents indiquent un resserrement assez net de l’écart entre les deux principaux candidats. Et, quel que soit le résultat, il sera très probablement serré, ce qui ouvrira la voie très certainement à des discussions ou voire à des contestations à l’issue du scrutin.

    Est-ce que ces élections marquent vraiment la fin de l’ère Mugabe ?

    Je crois qu’il faudra analyser de près le résultat pour le savoir. Cette élection est un test absolument fondamental pour savoir quelle sera la suite de l’histoire de ce pays. Est-ce que l’on s’engage sur une voie d’une démocratie apaisée ou si, au contraire, on peut craindre une continuité avec le régime précédent. Si la Zanu-PF perd les élections et accepte le résultat, il est évident que ce serait la fin de l’ère Mugabe. Si la Zanu-PF remporte les élections de manière libre et juste, je crois qu’on pourrait également dire que ce serait une transition assez nette avec Robert Mugabe.


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