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    Comores: le président Azali s’octroie les pleins pouvoirs

    Nadia Tourqui est le porte-parole du Collectif de la troisième voie aux Comores. RFI

    Lundi, les Comoriens ont approuvé - officiellement - à une écrasante majorité de plus de 92% la réforme constitutionnelle voulue par le président Azali Assoumani qui lui permet notamment de briguer un deuxième mandat consécutif. L'élection présidentielle est prévue pour l'année prochaine. L'opposition avait appelé au boycott du scrutin. Le taux officiel de participation au référendum, 63,9%, laisse les observateurs très sceptiques. Et l'opposition parle de mascarade électorale, de bourrage d'urnes. Nadia Tourqui, porte-parole du Collectif de la troisième voie aux Comores, collectif qui représente la société civile, est notre invitée.

    RFI : Le président Azali Assoumani peut-il tenir compte des critiques des observateurs internationaux ?

    Nadia Tourqui : Nous espérons qu’il en tiendra compte, mais nous avons peu d’espoir vu que cela fait plusieurs mois que nous tentons de lui faire entendre raison par rapport à ce processus. Et il a continué à le mener jusqu’à terme, donc le referendum a eu lieu malgré toutes les invitations à suspendre le processus et à créer un dialogue qui permette de réfléchir sereinement à cette révision constitutionnelle.

    Alors un observateur de l’Afrique de l’Est évoque plusieurs bureaux de vote où il n’y a eu guère plus de 20 votants qui attendaient, mais une heure plus tard, les urnes étaient pleines.

    Exactement oui. Un observateur de l’Union africaine a fait ce constat. D’autres observateurs sur la place et des journalistes ont eu à faire les mêmes observations. Donc, il est clairement établi que les résultats qui ont été annoncés ne reflètent pas du tout la réalité.

    Le taux de participation de 63,9%, vous n’y croyez pas ?

    Absolument pas.

    La Cour suprême peut-elle revenir dans les prochains jours sur ce scrutin, l’invalider ?

    Nous attendons toujours à ce qu’il y ait un sursaut et que la Cour suprême joue le rôle qui lui a été dévolu, mais, comme je le disais, on a très peu d’espoir tellement le processus a été verrouillé dès le départ pour qu’il n’y ait pas de voix discordantes qui empêchent ce projet d’être mené à terme.

    Les conséquences de cette révision constitutionnelle, c’est le président qui pourra dorénavant briguer deux mandats de cinq ans donc Azali Assoumani peut se maintenir jusqu’en 2029, les trois postes des vice-présidents sont supprimés et enfin la Cour constitutionnelle est dissoute. Comment qualifier, nommer le régime qui se dessine aux Comores ?

    C’est une nouvelle dictature qui s’installe. Pour nous, c’est un coup d’Etat institutionnel qui a été fait. Tous les pouvoirs maintenant sont concentrés sur le président et il ne veut pas entendre raison. On est très inquiets par rapport, déjà, aux discours qui ont été tenus pendant ces derniers mois, pendant la campagne, les arrestations, les menaces envers les journalistes. Donc, ça n’augure pas un futur serein pour le pays.

    Si le nombre de votants n’a pas été celui annoncé par le président, par le pouvoir, l’opposition n’a-t-elle pas fait une très grosse erreur en appelant au boycott justement ?

    Il était difficile d’avoir une autre stratégie que celle du boycott étant donné que le processus était verrouillé dès le départ. Au niveau de la Commission électorale, il y avait très peu de chance d’avoir des personnes qui fassent en sorte que le scrutin se déroule de manière libre et démocratique. La collecte des résultats, la validation des résultats, à tous les niveaux de la chaîne électorale, il y avait des blocages, donc il n’était pas possible, si on voulait faire passer le non, d’aller dans ce système-là et espérer que le non puisse passer, si éventuellement il était effectivement majoritaire. Il n’y avait d’autre solution que le boycott.

    Remettez-vous en cause la classe politique dans son ensemble ? En clair, l’opposition, les leaders de l’opposition sont-ils eux-mêmes à la hauteur des enjeux ?

    Il n’était déjà pas à la hauteur des enjeux, c’est bien pour ça que l’on est arrivés à cette situation. Jusqu’à présent, leur discours n’est toujours pas audible, il n’y a pas de visibilité sur la manière dont ils vont aborder la suite, c’est un échec de la classe politique de toute façon de manière générale.

    L’islam était la religion d’Etat, aujourd’hui c’est l’islam sunnite, cela acte-t-il un rapprochement avec l’Arabie Saoudite et qu’en pensez-vous ?

    Très probablement. Ce qui nous inquiète surtout c’est que vont devenir les Comoriens qui ont des confessions différentes, qu’ils soient chiites ou même chrétiens ou athées tout simplement. Cela nous inquiète sur la cohésion sociale et la cohésion nationale et nous n’avons pas besoin de ça. Nous nous enorgueillissons d’être un seul peuple, une seule religion, une seule langue. Et aujourd’hui, on est en train de valider des discriminations entre les îles et des discriminations religieuses donc c’est très inquiétant pour l’avenir.

    Paris, pour l’instant, n’a pas réagi. Vous le regrettez ?

    Bien sûr, nous avions beaucoup d’espoir sur les pays amis et sur les communautés internationales pour arrêter cette mascarade et jusqu’à présent les avis qui ont été émis, les déclarations qui ont été faites, étaient très timides. Nous sous sommes très déçus par la manière dont la communauté internationale a accompagné cet exercice. Nous espérons qu’elle puisse être un peu plus ferme dans les jours à venir pour que ce processus puisse être arrêté.

    Vous y croyez ?

    Nous n’avons pas trop le choix que d’y croire.


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