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    Corne de l'Afrique: «La paix ici est un déguisement de la guerre de l'autre côté de la mer Rouge»

    Le président érythréen Issayas Afewerki (g.) marchant à côté du président somalien, Mohamed Farmajo, à son arrivée à Asmara, en Erythrée, pour une visite de trois jours, le 28 juillet 2018. Reuters

    La Corne de l’Afrique vit une série de changements majeurs. L’Ethiopie et l’Erythrée ont signé un accord de paix et en début de semaine, le président somalien a réalisé une visite historique en Erythrée. C'est toute la géopolitique de cette région, jusque-là instable, qui se retrouve chamboulée. Roland Marchal, spécialiste de la Corne de l'Afrique, répond aux questions de Bineta Diagne.

    RFI: En début de semaine, les présidents érythréen et somalien ont signé des accords pour rétablir leurs relations diplomatiques. Y a-t-il un lien entre, d’une part ce geste politique fort et d’autre part, le rapprochement diplomatique qui est survenu il y a quelques semaines et auquel on a assisté entre l’Ethiopie et l’Erythrée ?

    Roland Marchal: Oui, tout à fait. Il faut se souvenir que les relations entre l’Erythrée et la Somalie, pendant la guerre civile, n’ont pas été spécialement denses. Elles le sont devenues un peu, au moment où les tribunaux islamiques, en 2006, prennent l’offensive dans une guerre qui les oppose à ce qui reste des factions claniques. Ils reçoivent aussi, à ce moment-là, une aide militaire de l’Erythrée qui va se poursuivre pendant plusieurs années avec, comme condition, l’hébergement et la facilitation du transit de groupes armés éthiopiens par la Somalie vers l’Ethiopie.

    C’est évidemment sur cette base-là que le Conseil de sécurité des Nations unies a mis un embargo sur des sanctions supplémentaires sur l’Erythrée et donc, d’une certaine façon, la reconnaissance de ce qui s’est passé depuis, c’est-à-dire le gouvernement somalien qui est reconnu par l’Erythrée, que l’aide des Erythréens aux groupes insurgés et shebabs n’est plus du tout effective…. Tout cela existe mais finalement ce rapprochement reste possible aujourd’hui parce que l’Ethiopie a une autre conception de ses relations régionales et ne va pas prendre un coup de sang, comme elle l’a fait en 2006, tout simplement parce que Erythréens et Somaliens discutent.

    A-t-on une idée de ce qui se joue derrière ce fameux plan de stabilisation de la Corne de l’Afrique signé, il y a quelques semaines, par Addis-Abeba et Asmara, et surtout qui a été, disons-le, parrainé par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis ?

    C’est, là aussi, une autre source d’inquiétude, c’est-à-dire que la guerre a cristallisé un certain type de corps politiques dans tous ces pays. Vous avez des gens, des partis, des organisations politiques et un système économique qui finalement s’est installé dans la guerre. Dire tout d’un coup, eh bien tout cela c’est terminé, on peut de nouveau commercer. Tout cela risque de cristalliser en Erythrée et en Ethiopie, au niveau des politiques économiques, des résistances assez fortes.

    Cela d’un côté, puis de l’autre côté, vous avez quand même le fait que cette normalisation - qui  donc va en faveur d’une paix régionale - peut aussi avoir des conséquences de l’autre côté de la mer Rouge et qui sont tout sauf la paix. Cela, évidemment, c’est quelque chose de très inquiétant et qui va fragiliser le processus.

    Nous avons, en effet, si vous voulez, des Etats mercenaires comme Djibouti qui ont oublié quand même tous leurs liens avec le Yémen, mais nous avons l’Erythrée qui a des liens très anciens. Jusqu’où faudra-t-il accepter de voir le Yémen déconstruit, annihilé simplement pour éviter à Mohammed ben Salmane [Prince héritier d’Arabie saoudite] et à son ami émirati de perdre la face ?

    Il faut, par conséquent, se rendre compte que oui, il y a la paix mais que d’une certaine façon, la paix, ici, c’est un déguisement de la guerre de l’autre côté. Ce n’est donc pas une situation d’équilibre.

    L’Ethiopie a formellement demandé aux Nations unies de lever les sanctions contre l’Erythrée. Est-ce qu’on peut s’attendre à voir l’Erythrée perdre « son statut d’Etat voyou » ?

    L’ouverture des relations entre la Somalie et l’Erythrée, avec cette onction éthiopienne, vise à cela. Elle vise à montrer que l’Erythrée est un Etat qui se comporte comme un Etat et qui est responsable comme un Etat. La vraie question qu’il faut se poser, c’est pourquoi les Erythréens ont fait cela ?

    L’Erythrée a joué cette carte-là, pas simplement parce que, comme mouvement armé, elle a accueilli d’autres opposants. C’est aussi parce que l’ordre régional qui s’est cristallisé autour de la nouvelle Ethiopie faisait que l’Erythrée était juste un petit pays mendiant, à quatre millions d’habitants et qui n’avait pas grand-chose à offrir, à part Massawa et Assab, les deux grands ports qui achalandent le Tigré, pour Massawa, et le reste de l’Ethiopie, pour Assab.

    Suite au dégel des relations entre l’Erythrée et l’Ethiopie qui s’est notamment engagée à respecter l’Accord d’Alger concernant un différend sur la démarcation de la frontière, peut-on s’attendre, aujourd’hui, à voir une solution émerger dans le cas de Djibouti qui entretient également des relations compliquées avec l’Erythrée, notamment à cause d’un litige territorial ?

    Oui, on peut s’y attendre mais, encore une fois, le conflit entre l’Erythrée et l’Ethiopie n’est pas du tout de même nature que celui entre l’Erythrée et Djibouti.

    Deuxième chose, nos amis Djiboutiens ont très bien su profiter du conflit avec l’Erythrée et donc, d’une certaine façon, la balle est évidemment dans le camp de Issayas Afewerki [Président de l'Erythrée] mais elle est aussi et je dirais encore plus dans celle de Ismaïl Omar Guelleh [Président de la République de Djibouti]. On va voir si l’homme qui accueille autant de bases militaires dans son petit pays, est capable de faire la paix avec son voisin.


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