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    RDC: «La scène politique est un grand cirque» pour le caricaturiste Thembo Kash

    Le dessinateur congolais Thembo Kash en 2013. AFP/Junior D. Kannah

    C’est la dernière ligne droite en République démocratique du Congo (RDC) et peut-être la fin du suspense sur l’avenir politique de Joseph Kabila. Le président congolais n’a toujours pas dit publiquement qu’il ne se représenterait pas ou même qui serait son dauphin. Mais il ne reste aujourd’hui plus que 72 h à la majorité pour désigner son candidat. La semaine dernière, on a assisté à un retour sur lequel personne ne comptait il y a encore quelques semaines, celui de l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba détenu depuis 10 ans. L’ancien gouverneur du Katanga, Moise Katumbi, qui - lui - avait fait part de ses ambitions depuis trois ans n’a pas encore pu rentrer dans son pays. Ce feuilleton, les Congolais le suivent aussi à travers les caricatures du dessinateur Thembo Kash qui croque au quotidien tous ces rebondissements. Il répond aux questions de Sonia Rolley.

    RFI : Comment dessine-t-on le candidat de la majorité présidentielle aujourd’hui ?

    Thembo Kash : C’est très compliqué. Moi, j’ai essayé de le faire il y a quelques semaines. J’avais dessiné un dauphin qui se transformait en Kabila. J’avais fait ce dessin sans parole. Moi, je croyais qu’il n’était pas réussi, mais je l’avais posté quand même. J’étais étonné par le nombre de partages. Apparemment, il a plu. Généralement, le dessin qui plaît à la majorité, c’est celui qui attaque et qui roule dans la poussière le cadre de l’opposition, et vice versa. Mais pour celui-là, il y avait une espèce d’unanimité. Ils ont tous rigolé du dessin, qu'ils soient à gauche ou à droite.

    Qu’est-ce qu’il vous intéresse dans la situation politique actuelle ?

    Actuellement, il faut dire qu’il y a tellement de rebondissements. La scène politique congolaise en général, c’est une espèce de grand cirque. Il y a tellement de déclarations contradictoires que des fois, il suffit d’illustrer ce qui se passe pour faire un beau dessin.

    Qu’est-ce qui pour vous donne un côté « cirque » ?

    La situation du pays qui est bloquée, c’est le brouillard. Les gens souffrent énormément. La crise est à un tel niveau, les Congolais sont clochardisés. Il y a d’un côté la classe dirigeante. Quand on regarde par exemple ce qu’ils disent à la télé : c’est que nous allons vers l’émergence, ça va très bien. Nous sommes victimes des jaloux, des gens qui ne veulent pas qu’on avance. Et alors, quand on y regarde de près, c’est tout le contraire. On devrait avoir des signaux clairs, qu’on avance vers des élections libres. Mais c’est tout le contraire. Tout est dans le déni.

    Et du côté de l’opposition ?

    Ça ne vole pas très haut non plus. Même si on peut comprendre qu’ils ne sont pas directement aux affaires. On peut se souvenir, il y a une année ou deux, il y en a beaucoup qui se disaient opposants et maintenant qui sont de l’autre côté et qui sont maintenant plus royalistes que le roi. Et tout cela ne rassure pas du tout. L’image de l’homme politique congolaise est suffisamment écornée par ça, les gens n’ont pas beaucoup confiance.

    Quel est votre objectif : faire rire par vos caricatures ou la dénonciation ?

    En tant qu’artiste, j’ai le droit de participer au débat. Si je suis frustré, d’habitude je fais un dessin. Et si je suis très content, s’il y a quelque chose qui me plait, je fais un dessin. Je me sers de mes émotions pour faire du dessin. C’est, je dirais une forme de résistance et je me dis que c’est bien pour les libertés publiques, pour dénoncer des fois des dérives, pour parler de ce qui ne marche pas souvent.

    Qu’est-ce qui interroge dans cette classe politique le caricaturiste que vous êtes ?

    La plupart des fois, je me demande s’ils nous prennent pour des idiots puisque c’est tellement frustrant quand quelqu’un n’est pas très malin et qu’il pense qu’en face, c’est la même chose. Quand on voit les contradictions, c’est vraiment pitoyable. On a l’impression qu’ils sont coupés de la réalité.

    Donc en soi, ces hommes politiques seraient déjà une forme de caricature ?

    Absolument. Je me demande si dans trente ans on pourra croire ce qu’on essaie de documenter maintenant, c’est inimaginable.

    Il y a une forme de climat de défiance ou une certaine division qui s’installe dans la société ?

    Oui. Il y a une bipolarisation à l’extrême. Il y a rarement les justes milieux. Et c’est compliqué puisque les gens déraisonnent comme nous n’avez pas idée. Ils sont obligés de défendre leur camp quel que soit ce qui se passe, et c’est vraiment écœurant. Et chaque camp se radicalise. Moi, je crois que c’est logique cette bipolarité. Il y a ceux qui sont pour les statu quo, et il y a des gens, la majorité, qui veulent que cela change. On voit tout de suite que le pays ne marche pas. La majorité des Congolais ne sont pas des idiots. Déjà ils savent ce qui se passe et ils comprennent. Le problème, c’est que le pays, les Congolais, sont pris complètement en otages. Vous savez très bien, la liberté, c’est difficile et c’est un combat de tous les jours. C’est tous les jours qu’on doit gagner son espace pour l’expression. Et cela évidemment, les Congolais l’ont gagné de longue lutte et ils ne sont pas prêts de se taire. Ils s’expriment toujours.

    Est-ce que vous vous sentez opposant ?

    Pas du tout. Moi, je suis plutôt engagé socialement. Je crois aux Congolais, je trouve que le Congolais n’est pas nécessairement comme on le décrit puisque ceux qui représentent pour la plupart les Congolais, ce ne sont pas ceux-là qui devraient le faire. Je connais des compatriotes qui sont brillants dans beaucoup de domaines. Le problème, c’est qu’ils ne sont pas au-devant de la scène. C’est cela le problème.


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