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    Kateb Yacine, un artiste majeur

    Septembre 1962: Kaddour M'Hamsadji (à gauche) avec Kateb Yacine (à droite) lors du Salon du livre d'Alger, à la salle Ibn Khaldoune. Harry/Wikimedia Commons

    Romancier, poète, dramaturge, metteur en scène, essayiste, rebelle à tous les pouvoirs, pourfendeur du colonialisme, de l'impérialisme et de tous les intégrismes, ainsi a-t-on défini l’immense Kateb Yacine, un artiste majeur, figure emblématique de la littérature algérienne de langue française, né à Constantine en août 1929, mort à Grenoble des suites d'une leucémie en octobre 1989.

    Avant l’écrivain, l’homme d’abord. Son vrai nom, c’est Mohammed Khellouti. Né en 1929, à Constantine de parents lettrés, l'enfant Kateb Yacine passe, par décision paternelle, de l'école coranique à l'école française. Puis, il est rattrapé par la grande histoire. Il est expulsé du lycée à Sétif après la manifestation du 8 mai 1945. Cet épisode lui donne véritablement des ailes. Il est d’abord reporter à «Alger républicain» de 1948 à 1950. Le 8 mai 1949, à Sétif, la manifestation contre le colonialisme dégénère, Kateb Yacine se retrouve, à 20 ans, sous des monceaux de cadavres : 40.000 selon certains. Emprisonné, Kateb apprendra que quatorze membres de sa famille ont été abattus et que sa mère, le croyant mort, est devenue folle. En 1950, à la mort du père, Kateb devient docker à Alger, en 1952. Puis, il s'installe à Paris jusqu'en 1959. Il entame pour une vingtaine d'années une vie d'errance en Europe. Ecrivain tout court, écrivain public, écrivain en grève, en exil, en rupture de ban, ainsi va la vie de l'écrivain errant : Algérie, France,  Italie, Tunisie, Belgique, Allemagne,  Suède, Croatie, Russie, Grèce, etc. Toutefois, il ne peut échapper à l'histoire de l'Algérie et de ses convulsions. C’est pourquoi il s'est choisi comme nom de plume Kateb Yacine. Ses romans, Nedjma, Le Polygone étoilé sont considérés comme fondateurs de la littérature algérienne moderne.

    C’est à Kateb Yacine que l’on doit cette célèbre formule dans laquelle il disait que la langue française était pour le colonisé un « butin de guerre ». Même si l’utilisation de ce butin de guerre peut parfois poser problème. « Lorsque j’écrivais des romans ou de la poésie, je me sentais frustré parce que je ne pouvais toucher que quelques dizaines de milliers de francophones », explique-t-il.

    Il s’agit de toucher le plus de monde.  « Je veux avoir accès au grand public, pas seulement les jeunes, et le grand public comprend les analphabètes ». Lorsqu’il décide de rester plus durablement en Algérie, en 1970, il abandonne l’écriture en français et se lance dans une expérience théâtrale en langue dialectale avec la pièce  Mohamed, prends ta valise en 1971. Fondateur de l’Action culturelle des travailleurs (ACT), il joue dans les lieux les plus reculés et improbables, usines, casernes, hangars, stades, places publiques... avec des moyens très simples et minimalistes.

     

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