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    Mali: «La bonne tenue de la présidentielle est sans doute un échec pour les groupes terroristes»

    Le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU et chef de la mission des Nations unies au Mali (Minusma), Mahamat Saleh Annadif, ici le 17 février 2016. HABIBOU KOUYATE / AFP

    Au Mali, les oiseaux de mauvaise augure avaient annoncé la catastrophe, mais finalement la présidentielle 2018 a pu se tenir aux dates prévues et dans 97% des bureaux de vote. Peut-on parler d'un échec pour les groupes terroristes ? A Bamako, le Tchadien Mahamat Saleh Annadif est le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU et le patron de la Minusma. Au micro de Christophe Boisbouvier, il confie son soulagement et ses espoirs pour l'avenir.

    RFI : Quel bilan sécuritaire faites-vous de ces deux tours de présidentielle au Mali ?

    Mahamat Saleh Annadif : Vous savez, il y a un an, même les plus optimistes doutaient qu’il y aurait des élections. Il y a eu des élections. Au premier tour, plus de 800 bureaux de vote n’ont pas pu ouvrir. Aujourd’hui, au deuxième tour, ce nombre a été réduit à peu près à 500, au lieu de 871, nous sommes descendus à 500. Si ça a été possible, c’est parce que les forces de défense et de sécurité maliennes, leur partenaire de la Minusma et d’autres ont pu se déployer, ont pu y ajouter des moyens. Nous, par exemple, au niveau de la Minusma, nous avons pu déployer des hélicoptères, les forces de défense et de sécurité maliennes ont pu monter en puissance, elles ont utilisé également des moyens aériens et tout ça a fait qu’aujourd’hui, on peut dire que la sécurité est en train de revenir petit à petit. Qui croyait, il y a quelque temps, que les élections allaient se dérouler dans tout le Nord ? Le Nord grâce à la collaboration des groupes signataires, la CMA [Coordination des mouvements de l'Azawad], la Plateforme, d’autres groupes comme le MSA [Mouvement pour le salut de l'Azawad], tous ces groupes ont collaboré et les élections se sont déroulées dans le calme et avec une participation qui a étonné beaucoup les gens. La sécurité s’améliore.

    Oui mais tout de même, le 29 juillet au premier tour, il y a eu des tirs de mortiers sur Aguelhok et le 12 août, au deuxième tour, il y a eu l’assassinat d’un président de bureau de vote dans la région de Tombouctou.

    Vous savez, ces roquettes, d’abord, n’ont pas du tout démobilisé les électeurs parce qu’elles sont tombées à 200 mètres de là où le vote a eu lieu. C’est vrai que ça a créé une petite panique au départ. Quelques minutes après, les gens sont revenus et le vote a continué. L’assassinat d’un chef de bureau au niveau du cercle de Niafunké est déplorable. Nous présentons nos condoléances à sa famille. Mais je vous assure que ça n’entache en rien le fait que la sécurité s’est raisonnablement améliorée.

    Peut-on parler d’un échec pour Iyad ag Ghali et les chefs islamistes ?

    Sans doute. Parce que vous savez qu’avant ces élections, il y a eu plusieurs messages audio, écrit, où ils ont menacé les populations du Nord pour dire de ne pas aller à ces élections et nous avons constaté que les populations du Nord ont pu aller faire leurs élections. La paix progresse et les terroristes, leur capacité de nuisance a été sérieusement réduite à cause du travail de Barkhane, il faut le dire, et même du travail de certains groupes armés signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation [à Alger, en 2015]. Et on ne souligne pas assez la montée en puissance des forces de défense et de sécurité malienne qui, depuis un certain temps, font beaucoup d’opérations anti-terroriste au niveau du Centre et de l’Est, et qui également ont contribué à l’affaiblissement de ces groupes terroristes.

    En même temps, les terroristes ont attaqué le quartier général du G5 Sahel, le 29 juin à Sévaré, et ont récidivé le 29 juillet.

    Tout ça c’est vrai. Le quartier général a été attaqué, une patrouille Barkhane a été également attaquée trois jours après au niveau de Gao. Nous les avons analysés comme des signaux de faiblesse et nous disons que la capacité opérationnelle de ces groupes est en train réellement de baisser. La situation est réellement en train de progresser dans le sens positif.

    Sur ces deux tours de scrutin, la majorité des incidents s’est produite dans le Centre du pays. Est-ce que la situation n’est pas en train de s’améliorer au Nord et de se dégrader au Centre ?

    C’est un fait. Malheureusement, au niveau du Centre aujourd’hui, la situation sécuritaire est de loin plus préoccupante que ce qui se passe au Nord. Mais ceci est explicable. Les tensions intercommunautaires ont offert un terrain fertile pour la multiplication des groupes terroristes et qui ont instrumentalisé ces conflits intercommunautaires. Le gouvernement a élaboré un plan, qu’il appelle le « Plan intégré pour la sécurisation des régions du Centre ». Il faut, à mon avis, réconcilier ces communautés qui ont toujours vécu ensemble au niveau de cette sous-région du Centre, qui est assez de végétation dense et qui a des possibilités de cachettes.

    Y a-t-il eu un effet Boubèye Maïga du nom du Premier ministre en faveur de la sécurisation de ce scrutin ?

    C’est vrai que depuis l’arrivée du Premier ministre Boubèye Maïga, une dynamique positive a été insufflée. Nous l’avons constaté tant au niveau de la mise en œuvre de l’accord pour la paix, qu’au niveau de l’organisation des élections, et qu’au niveau des renforcements des mesures de sécurité au niveau du Centre.

    Alu Nord-Mali, beaucoup sont étonnés par le fort taux de participation et se demandent s’il n’y a pas eu connivence entre le pouvoir central et les groupes armés du Nord en faveur du président sortant IBK.

    Je suis incapable de vous donner une indication en ce sens que la Minusma n’a ni un rôle d’observateur, moins encore un rôle de certification des élections. Les résultats, j’avoue que je suis incapable de les commenter.

    Et ce partenariat exceptionnel entre le pouvoir central et les groupes armés du Nord pendant ce scrutin, est-ce une simple parenthèse ?

    Nous osons croire que ce n’est pas une parenthèse parce que, depuis un certain temps, nous avons constaté que la confiance commence à se rétablir. Nous la renforçons, nous l’encourageons parce que, sans cela, l’accord pour la paix et la réconciliation ne connaitra pas de progrès et, s’il ne connait pas de progrès, il n’y aura pas de paix et de stabilité au Mali.

    Depuis 2013, on déplore la mort de 170 casques bleus au sein de la Minusma, l’un des plus lourds tributs payés par les Nations unies. Craignez-vous que la série noire ne reprenne après ces élections ?

    Nous osons croire que ça ne va pas reprendre. C’est vrai. La Minusma aujourd’hui est qualifiée de mission la plus meurtrière [de l'ONU]. Mais depuis un certain temps, nous avons reçu un mandat du Conseil de sécurité qui nous a permis de nous redimensionner, de nous positionner autrement, de pouvoir être plus proactif. Depuis le début de 2018, ces pertes ont notoirement diminué, tout simplement parce que nous avons essayé de faire la mutation nécessaire pour faire face.

    Est-ce que vos forces ne passent pas plus de temps à se protéger qu’à se déployer sur le terrain ?

    Je crois effectivement, à un moment donné, qu'on a parlé d’une certaine « bunkérisation ». Je crois que de plus en plus la force est en train de monter en puissance en appuyant les forces de sécurité maliennes.

    Donc la Minusma sort de son bunker ?

    Elle est déjà dehors.

    Elle a été « bunkérisée » mais c’est fini ?

    Le mot « bunkérisé », je l’emploie rarement mais plus nous avançons, plus nous nous adaptons à la nature de l’environnement. Aujourd’hui, on peut dire que nous avons la maîtrise du terrain plus que les terroristes.


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