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    L’Afrique du Sud relance le débat de la réforme foncière

    Le président sud-africain Cyril Ramaphosa. (Photo d'illustration) Daniel LEAL-OLIVAS / AFP

    Le débat sur la réforme agraire en Afrique du sud déchaîne les passions dans la nation arc-en-ciel et même au-delà puisque la Maison Blanche a aussi mis son grain de sel, via un tweet incendiaire de Donald Trump. Le gouvernement de Cyril Ramaphosa veut rependre un vieux cheval de bataille de l'ANC : réparer l'injustice de la privation des terres. Le voisin namibien veut aussi relancer sa propre réforme. Réforme partout difficile. Aujourd'hui encore, près d'un quart de siècle après la fin de l'apartheid, les fermiers blancs détiennent encore la grande majorité des terres cultivables.

    Pourtant, dès son arrivée au pouvoir, l’ANC, le parti de Nelson Mandela, avait fixé comme priorité de rebattre les cartes. D’en finir avec les ségrégations raciales qui avaient dépossédé tout au long des années de l’apartheid les populations noires de leurs terres pour les cantonner dans des parcelles minuscules et sans valeurs. De vastes programmes ont été lancés par le nouveau régime démocratique afin de restituer les terres aux populations spoliées et en distribuer d’autres : c’est l’échec de ces programmes qui est acté finalement aujourd’hui.

    Qu’est-ce qui n’a pas marché ?

    Les données varient, mais on estime que la population blanche, près de 8 % de la population sud-africaine, possède encore 73 % des terres agricoles. En 1994, l’Etat pensait régler le problème en instaurant un système de vente et d’achat de terres agricoles sur une base volontaire. Il s’est porté acquéreur de millions d’hectares pour les redistribuer aux populations noires, mais à peine un quart des demandes d’attribution de terres ont été satisfaites. Un petit nombre d’agriculteurs noirs a vu le jour, mais ils ont adopté le modèle d’agriculture préexistant, fondé par le système ségrégationniste. Avec très peu de redistribution des richesses, l’utilisation d’une main-d’œuvre peu chère. Très loin de la promesse faite aux populations noires de cultiver leur propre terre et d’en vivre.

    A noter qu’on ne parle pas que des terres cultivables, mais plus généralement de la terre, du foncier et qu’il y a tout un pan qui concerne la propriété de terrains habitables, notamment aux abords des villes, qui n’a été que partiellement réglé lui aussi. Les responsables politiques, notamment l’ancien président Kgalema Motlanthe ont pointé un manque de volonté politique qui n’a pas permis de mettre les moyens financiers, humains et techniques pour réellement accompagner ce mouvement.

    La volonté politique existe t-elle ?

    En voulant modifier la constitution sud-africaine et permettre les expropriations de terre sans compensation, le gouvernement et l’ANC semblent aller plus loin que jamais. D’ailleurs, très vite, le spectre du cas zimbabwéen a resurgi dans les débats pour évoquer le désastre économique qui est né au pays de Robert Mugabe précisément de la vague d’expulsion des fermiers blancs au début des années 2000. Spectre agité surtout par les groupes de défense de la minorité afrikaaners.

    Mais rien de tout cela en Afrique du Sud où ni la structure de l’économie ni la démographie ne sont les mêmes. Les Sud-Africains vivent majoritairement en ville. Pour le moment, les autorités se sont engagées à cibler les terres vacantes ou non valorisées pour ne pas léser l’économie. Alors que le pays a récemment frôlé le gouffre économique et politique, avec les scandales entourant l’ancien président Jacob Zuma, il est devenu intenable de maintenir plus longtemps le statu quo sur cette question foncière.

    On est encore à la phase des débats sur ce que pourrait être cette réforme de la Constitution. Il y a une volonté manifeste d’associer tout le monde aux discussions, on l’a vu avec dans les provinces des débats parfois tendus entre fermiers blancs et paysans noirs. Du coup, l’intervention de Donald Trump laissant entendre qu’un massacre de fermiers blancs se préparait a été très mal reçue, comme une tentative de sabotage en fait de ce dialogue.

    Un dialogue qui inspire le voisin namibien

    La Namibie qui a aussi subi l’apartheid en même temps que l’Afrique du Sud va inaugurer une conférence nationale sur la terre du 1er au 5 octobre. Là-bas, la même approche a été choisie après l’indépendance et le même constat d’échec a été fait aussi. Ce qui est envisagé, c’est une redistribution volontaire des terres et l’expropriation avec compensation par le gouvernement. Avec les mêmes enjeux de justice sociale et de pacifier les rapports entre les blancs et les noirs.


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