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    Ousmane Tanor Dieng: au Sénégal, le parti socialiste «ne peut plus gagner seul»

    Ousmane Tanor Dieng, secrétaire général du parti socialiste soutient le président sortant Macky Sall à la présidentielle. Wikimedia

    Au Sénégal, à six mois de la présidentielle, Ousmane Tanor Dieng, le secrétaire général du parti socialiste, soutient le président sortant Macky Sall. Pas question de défaire la coalition Benno Bokk Yakaar, victorieuse de la dernière élection. Celui qui est devenu le président du Haut Conseil des collectivités territoriales en 2016 s'est détaché de ces camarades encombrants, comme Khalifa Sall, exclu du Parti socialiste en décembre dernier. Ousmane Tanor Dieng livre ses positions sur les sujets politiques brûlants du moment.

    RFI : Pour la première fois de l’histoire politique sénégalaise, le Parti socialiste (PS) n’aura pas de candidat à l’élection présidentielle. Vous avez décidé de soutenir le président sortant Macky Sall. Vous pariez même sur une réélection dès le premier tour avec 60% des voix. Pourquoi un tel choix ?

    Ousmane Tanor Dieng : Mais parce que la situation que nous vivons est une situation inédite, c’est la première fois que le Parti socialiste est en coalition. Personne ne comprendrait qu’après avoir justement travaillé ensemble, dans le gouvernement, à l’Assemblée nationale, au Conseil économique et social et au Conseil [des collectivités territoriales] que je préside, qu’on puisse, à la veille d’une élection, quitter la coalition et nous en aller en disant que parce que le Parti à 70 ans, il faut qu’il présente coûte que coûte un candidat. Nous avons mis le pays, le Sénégal, avant nos personnes et le Parti socialiste.

    N'est-ce pas une alliance contre-nature entre Macky Sall, le libéral, et vous, Ousmane Tanor Dieng, socialiste depuis 30 ans ?

    Non ce n’est pas une alliance contre-nature. Par contre, c’est une alliance innovante. Nous avons voulu et je pense que, en ce moment, nous montrons la voie pour dépasser les partis. De ce point de vue, on verra que le Parti socialiste a, quelque part, anticipé.

    Insinuez-vous qu’aujourd’hui, pour gagner une élection au Sénégal, il faut absolument faire partie d’une coalition ? Un parti seul n’a plus de chance de l’emporter ?

    C’est ma conviction. On a ici vite compris qu’on ne peut plus gagner seul une élection, et même si on gagnait, on gouvernerait difficilement, parce qu’il faut une large base pour pouvoir gagner, une large base pour pouvoir construire le pays.

    Khalifa Sall, le maire de Dakar, emprisonné, a été exclu du Parti socialiste en décembre dernier. Etes-vous indifférent aujourd’hui à sa déclaration de candidature à la présidentielle ?

    Non, on ne peut pas dire indifférent, mais je prends acte. Il a le droit de se présenter et il s’est présenté. Moi, je m’occupe de ma coalition, la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY), et du candidat que nous portons, Macky Sall.

    Vous avez déclaré récemment que vous ne seriez pas contre une grâce présidentielle pour Khalifa Sall quand la procédure judiciaire sera terminée. Est-ce une façon d’apporter votre soutien au maire de Dakar, vous qui avez été si silencieux depuis son arrestation il y a un an et demi ?

    Oui, c’est une manière, d’abord, de respecter la procédure judiciaire. J’attends qu’elle soit terminée. Une fois qu’elle est terminée, c’est le président de la République qui peut accorder la grâce. Khalifa Sall est quelqu’un avec lequel j’ai cheminé et nous avons toujours eu de bons rapports. Maintenant, si la procédure est terminée, qu’il puisse bénéficier d’une grâce. Non seulement je ne m’y oppose pas mais cela me fera plaisir.

    Le dernier rapport d’Amesty international a épinglé la justice sénégalaise parlant de « procès inéquitable » pour Khalifa Sall mais aussi pour Karim Wade. Quel regard portez-vous sur ces accusations ?

    Je m’inscris en faux contre ces accusations, parce que caricaturer le Sénégal comme ça, comme une dictature, je crois que ce n’est pas sérieux, et Macky Sall comme un dictateur, ce n’est pas sérieux. Maintenant, qu’il y ait des dysfonctionnements, des manquements dans le fonctionnement de la démocratie, ça je ne peux pas le contester mais les démocraties par définition sont imparfaites. On les améliore au fur et à mesure.

    A six mois de la présidentielle, l’opposition est très agressive envers le pouvoir. Elle l’accuse d’avoir confisqué le fichier électoral. Se dirige-t-on vers des moments difficiles pour la démocratie sénégalaise ?

    Je crois que c’est la preuve que la démocratie sénégalaise est vivante. Mais ce que je voudrais, c’est que l’on sorte du domaine plutôt personnel, des attaques personnelles, contre le président, contre la coalition, et que l’on se retrouve sur le plan des idées. Les périodes qui précèdent les échéances électorales, notamment l’élection présidentielle, sont des périodes assez animées, assez vivantes sur le plan politique, mais nous tenons tous à notre pays qui, quoi qu’on dise, est exemplaire en Afrique comme démocratie.

    Les règles de la présidentielle ont changé. Après une réforme constitutionnelle, pour être candidat, il faut être parrainé par au moins 53 000 citoyens. L’opposition y voit une tentative pour écarter les adversaires du régime. Pour vous, quels sont les avantages d’une telle mesure ?

    Cette mesure crédibilise l’élection présidentielle, crédibilise les candidatures. D’ailleurs, ce qui est en train de se passer prouve à suffisance qu’il fallait faire quelque chose. Parce que pour les candidats, on me dit qu’il y en a 87 et 15 qui sont en attente, on se retrouvera autour de 100 candidats. Imaginez qu’il n’y ait pas de parrainage, on se retrouverait peut-être, avec nos partis politiques, autour de 200 ou 300 et ce n’est pas sérieux.


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