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    A la Une: les défis d'IBK

    Le président malien Ibrahim Boubacar Keïta. Michele CATTANI / AFP

    Ibrahim Boubacar Keïta, réélu à la tête du Mali pour un second mandat avec 67,16% des suffrages exprimés, a prêté serment, hier, devant les magistrats de la Cour suprême. Le chef de l’État a renouvelé son appel à l’union autour du Mali.

    La presse malienne est plutôt partagée…

    Le quotidien l’Essor estime qu’IBK est « fin prêt pour le job » et pointe la priorité absolue du chef de l’Etat : à savoir la paix. « L’investiture du président intervient quelques jours à peine, note le journal, après la publication du rapport des Nations unies pointant de graves entraves à l’application des mesures convenues dans le cadre de la mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation. En pointant du doigt au passage des acteurs qui ne sont pas des moindres, ce rapport révèle ce qui, incontestablement, constitue un tournant dans le processus. C’est aussi, pour le président, un rappel de l’urgence à conjuguer toutes les énergies pour la mise en œuvre de l’Accord. Mais ce défi-là, le président IBK ne l’a jamais perdu de vue, lui dont un des principaux slogans de campagne a été l’appel à consolider la paix. »

    Pour Tjikan, autre quotidien malien, « l’euphorie de la réélection ne doit pas cacher les réalités du terrain. Car même s’il y a eu des progrès durant le quinquennat écoulé, les défis à relever sont encore énormes sur divers plans. Au premier rang: le parachèvement de l’accord pour la paix et la lutte contre le terrorisme. »

    Fracture

    Pour sa part, Le Républicain déplore la fracture qui s’est opérée à l’issue de la présidentielle entre pouvoir sortant et opposition. L’opposition qui, faut-il le rappeler, conteste la réélection d’IBK : « En ce 4 septembre, date d’investiture du Président de la République, la ville de Bamako devait arborer une allure de fête, mais hélas !, déplore Le Républicain. C’est tout le contraire qu’on a observé, cette élection ayant davantage divisé les Maliens : ceux qui crient à la fraude électorale et au bourrage d’urnes par le pouvoir, d’une part, et ceux qui soutiennent la réélection du Président IBK d’autre part. »

    Et Le Républicain d’en appeler à « une gestion inclusive, participative et concertée du pouvoir à travers un partage raisonné des responsabilités. »

    Un scrutin bancal ?

    Dans la presse de la sous-région, on s’interroge et s’inquiète…

    « IBK: gare au syndrome du «mandat pourri »!, s’exclame ainsi le site d’information burkinabé Wakat Séra. « Que réserve l’avenir au Mali embarqué dans une contestation post-électorale inédite […] ? Et si Soumaïla Cissé avait raison ? La question pourrait bien paraître provocatrice, mais prend toute sa pertinence lorsque l’on recense tous ces incidents, notamment l’assassinat d’un président de bureau de vote et l’attaque d’autres bureaux, avec destruction de matériels électoraux, qui ont émaillé le scrutin, mais que les fameux observateurs n’ont pas "jugés de nature à remettre en cause l’élection". C’était prévisible, soupire encore Wakat Séra, car la machine électorale et les institutions de décision, dans la plupart des pays africains, sont à la solde du pouvoir en place. »

    IBK « est passé malgré un bilan peu flatteur, pointe pour sa part L’Observateur Paalga : la restauration de l’autorité de l’Etat, la solution au problème sécuritaire, la lutte contre la pauvreté et la corruption, en un mot le projet de société qu’il avait jadis promis à ses compatriotes n’a pas tenu la promesse des fleurs. Pourra-t-il relever ces défis, grands comme le Mali, au cours de son ultime mandat ? Rien n’est moins sûr. »

    Ces « acteurs qui tuent en douceur leur pays… »

    Enfin dans une tribune publiée par Le Monde Afrique, l’analyste Gilles Yabi ne se montre guère optimiste quant à la situation sécuritaire au Mali… « La réalité au Mali, comme dans toutes les crises africaines des deux dernières décennies, écrit-il, est qu’on se nourrit de l’illusion qu’on peut rétablir la sécurité dans des zones dévastées par la violence en cooptant systématiquement, au sein des processus de paix, les principaux orchestrateurs des conflits. […] Depuis que les seuls vrais méchants déclarés et poursuivis par la "communauté internationale" ne sont que les "terroristes djihadistes", les acteurs qui tuent en douceur leur pays et l’avenir des jeunes, par une immense variété de trafics criminels, sont plutôt tranquilles. »

    Et Gilles Yabi de s’interroger : « a-t-on réellement pensé à une stratégie qui viserait à affaiblir subtilement mais efficacement les acteurs de l’économie de guerre plutôt que de les inviter à profiter simultanément du banquet de la paix et de ses généreux programmes ? »

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