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    Présidentielle en RDC: Félix Kabange Numbi (ministre) répond à Jean-Pierre Bemba

    Félix Kabange Numbi, ministre de l'Aménagement du territoire et porte-parole par interim du gouvernement congolais (RDC). flickr.com

    Le gouvernement de la RDC répond à Jean-Pierre Bemba. Au lendemain de l'invalidation de sa candidature à la présidentielle par la Cour constitutionnelle, l'ex-chef de guerre a accusé sur RFI le gouvernement congolais de vouloir imposer « un Etat de non droit en RDC » et d'avoir inféodé à sa solde les institutions du pays. Accusations rejetées en bloc par Félix Kabange Numbi, ministre de l'Aménagement du Territoire et porte-parole par intérim du gouvernement congolais. Pour lui, il faut aller de l'avant.

    RFI : L’opposition congolaise et en particulier le MLC accusent la Commission électorale et la Cour constitutionnelle d’être inféodées aux ordres du pouvoir. Quelle est votre réaction ?

    Félix Kabange Numbi : La Commission électorale est indépendante, la Cour constitutionnelle, c’est la plus haute institution judiciaire. Donc, il n’y a aucune inféodation du pouvoir sur les institutions indépendantes ou sur la justice.

    Le MLC estime, par exemple, que la Céni n’avait pas qualification pour interpréter une décision de justice de la CPI et que la Cour constitutionnelle a dévoyé ces décisions.

    Je n’ai pas à commenter une décision de la Cour parce que la Haute Cour a dit le droit. Le gouvernement prend acte des décisions de la Cour et ces décisions sont exécutoires immédiatement, les arrêts sont obligatoires et s’imposent.

    Mais, tout de même. Moïse Katumbi, Jean-Pierre Bemba, Adolphe Muzito hors course pour cette élection. A vos yeux est-ce que ce n’est pas un coup dur pour l’inclusivité et donc la crédibilité du scrutin ?

    Je pense qu’il faut qu’on fasse la part des choses entre d’une part l’inclusivité et le respect de la Constitution et des lois de la République. J’ai l’impression que lorsque les décisions d’une certaine juridiction, les décisions de la Céni, sont en faveur d’une personne, à ce moment-là nous sommes dans un Etat de droit. Lorsque ce n’est pas en faveur de quelqu’un, nous sommes dans un Etat de non-droit. Je donne un exemple. Lorsque Jean-Pierre Bemba foule des pieds au niveau de l’aéroport de Ndjili tout le monde parle parce que Moïse Katumbi n’a pas pu arriver. A ce moment-là, on a dit que c’est le gouvernement qui est en train de favoriser Jean-Pierre Bemba de pouvoir rentrer au pays et de déposer sa candidature parce que Jean-Pierre Bemba est le candidat du pouvoir. C’est ce qui a été dit. Et quand Jean-Pierre Bemba est invalidé, le pouvoir a inféodé les institutions. Je ne pense pas qu’il y a un coup dur. Le président de la République a donné un exemple en respectant la Constitution. Je pense qu’il est demandé à tous les acteurs politiques de faire de même. Nous ne sommes pas une République bananière où pour raison d’inclusivité, justement, que les personnes qui ne remplissent pas les conditions d’éligibilité soient tout simplement validées parce qu’il faut être inclusif. Et j’aimerais aussi rappeler qu’il y a aussi une vie en dehors de la présidence. Ce n’est pas seulement qu’il faut obligatoirement, impérativement être candidat à l’élection présidentielle. Si ce n’est pas possible pour raison de droit, je pense qu’il faut être sportif et qu’il faut accepter.

    Mais que va-t-il se passer alors si l’opposition boycotte le scrutin ? Est-ce qu’il pourra se tenir ? Est-ce qu’il faut envisager un nouveau dialogue ?

    Il est important que l’opposition puisse continuer dans le processus. Mais s’il y a quelqu’un qui volontairement refuse, le pays ne va pas s’arrêter parce qu’il y a une personne qui refuse de participer au processus. En 2006, l’UDPS n’a pas participé au processus, mais cela n’a pas empêché les élections d’avoir lieu. Nous ne pouvons pas encore aller vers un autre dialogue et attendre encore des années.

    Le problème c’est qu’ils estiment là que les conditions ne sont pas réunies.

    Quelles sont les conditions qui ne sont pas réunies ?

    Le fichier électoral, la machine à voter qui n’inspire pas confiance, la non-inclusivité des candidats.

    Ce sont des problèmes qui sont pour la plupart derrière nous. Le fichier a été audité par l’OIF. Au moment où nous parlons, nous sommes à l’affichage des listes. Nous devons sensibiliser nos électeurs à aller voir si leurs noms se trouvent sur les listes qui sont affichées devant les bureaux de vote.

    Six millions d’électeurs sans empreinte : l’affichage des listes ne va pas résoudre ce problème.

    Il n’y a pas de fichier électoral parfait à travers le monde. Si on décide aujourd’hui d’enlever les six millions d’électeurs, cela veut dire justement que l’on aura six millions de cas de recours devant les cours et tribunaux. Nous devons nous décider à ce moment-là qu’il n’y aura pas élection. Il y aura élection en 2023 ou en 2022. La machine à voter, la décision sera prise au niveau de la Céni. Mais pour le gouvernement, pour nous en tant que FCC, avec ou sans machine à voter, nous sommes préparés pour les élections au 23 décembre. Je suis en train de faire une rétrospective. Il y a une vingtaine ou une trentaine d’années – quand nous étions à la Conférence nationale souveraine – on a fait un débat de trois-quatre heures sur le bic, le stylo, qu’on devait utiliser pour voter. Et aujourd’hui, il y a quelques mois seulement, un de nos pays limitrophes venait d’organiser des élections municipales et locales sans bulletin de vote parce qu’en fait il y avait des problèmes financiers, on n’en a pas fait un problème. Ce qui est important, c’est que jusqu’à présent nous n’avons vu personne démontrer que cette machine est réellement une machine qui peut truquer les élections.

    Mais cette méfiance est là. Est-ce que, aller aux élections dans ces conditions ce n’est pas risquer une contestation certaine, le chaos, comme le dit Jean-Pierre Bemba ?

    Non, je ne pense pas qu’on peut aller vers le chaos. A moins que ceux qui ne veulent pas des élections, justement, se mettent dans ce processus du chaos. Parce que la population veut les élections. Et nous, nous voulons aller aux élections. Regardez ce qui se passe dans la plupart des pays africains. Vous ne pouvez pas empêcher quelqu’un de contester. Donc, nous pensons pour notre part qu’il est important que nous allions de l’avant. Ça, c’est très important. Nous devons aller de l’avant et les uns et les autres, mettre un peu d’eau dans le vin dans le respect des textes et des lois règlementaires. Je pense que nous sommes dans un Etat de droit et ceux qui sont appelés à diriger ce pays doivent y aller par des voies légales. Je pense que nous avons des institutions que nous devons tous respecter et j’invite justement les acteurs politiques à pouvoir respecter les textes de loi en vigueur.


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