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    Ces chers disparus que pleure l'Afrique

    Jean-Baptiste Placca RFI

    Ces personnalités étaient porteuses de valeurs qui comptent, et devraient compter pour le continent. Il n'est donc trop tard pour leur rendre hommage…

    Magali Lagrange : Quelques célébrités ont disparu, ces deux derniers mois, et pour ne pas avoir à les évoquer toutes, vous dites en avoir sélectionné une en économie et dans le monde des affaires, une dans la sphère intellectuelle et universitaire, une pour l’univers culturel et artistique, et une pour le monde politique. On commence, donc, par la figure retenue pour le monde de l’économie et des affaires. Expliquez-nous pourquoi l'on devrait tout particulièrement saluer sa mémoire...

    Il s’appelait Joseph Kadji Defosso. « Le Vieux Kadji », comme l'appelaient respectueusement ses compatriotes camerounais, avait 95 ans. C’était un patron exigeant, au raffinement subtil et d’une grande humilité, un véritable capitaine d’industrie, qui s’est construit tout seul, et dont les réalisations, grandes et palpables, sont présentes dans le quotidien de millions de Camerounais. Dans une Afrique où la vénération de l’argent facile l’emporte parfois sur tout, la fortune du milliardaire Joseph Kadji Defosso était d'une traçabilité rassurante. Nombre de jeunes gens nourrissant des ambitions saines le vénéraient, au point de s’inspirer de son exemple, plutôt que de ceux de tant d’autres richesses tapageuses qui peuplent le paysage…

    L’intellectuel, que l’Afrique pleure ou devrait pleurer...

    Il s’agit de Samir Amin, économiste franco-égyptien, très grand économiste africain. Les dépêches ont tôt fait de le présenter comme « l’altermondialiste ». Il l’était, sans aucun doute. Mais le définir ainsi est insuffisant, parce que bien avant l’avènement du mouvement altermondialiste, il était déjà un éminent économiste. Son père, égyptien, et sa mère, française, étaient tous deux médecins, au Caire, où est né le jeune Samir. Il arrive en France, le bac en poche. Mais, au lycée Henri IV, à Paris, il s’autorise un second baccalauréat, option : mathématiques élémentaires. Il décroche le diplôme de l’Institut d’études politiques (Sciences Po Paris), puis se spécialise dans les statistiques à l’INSEE, avant de passer l’agrégation en Sciences économiques. Il flirte, un temps, avec le parti communiste français, avant de s’en éloigner, un peu comme nombre d'Africains de sa génération...

    L’Afrique officielle ne lui a pas vraiment rendu hommage…

    Le président Macky Sall l’a fait, mais c’est toute l’Afrique qui aurait dû lui rendre hommage, parce qu’il a passé sa vie à penser le développement le plus sain possible pour le continent. Samir Amin faisait, hélas !, partie de ces brillants intellectuels africains qui, pour s’être opposés, très tôt, aux choix que faisaient d’autres pour le continent, seront marginalisés toute leur vie.

    Et l’artiste...

    Un pianiste de jazz, une légende, un pur génie ! Randolph Edward Weston. Monsieur « Randy Weston » est décédé le 1er septembre à Brooklyn, où il né, il y a 92 ans. Nous l’aimions beaucoup. Nous l’aimions tant ! Il était Américain. Mais tellement africain ! Ses compositions ont exploré, avec bonheur, les plus pures sonorités d’Afrique de l’Est de l'Ouest. Du haut de ses 2 mètres, il faisait penser à un de ces géants yorubas, à l’ombre desquels vous avez le sentiment que rien ne peut vous arriver de mal. Et quelle dextérité, lorsque ses immenses doigts se baladaient avec agilité sur les claviers du piano ! Seul ou accompagné par son groupe ou par ses amis musiciens gnawas, il était convaincant, et l’on était subjugué. Il ne s’en vantait pas, mais serait pour beaucoup dans la popularité de la musique Gnawa, dont il s’est, d’ailleurs, aussi inspiré dans certaines de ses compositions.

    On signale, d'ailleurs, que Joe Farmer consacre, ce samedi, son émission, L’Epopée des Musiques noires, à Randy Weston.

    Vous savez quoi ? Joe Farmer est un grand monsieur, voilà tout !

    Enfin, le monde politique, et vous avez choisi le sénateur républicain John McCain des Etats-Unis. Pourquoi lui ?

    L’Afrique a découvert John McCain dans le rôle peu avantageux d’adversaire de Barack Obama, en 2008. La campagne fut rude, et parfois violente. Mais jamais il ne s’est associé à la campagne qui déniait à Obama le droit d’être tout simplement Américain. Et, au soir de l’élection, le 4 novembre 2008, John McCain, dans la défaite, s’est montré d’une classe mémorable. « J’invite, avait-il dit, mes supporters, tous ceux qui ont voté pour moi, à se joindre à moi pour apporter notre soutien, mieux, pour nous mettre au service de celui qui était mon adversaire, et qui est à présent mon président ».

    C'est cela qui devrait intéresser les Africains dans la vie du sénateur John McCain qui, sentant venir la fin, avait tout spécialement choisi Barack Obama, pour son éloge funèbre.

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