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    Etrange pollution en Crimée

    Le président ukrainien Petro Porochenko a proposé son aide aux populations de Crimée concernées par ce problème de pollution mais refuse de rouvrir le robinet. AFP/Tatyana Zenkovich

    Depuis fin août, la Crimée souffre d’un désastre environnemental potentiellement dangereux pour les populations locales. On se rappelle que la péninsule a été annexée par la Russie en 2014, et détachée de l’Ukraine. Aujourd’hui, les autorités russes minimisent le problème, mais les experts et militants écologiques tirent la sonnette d'alarme.

    Côté russe, à Armiansk, juste au sud de la ligne de démarcation avec l’Ukraine, on trouve une des plus grandes usines chimiques de l’est de l’Europe, le « Titan de Crimée ». Elle produit du dioxyde de titane, utilisé dans la peinture industrielle. C’est une activité qui demande beaucoup d’eau, notamment pour le refroidissement des fours. Mais aux alentours 24 août, le bassin d’eau de l’usine s’est asséché et quelque chose s’est passé, sans que l’on sache quoi précisément.

    Ce qui est sûr, c’est que les habitants des environs ont commencé à voir du brouillard de couleur, un dépôt huileux sur les rues, les feuilles des arbres sont tombées et les plantations dans les champs ont été perdues. Un confrère, présent sur place il y a dix jours, a raconté que toutes les dindes de la ferme où il était hébergé sont mortes en une nuit. Et ce qui rajoute à la confusion depuis le 24 août, c’est qu’il est impossible d’obtenir des réponses claires.

    Les autorités réagissent à rebours

    Les autorités n’ont réagi que trois jours après les premiers signes de pollution, le 27 août. D’abord pour admettre le problème, tout en le minimisant. Les célébrations du 1er septembre, jour de la rentrée des classes, ont été maintenues, même si raccourcies. Et ce n’est que le 4 septembre qu’environ 4000 personnes vivant aux alentours de l’usine, des enfants principalement, ont été évacuées. Les gardes-frontières russes ont aussi fermé deux postes afin de préserver la santé de leur personnel. Une réaction aussi hésitante inquiète dans une région où les autorités ont pour coutume de dissimuler les catastrophes. On se rappelle du mensonge qui a entouré l’explosion de Tchernobyl en 1986.

    Du côté de l’usine, pas plus de réponses. Il faut dire qu’elle est possédée par le sulfureux oligarque ukrainien Dmytro Firtash, qui est connu et pour ses liens avec Moscou, et pour son opacité. Donc il est impossible à l’heure actuelle d’estimer les retombées de la pollution sur la santé humaine.

    Les Ukrainiens ont leur de responsabilité

    Les Ukrainiens détiennent une des clés du problème, car ils contrôlent l’alimentation en eau de l’usine et de la péninsule en général, par l’intermédiaire d’un grand canal d’approvisionnement. Après l’annexion en 2014, les Ukrainiens ont fermé les robinets. D’une part parce que les Russes ne voulaient plus payer leurs factures d’eau et aussi pour faire pression sur la Crimée. Depuis, la péninsule se dessèche, l’agriculture est mal en point, et l’usine Titan reçoit presque 30 fois moins d’eau qu’avant. Et cela ne va pas changer de si tôt. A Kiev, le président Petro Porochenko déplore un désastre environnemental dans la Crimée occupée, et offre de prendre en charge les Criméens affectés par la pollution. Mais il ne parle pas de rouvrir le robinet d’eau. Encore une preuve que l’annexion de la Crimée en 2014 a des conséquences très concrètes, et potentiellement dramatiques.


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