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    Répandre le bon usage démocratique

    Jean-Baptiste Placca. RFI

    Pour en finir avec les crises post-électorales à répétition sur le continent, pourquoi pas un vade-mecun, dans lequel seraient rassemblées toutes les pratiques qui concourent à la transparence électorale dans les États africains ?

    Passation de pouvoirs, ce mercredi 12 septembre, au Palais d’État d’Iavoloha, à Antananarivo. Pour jouir du droit de se présenter à sa propre succession, Hery Rajaonarimampianina a dû démissionner, comme le veut la Constitution, et cela suscite beaucoup d’admiration, d’un bout à l’autre du continent. Les Malgaches auraient-ils trouvé la parade constitutionnelle pour garantir une élection juste et équitable ?

    Cette disposition, plutôt radicale, paraît séduisante, à première vue, parce que l’on estime généralement que la présence d’un chef d’État sortant fausse nécessairement le jeu démocratique. Voilà sans doute pourquoi une partie de l’opinion pense que cette démission pourrait générer une dose de confiance dans le processus électoral, pour une présidentielle. L’on peut aisément deviner les préoccupations qui étaient celles des constitutionnalistes malgaches, lorsqu’ils introduisaient cette disposition dans leur loi fondamentale : pour dissiper la suspicion, plus ou moins légitime, suivant les pays, qui entourent des élections organisées, de fait, par un des candidats.

    Mais, la confiance dans un processus électoral ne tient-elle pas davantage à l’intégrité des dirigeants politiques, à la probité et au courage des responsables en charge de l’organisation des élections, plutôt qu’aux dispositions constitutionnelles, avec lesquelles l’on peut tricher ?

    N'est-ce pas aussi ce problème qu'avait voulu résoudre l'actuel chef de l'État béninois, Patrice Talon, en suggérant l'idée d'un mandat unique ?

    Tout à fait. Mais il semble avoir manqué de pédagogie. Surtout que, dans un premier temps, l’on avait cru comprendre qu’il se proposait de s’appliquer ce mandat unique, librement, sans que cela devienne la règle pour tous. Et lorsqu’il s’est agi d’en faire une règle générale, il n’a pas eu la patience nécessaire pour convaincre son peuple.

    Sans compter que, dans ce pays, aucun chef d’État ne semblait jusque-là avoir franchement abusé les Béninois, pour se faire réélire. Au contraire, le premier à expérimenter cette Constitution – le président Nicéphore Soglo – a même été battu, en tentant de se faire réélire. Il a accepté sa défaite et n’a fait qu’un mandat. Le président Talon estime que celui qui entend briguer un second mandat ne fait qu’y penser, une fois élu. Mais, même dans ce registre, le Bénin ne semble pas avoir été, jusqu’à présent, le pire exemple en Afrique.

    La seule démission du chef de l’État suffit-elle pour garantir l’équité d’un scrutin auquel il participerait ?

    Cela suffit d’autant moins que l’intérimaire, comme vous avez entendu les opposants malgaches le relever, demeure un homme choisi par le président démissionnaire. Il lui serait, de fait, redevable. Fort heureusement, même redevable, un digne et honnête serviteur de la nation peut préférer faire passer l’intérêt général avant les privilèges de clans. Le reste est une affaire d’hommes ( et de femmes ). De la qualité des femmes et des hommes à qui il revient d’appliquer les textes.

    La preuve, Goodluck Jonathan, au Nigeria, était un président sortant bien installé dans son palais, à Aso Rock Presidential Villa, à Abuja, lorsqu’il a été battu par Muhammadu Buhari, en mars 2015. Exactement comme John Dramani Mahama, qui résidait au Flag House, à Accra, au Ghana, lorsqu’il a perdu la présidentielle, face à Nana Akufo-Addo, en décembre 2016. C’est dire qu’au-delà des textes et autres dispositions constitutionnelles, le bon usage démocratique repose essentiellement sur les hommes, sur l’intégrité, le courage et la probité des candidats et des personnes en charge de l'organisation des scrutins.

    Seuls le déficit d’intégrité des dirigeants en place et le manque de courage des présidents de commissions électorales peut rendre nécessaire la démission d’un président candidat, et encore !

    Faut-il donc comprendre que cette démission ne sert à rien ?

    Si l’intérimaire a le sens de l’Histoire et fait preuve de courage, cette originalité malgache peut avoir du sens. Mais, aujourd’hui, elle serait franchement sans objet, dans des pays comme le Botswana, le Cap-Vert, le Ghana, le Nigeria, et une bonne quinzaine d’autres États, sur le continent.

    Par contre, il existe, dans les pays réellement démocratiques du continent, un certain nombre de bonnes pratiques. Et si les États africains recensaient ces bonnes pratiques pour en faire une sorte de vade-mecum démocratique continental ( ou sous-régional ), les crises postélectorales cesseraient de facto.

    Un exemple ?

    Au Sénégal, les radios, télévisions, journaux et sites internet relaient, en temps réel, les résultats, au fur et à mesure du dépouillement dans les bureaux de vote. Il peut y avoir ensuite des corrections, suite aux réclamations, mais, deux heures après la fermeture des bureaux de vote, les Sénégalais ont une tendance assez fiable de ce qu’a donné leur vote.


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