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    «La Maison Golden» de Salman Rushdie: «le livre avait raison»

    Salman Rushdie, le 30 juin 2008. (Photo : AFP)

    Treizième roman de Salman Rushdie, « La Maison Golden » qui paraît ces jours-ci en traduction française, se déroule essentiellement à New York, de l’investiture de Barack Obama en 2009 à l’élection de Donald Trump. Ce roman qui se veut une chronique sociale de l’Amérique des vingt dernières années était quasiment terminé le 8 novembre 2016 quand la nouvelle de la victoire inattendue de Trump est tombée. L’auteur croyait jusqu’à la dernière minute que la candidate démocrate allait l’emporter. Entretien avec Tirthankar Chanda.

    Il semblerait que vous aviez quasiment fini d’écrire ce nouveau livre avant l’élection de 2016. Est-ce que la victoire de Trump vous a obligé à réécrire certains passages du roman ?

    Cela peut vous paraître étrange, mais parfois l’œuvre d’art peut se révéler plus perspicace que son auteur lui-même. Il est vrai que jusqu’au jour de l’élection, au moment où j’ai glissé mon vote dans l’urne, je croyais sincèrement que nous aurions une présidente à la Maison Blanche, alors que la dynamique à l’œuvre dans mon livre pointait vers une direction complètement différente. C’est le livre qui avait raison, et moi j’étais dans l’erreur.

    Dans votre livre, Trump est surnommé « le Joker », un super-méchant dont vous vous moquez, comme vous l’aviez fait d’ailleurs antérieurement avec Indira Gandhi dans Les Enfants de minuit ou avec Mme Thatcher dans Les Versets sataniques. Trump, Thatcher, Indira Gandhi, qu’est-ce qu’ils ont en commun ?

    J’ai toujours pensé qu’avec la classe politique, on est de plain-pied dans le royaume de l’absurde et du ridicule. Ceux qui nous gouvernent ont quelque chose de grotesque. C’est dans mon roman La Honte, que je suis allé le plus loin dans l’exploration de cet aspect du pouvoir. Les personnages de ce roman étaient inspirés des hommes et femmes de la vie politique pakistanaise de l’époque, notamment le chef militaire le général Zia ul Haq et son mentor, le politicien civil Zulfikar Ali Bhutto. Quand ce dernier a été pendu sur l’ordre de son ancien protégé, je me souviens de m’être fait la remarque qu’il y avait quelque chose de shakespearien dans cette situation, sauf qu’on n’était pas dans la tragédie mais chez les clowns. D’où est née cette idée d’écrire une tragédie entièrement interprétée par des clowns. Le personnage du « Joker » dans mon nouveau roman s’inscrit dans le prolongement de cette réflexion.

    Vous êtes installé aux Etats-Unis depuis 1999. Avez-vous pensé à quitter le pays lorsque Donald Trump a été élu président ?

    Non, non, non… L’Amérique ne se réduit pas à Trump. Et j’adore ma vie à New York. Qui plus est, New York n’est pas exactement représentatif des Etats-Unis. Certes, il est très douloureux de vivre au jour le jour en ce moment car nous avons l’impression d’être tombés dans un gouffre sans fond. Chaque fois vous vous dites qu’il n’est pas possible de tomber plus bas, on descend encore d’un cran. Chaque fois vous vous dites que les choses ne peuvent pas être plus bizarres, il se passe des choses encore plus extravagantes. Il ne semble pas y avoir de limites aux pitreries de ce pouvoir. Mais vous ne quittez pas un pays parce que son président ne vous plaît pas. J’ai souvent vécu dans des pays avec des gouvernements dont je désapprouvais les décisions, mais on n’abandonne pas le terrain pour autant.

    La Maison Golden n’est pas un livre politique, mais une saga familiale autour du déclin et la chute de la famille éponyme venue de l’Inde. Il s’agit d’un clan de milliardaires dont les membres portent des noms extravagants. Comment est né ce livre ?

    Le personnage de Nero Golden m’habitait depuis longtemps, avant même que je ne commence à écrire ce livre. Je l’imaginais immensément riche et puissant. Il serait lié à la pègre locale et associé directement ou indirectement aux crimes que s’apprête à perpétrer la mafia. Mais pris de panique à la dernière minute, l’homme veut se retirer de cette association criminelle. Or, nous le savons, il est plus difficile de quitter la mafia que d’y entrer. Cet homme à la silhouette anonyme m’a longtemps accompagné, sans que je sache alors qu’il irait à New York ou qu’il aurait des enfants. Je m’interrogeais sur l’utilisation littéraire que je pouvais faire de ce personnage. Il se trouve qu’en même temps, je nourrissais le désir d’écrire un roman sur l’Amérique contemporaine. J’ai alors imaginé cet homme débarquant en Amérique où il pourrait se réinventer. Chemin faisant, les deux idées se sont interpénétrées.

    Votre personnage va en effet se réinventer, notamment en changeant de nom. L’identité semble être une question centrale dans votre roman. Pourquoi ?

    Parce que tout le monde est obsédé par l’identité. Bien que ce mot soit le même partout, il ne recouvre pas la même réalité. Par exemple, en Inde et dans la partie indienne du livre où j’ai retracé les origines de la famille Golden, l’identité est une question religieuse. L’identité hindoue est en guerre en Inde contre l’identité musulmane, alors qu’aux Etats-Unis, quand on évoque le sujet, il s’agit de l’identité nationale avant tout. Dans ce pays, les citoyens sont profondément divisés sur ce que cela veut dire d’être Américain. A cela s’ajoute, la question très controversée et néanmoins centrale de l’identité raciale. Enfin, il y a le problème de l’identité sexuelle, qui est devenu pour la jeunesse un sujet d’importance majeure.

    Vous parliez à l’instant de la question identitaire en Inde où les minorités sont très malmenées au nom de la religion majoritaire, depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement hindouiste. Etes-vous inquiet de l’avenir de la laïcité dans ce pays où vous avez vécu et qui demeure toujours une source d’inspiration importante pour vous ?

    Oui, je suis très inquiet car je crois que le gouvernement de New Delhi est en train de très consciemment défaire les fondements laïcs de l’Etat indien. Il veut remplacer la laïcité par la « hindutva » qui est une forme de nationalisme basé sur l’appartenance à la religion majoritaire hindoue. J’imagine que les hindouistes au pouvoir réécriront la Constitution dans ce sens dès qu’ils le pourront. Ils ont jeté le discrédit sur les principes laïcs de Nehru et de Gandhi, sur la base desquels l’Inde moderne s’est construite. Plus grave encore, aujourd’hui tous ceux ne sont pas d’accord avec le gouvernement, les intellectuels, les activistes, les artistes, les écrivains, les cinéastes, sont devenus les cibles d’attaques directes et brutales, pour ne pas utiliser un terme plus fort. Tout cela est extrêmement inquiétant.

    Dans ce que vous appelez dans votre roman ces « temps de lâchetés », ces « temps dégénérés », quel est le rôle de l’intellectuel public que vous êtes, dont la voix est écoutée à travers le monde ?

    Mon rôle est ce qu’il a toujours été, qui est d’essayer de dire la vérité chaque fois que le pouvoir tente de la brouiller pour parvenir à ses propres fins. Nous vivons une époque où l’idée même de la vérité, j’y crois très fortement, est attaquée de toutes parts, que ce soit aux Etats-Unis, en Angleterre ou en Inde, les trois pays où j’ai vécu et auxquels je suis attaché. Le pouvoir de l’intellectuel, pour autant qu’il a un pouvoir quelconque, est de dire « Le monde n’est pas comme vous le dites, il est plutôt cela ». L’intellectuel a le pouvoir de contester et plaider la cause de la vérité, avec l’espoir que sa plaidoirie finira par emporter la conviction. Rappelons-nous le vieil adage : « dire la vérité au pouvoir ». Cette obligation morale de l’artiste reste toujours valable, me semble-t-il, tout comme celle d’imaginer le monde d’une manière plus percutante. La mission de l’artiste ne peut être réduite à de simples querelles politiques. N’importe qui peut avoir des opinions politiques. L’écrivain, lui, a le devoir de repenser le monde et présenter à ses lecteurs ce monde réinventé sous une forme qui est susceptible de capter leur attention et de les faire réfléchir.


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