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    Tunisie: le ras-le-bol du racisme anti-Noir

    Vue de Tunis, Tunisie. C'est dans le quartier de Najmatar que des ressortissants ivoiriens ont été agressés. Wikipédia

    Des ressortissants ivoiriens ont été violemment agressés fin août à Tunis. « Trop, c’est trop ! », jugent des représentants d’associations qui attendent le vote d’une loi contre les discriminations raciales.

    Le cauchemar a duré plusieurs heures pour des membres de la communauté ivoirienne à Najmatar, quartier populaire en banlieue de Tunis, où cohabitent plusieurs communautés africaines. Passages à tabac, agressions, menaces. De retour sur les lieux, Herman Naounou, secrétaire général de l’association des Ivoiriens de Tunisie nous explique que ce jour-là, tout est parti de racisme ordinaire.

    « La chose a démarré avec une femme qui a été victime de pierres qu’on lui a lancées. Bon, ça c’est courant. Les jeunes gens ici, sans raison, sans motif valable, ils te voient passer, ils peuvent te lancer une pierre », déplore-t-il. « Et puis quand tu te retournes, ils se mettent à se moquer de toi, à rire. Ça, c’est courant, c’est régulier ici », souffle Herman Naounou.

    Les Ivoiriens, première communauté noire du pays

    Les blessés ont été soignés à l’hôpital et des agresseurs rapidement interpellés. Mais l’ambiance a changé dans ce quartier où vit Laurent, la trentaine. « Quand tu sors, tu ne te sens pas trop en sécurité. Tout au plus, 19h, 20h, tu ne te permets plus de sortir. Chacun reste chez soi. »

    → À écouter : Maha Abdelahmid sur RFI : « Le racisme contre les Noirs en Tunisie a toujours existé »

    Principale communauté noire du pays, les ressortissants ivoiriens seraient 4 000. Les difficultés à obtenir et renouveler la carte de séjour sont des freins aux poursuites, comme le rappelle Henri Michel Etienne, président de l’association des ivoiriens actifs de Tunisie : « La majorité n’a pas de papiers donc ils ont tous peur d’aller à la police, même quand ils sont violés, quand ils sont tabassés. »

    Déni de racisme

    De son arrivée en Tunisie, Boubakar Doba se souvient de Tunisiens évoquant leur rapport à l’Afrique. « Au départ, on est choqué, quand ils nous appellent les Africains déjà. Parce que pour eux, ils ne sont pas en Afrique », dit-il.

    Plus tard, le déni du racisme et l’absence de plaintes l’ont poussé à lancer un média numérique. « Il a fallu que nous, Subsahariens, nous ayons un média qui s’appelle la Radio Libre Francophone pour qu’on puisse dénoncer le racisme en Tunisie. Parce qu’on a recensé beaucoup de cas quand on a été filmé dans les hôpitaux, dans les résidences, de cas de bras cassés, de femmes enceintes violentées... », dénonce Boubakar Doba.

    Une loi « prioritaire »

    Le racisme n’est pas considéré comme un délit, car le projet de loi criminalisant les actes racistes tarde à recevoir l’aval des parlementaires. D’ailleurs Lamina Thabet, présidente de l’association tunisienne de soutien des minorités n’a qu’une seule demande : « Que cette loi soit enfin discutée au sein du Parlement et qu’elle soit votée. Ce projet de loi était venu après une agression sur l’avenue Bourguiba où le Premier ministre Youssef Chahed avait dit que c’était une urgence que d’avoir une loi contre le racisme. »

    « Maintenant ça fait plus d’un an que cette loi n’est toujours pas votée, ajoute-t-elle. Et je pense qu’aujourd’hui s’il y a une priorité à discuter au Parlement tunisien, c’est cette loi de lutte contre les discriminations, cette loi qui criminalise le racisme sous toutes ces formes. »

    Le projet de loi prévoit jusqu’à trois ans de prison et une amende équivalente à mille euros pour une personne coupable de discrimination raciale.

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