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    Racisme en Tunisie : «C’est important qu'il disparaisse du lexique et des actes»

    Messaoud Romdhani, président du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, FTDES (capture d'écran). FTDES/Youtube.com

    Pour la première fois de son histoire, la Tunisie s'est dotée, cette semaine, d'une loi qui criminalise les discriminations raciales. Elle a été adoptée par le parlement, avec 125 voix pour, une contre et 5 abstentions. La question du racisme en Tunisie a été mise en lumière par plusieurs épisodes de violences contre des Subsahariens, au cours des dernières années. En 2016, trois étudiants originaires de RDC avaient été attaqués au couteau à Tunis. Fin août, encore, des Ivoiriens ont été agressés dans la capitale. Les Subsahariens disent être régulièrement les cibles d'agressions physiques, notamment à coups de pierres. La loi était portée depuis deux ans par plusieurs associations, parmi lesquelles le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES). Son président, Messaoud Romdhani, répond aux questions de Magali Lagrange.

    RFI : Selon la nature des faits reprochés, les peines vont d’un mois à trois ans d’emprisonnement. Le texte prévoit aussi des amendes. Est-ce assez ?

    Messaoud Romdhani : Oui, absolument. Il prévoit exactement un mois et 1 000 dinars, ce qui est l’équivalent à peu près à 300 euros, jusqu’à trois ans et 10 000 dinars d’amende, selon l’acte, selon le racisme, selon les violences. La loi prévoit aussi l’éducation, la sensibilisation aux actes racistes. Et c’est très important aussi que ce racisme disparaisse un peu de la langue et du lexique et aussi des actes de beaucoup de Tunisiens.

    Avant l’application de cette loi, les associations comme la vôtre prônent effectivement l’éducation, l’enseignement du respect. Quelles mesures sont prises ou sont envisagées concrètement pour aller dans ce sens-là ?

    La sensibilisation, aussi bien la mise à niveau des tribunaux, des magistrats, mais aussi de la police. On prévoit aussi l’éducation à l’école. Donc pour nous c’est très important. Vous savez que la Constitution tunisienne, aussi, prévoit que tous les êtres humains, que tous les citoyens et citoyennes sont égaux devant la loi et qu’il n’y ait pas de discrimination. Mais c’est cette loi qui est la concrétisation. Aussi, la Tunisie a ratifié les conventions internationales, la déclaration des droits de l’Homme et tout cela. Donc cela va dans ce sens. On sent que parmi les associations, il y a des échos par des parlementaires qu’on va continuer dans ce chemin afin de concrétiser cette loi. Parce que la concrétisation, c’est plus difficile. La sensibilisation aussi. Changer de mentalité, cela aussi demande un peu de temps, mais on va essayer d’aller de l’avant.

    Cette loi était attendue de longue date par les associations, par votre association, par exemple. Vous la portiez depuis deux ans. Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur pour que maintenant, elle soit adoptée ? Qu’est-ce qui a fait qu’on est passé enfin à un vote sur cette loi ?

    Il y avait un déni en Tunisie. Avant, dire qu’on n’est pas raciste, on n’en parlait pas du temps de Ben Ali. On en parlait un peu après. Mais il y a un sentiment de déni que le racisme n’existe pas en Tunisie. Mais après les actes de violence envers des Subsahariens qui comptent par milliers en Tunisie, il y a un sentiment que vraiment, il est grand temps de promulguer cette loi. Et même le gouvernement est intervenu suite à des attaques contre des Congolais. Et puis on a poussé, nous - en tant qu’organisation -, porteurs de ce projet de loi, on a réagi. On a réagi suite à des actes, des violences. On a contacté des parlementaires, on a essayé de pousser les choses en avant. On a organisé des conférences de presse... Donc tout cela a poussé vers cette loi. L’adoption de cette loi qui est finalement, comme je vous ai dit, un pas historique. Peut-être équivalent à l’abolition de l’esclavage de 1848 en Tunisie qui était un grand événement.

    Le racisme en Tunisie touche les Subsahariens mais aussi les Noirs Tunisiens.

    Oui, absolument. La minorité noire tunisienne aussi. Vous ne voyez pas, par exemple, un ministre noir en Tunisie. Mais aussi dans le sud tunisien, il y a des villages où il y a des distinctions sur la base de la classe, il y a des séparations… Même dans les cimetières dans un village tunisien. Il y a même des amis noirs qui étaient victimes de violences verbales, plus que des violences physiques, mais les violences physiques, cela peut exister.

    Sur l’application de ce texte de loi, vous nous parliez de sensibilisation dans les tribunaux, de sensibilisation dans la police, dans les écoles… Est-ce qu’il y a déjà des plans qui ont été mis en place ou est-ce que cela va être fait maintenant ? Est-ce qu’on les attend ?

    C’est-à-dire que du point de vue du gouvernement, franchement, je n’ai aucune idée s’il y a des plans, pas de plans. La loi vient d’être votée, je ne crois pas qu’il y a un plan vraiment qui est prêt. Mais dans le futur, on peut l’espérer. Donc nous, en tant qu’association, on a dit que ce n’est pas fini, qu’il y a beaucoup de choses qui restent à faire et on va travailler ensemble avec les gens qui veulent travailler, avec le gouvernement, les députés, pour essayer de concrétiser tout cela.


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