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    Omar Bennamour (FAO): «Les flux migratoires sont source de développement rural»

    Le thème de la Journée mondiale de l'Alimentation cette année est : « Agir pour l’avenir » © FAO

    La FAO a publié ce lundi son rapport annuel sur l’Alimentation et l’agriculture, veille de la Journée mondiale de l'alimentation. Il étudie cette année le phénomène migratoire et les moyens de le rendre économiquement bénéfique pour tous. Notre invité Omar Bennamour, en charge des questions de protection sociale et qui travaille justement sur les migrations au sein de la FAO, a participé à la rédaction de ce rapport.

    RFI : Dans votre rapport annuel, le rapport de la FAO sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture, vous vous penchez sur les flux migratoires internes et internationaux et les liens qu’ils entretiennent avec le développement économique, avec l’agriculture et donc avec le développement rural. Quel lien y a-t-il en 2018 entre ces migrations et le développement économique ?

    Omar Bennamour : Je vous remercie pour cette question qui nous semble extrêmement importante à la FAO. Effectivement, ce qu’on note aujourd’hui en 2018, c’est qu’on parle beaucoup de migration internationale, mais que les migrations les plus importantes se font en interne, à l’intérieur même des pays.

    Les migrations internes qui représentent un milliard de personnes à l’échelle mondiale ?

    Tout à fait. Exactement. Et lorsqu’on considère les migrations internationales, les migrations à partir des pays du Sud vers les pays du Nord sont minoritaires par rapport à l’ensemble des flux migratoires dans le monde. Ce qui est intéressant, c’est de voir que généralement plus un pays se développe et plus la population a tendance à immigrer. Et donc ce qui est intéressant c’est ça. C’est qu’on constate qu’il y a encore des migrations Sud-Sud en Afrique, mais que le jour où elles seront plus Sud vers le Nord, ce sera plutôt un bon signe pour le développement économique du continent africain. On considère aussi à la FAO que les flux migratoires sont source de développement rural.

    Pour quelle raison ? Comment vous expliquez ce phénomène ?

    Il y a des flux migratoires en provenance des zones rurales vers des zones urbaines et en retour des transferts monétaires provenant des migrants vers leurs zones rurales qui permettent de développer, à travers ces transferts monétaires, mais aussi à travers des transferts de compétences, leur zone d’origine. Et puis il y a un autre facteur qui est aussi important, en regardant ce développement rural. Il y a une majorité de jeunes hommes qui migrent. Du coup, on a une féminisation plus importante de l’agriculture dans les zones rurales. Bien évidemment, tout cela n’est pas rose. Il y a quand même beaucoup de challenges et de difficultés à tout cela. Et c’est pour ça que nous fournissons aussi des recommandations pour améliorer les conditions de migration et pour maximiser les impacts de la migration et notamment dans les pays en développement.

    Justement, on voit le dans votre rapport où vous livrez un certain nombre de messages clés. Le 9e message notamment : il est essentiel d’assurer la cohérence entre les politiques migratoires et les politiques agricoles. C’est pour cela ?

    Effectivement. Il faut prendre en compte la question migratoire qui est le cœur du développement économique. On note, par exemple, et notamment en Afrique de l’Ouest ou en Afrique de l’Est, qu’il y a une forte migration infrarégionale, notamment parce qu’il y a une meilleure circulation des personnes entre les pays. On peut prendre le cas de la Côte d’Ivoire, où la main-d’œuvre dans le secteur agricole provient généralement aussi du Burkina. Quand on parle de cohérence entre le développement rural et la migration, on peut prendre aussi le cas de migrants en provenance d’Afrique qui vont travailler de manière informelle dans des conditions de travail discutables dans le secteur de l’agriculture dans les pays d’Europe. Et à ce moment-là, on peut se poser la question de la cohérence. Dans quelle mesure on doit absolument maximiser l’apport de cette main-d’œuvre en Europe ? En offrant à cette population-là des conditions de travail aux standards nationaux, un salaire et aussi un accès à la protection sociale. Ce qui leur permettrait, à eux en retour, d’investir dans leur pays d’origine et notamment dans leurs zones rurales d’origine.

    Donc il faut que ce soit gagnant-gagnant, finalement. Et c’est pour cela que dans l’avant-propos de votre rapport vous citez notamment le secrétaire général des Nations unies : rendre l’immigration bénéfique à tous. Parce que, vous nous dites justement dans votre rapport , on met trop souvent l’accent sur l’aspect négatif du phénomène migratoire et pas suffisamment sur les bienfaits économiques. C’est donc ça, l’objectif ? C’est que ce soit des bienfaits économiques par l’intégration des migrants et un échange pour les pays qui les accueillent ?

    Exactement. Lorsqu’on parle de gagnant-gagnant pour la migration, on parle généralement à la fois des pays d’accueil, mais aussi des pays d’origine. Donc on essaie en tout cas de favoriser l’intégration de ces réfugiés pour, aussi, offrir une main-d’œuvre supplémentaire dans des pays qui en ont besoin.

    Il y a eu un rapport récemment, qui a été publié par le GIEC, le Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat, qui lui, nous a alertés sur les conséquences néfastes du réchauffement climatique dans certaines zones. Est-ce qu’au sein de la FAO c’est une problématique que vous intégrez également ? Est-ce que développement rural, cela doit passer par un développement durable ?

    Tout à fait. Bien évidemment. La migration est liée aux événements climatiques. Il faut prendre de plus en plus d’ampleur, alors on essaie, effectivement, d’intégrer cette dynamique environnementale dans notre réponse à la migration. Mais c’est extrêmement difficile parce qu’effectivement, les événements climatiques dépassent même l’agriculture. Donc l’idée, à travers la FAO, c’est de promouvoir des cultures agricoles qui prennent en compte ce réchauffement climatique et aussi la promotion d’innovations technologiques qui permettent malgré tout, malgré les catastrophes naturelles et les sécheresses ainsi que les inondations, d’améliorer le développement rural dans certaines zones.


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