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    François Héran: «La protection sociale est parfaitement compatible avec la migration»

    François Héran en 2010. AFP/Patrick Kovarik

    Il y a quelques mois, l’ancien journaliste Stephen Smith publiait un livre qui a fait beaucoup de bruit, en France. Dans « La ruée vers l’Europe, la jeune Afrique en route pour le vieux continent », il affirmait que les migrations africaines vers l’Europe allaient considérablement augmenter, dans les années à venir. Les causes de cette augmentation, selon lui : une forte croissance démographique, conjuguée à un développement économique du continent. Il comparait notamment la situation à celle du Mexique et des Etats-Unis. Le démographe François Héran est professeur au Collège de France, titulaire de la chaire Migrations et sociétés.
    Il a refait les calculs, et ne partage pas ses conclusions. Pour lui, l’immigration africaine vers l’Europe va certes augmenter, mais pas dans ces proportions.
    Il l’explique, au micro de Magali Lagrange.

    RFI: Les jeunes Africains vont-ils se ruer vers l’Europe dans les prochaines années ?

    François Héran: C’est le titre d’un livre de Stephen Smith qui a eu un grand retentissement parce qu’évidemment, ce titre est fracassant. Cela a frappé beaucoup d’esprits. Le président Macron a trouvé que la description de l’explosion démographique de l’Afrique était formidablement bien faite dans ce livre.

    C’est une thèse qui se présente sous une forme très démographique et il y a une certaine base à cela, c’est que la division de la population des Nations unies - ce sont des gens extrêmement solides – publie, tous les deux ans, une révision des projections démographiques pour tous les pays du monde y compris l’Afrique. On sait que dans le scénario moyen (il y a trois scénarios en tout) l’Afrique subsaharienne devrait doubler sa population d’ici 2050. Pourquoi ? Parce que les niveaux de fécondité sont encore très élevés, surtout dans les pays enclavés.

    La seconde idée de Stephen Smith, c’est que si on développe un pays cela va plutôt encourager l’émigration que la décourager, dans un premier temps du moins, puisque ce ne sont pas les plus pauvres des plus pauvres qui émigrent. Il y a beaucoup plus d’émigrations de la part de pays à un niveau moyen de développement mesuré par l’IDH (l’Index de développement humain) que les pays les plus pauvres. Quand on regarde l’échelle mondiale du développement, on ne peut pas imaginer que d’ici trente ans, l’Afrique subsaharienne remonte la moitié de l’échelle mondiale du développement et se hisse au niveau du Mexique.

    Vous nous dites quand même que la population va beaucoup augmenter en Afrique. Du coup, ce qu’on pourrait vous répondre, c’est que le nombre de migrants va augmenter avec elle ?

    Evidemment, il va y avoir une augmentation de la migration qui va être commandée par l’augmentation générale de la population, c’est vrai. Mais quand on fait ces calculs, quand on utilise la base mondiale des migrations, la base bilatérale des migrations et qu’on y applique les taux de croissance de la population, prévus par l’ONU d’ici 2050, on n’arrive pas du tout aux chiffres annoncés par Stephen Smith car il annonce des chiffres fracassants.

    Selon lui, il y aurait un quart de la population européenne qui serait africaine d’ici 2050. Ce sont des chiffres considérables. Quand on fait des calculs sérieusement à partir des données dont on dispose et en tenant compte de la croissance démographique future, on arrive à peu près au cinquième de ces chiffres. Ce qui est contradictoire, c’est de penser que l’Afrique, dans les prochaines décennies, va se développer à la vitesse de l’éclair et en même temps, se plaindre que les taux de fécondité persistent depuis des décennies.

    Quel est l’âge moyen des migrants africains ?

    Ils sont jeunes mais cela n’est pas très surprenant. Cela commence en général par les hommes qui sont délégués par leur groupe. Toute migration est sélective. Ça, c’est vraiment un résultat constant de toutes les recherches sur l’économie et les migrations internationales. Donc, si vous êtes chargé de famille, si vous ne savez pas lire et écrire, si vous n’avez aucune qualification, à ce moment-là l’émigration va être à court rayon. Pour migrer au loin, il faut être entreprenant, avoir un certain niveau d’études et il vaut mieux être jeune et n’être pas encore chargé de famille.

    Ce qui vous fait dire que la migration pour l’Europe - la migration africaine - apporte aussi, au niveau économique, quelque chose ?

    C’est là que le livre de Stephen Smith est un peu accablant parce que toute la fin du livre tourne autour de l’idée qu’il y a un gâteau de taille fixe, que ce que les migrants vont prendre, ce sera autant de pris aux Français et que par exemple la migration, c’est une menace pour la protection sociale. Or, en réalité, toute l’histoire de la migration, depuis la guerre, montre que la protection sociale est parfaitement compatible avec la migration. Il ne faut jamais oublier - mais ça, c’est quelque chose qui est souvent omis - que les migrants, à terme et assez rapidement, deviennent des consommateurs, des producteurs, des cotisants, des contribuables et toutes les études qui ont étaient faites montrent qu’en réalité, les arrivées supplémentaires de migrants ont finalement comme effet majeur de dilater un peu l’économie, d’augmenter la taille du marché, le nombre de cotisants, etc.

    Qu’est-ce qui fait - si les chiffres ne sont pas très élevés - qu’est véhiculée une image d’un afflux massif de migrants ?

    Chaque fois que j’ai publié une tribune dans Libération ou dans Le Monde ou autre, mécaniquement, des personnes chargées d’illustrer le texte mettent l’éternelle image des migrants subsahariens avec leur gilet de sauvetage orange dans leur canot pneumatique. Il y a un effet de zoom, un effet de loupe.

    Pendant ce temps, il peut y avoir, par dizaines de milliers, des visas venant d’autres parties du monde, mais cela on n’en parle pas parce que ce n’est pas visible.

    Cette visibilité que l’on donne à l’Afrique subsaharienne est due, en partie, au fait qu’on les discrimine dans l’octroi des visas et que nous avons aussi toutes les personnes victimes de conflits ou de l’insécurité dans la Corne de l’Afrique qui ont traversé la Libye ainsi que tous les migrants qui étaient aussi coincés en Libye – des migrants subsahariens - qui ont mis du temps à quitter ce pays et d’autres qui essaient toujours de quitter la Libye. Il ne faut donc pas s’étonner si on mégote sur les visas de l’Afrique subsaharienne, que des migrants essaient de trouver des voies désespérées pour venir chez nous.

    - L'interview de Stephen Smith par Christophe Boisbouvier.


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