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    De Gaulle en 1958: «Le dialogue avec Sékou Touré ? Jamais. C'est un orgueilleux»

    Roland Colin accompagnant M. Mamadou Dia, président du Conseil du Sénégal. © Roland Colin

    Oui ou non à de Gaulle ? Il y a soixante ans, c'est le dilemme auquel ont été confrontés le Guinéen Sékou Touré, le Sénégalais Léopold Sedar Senghor et tous les autres leaders africains sous le joug de la France. Pourquoi l'un a dit non et les autres oui ? A l'époque, en 1958, Roland Colin était, à Dakar, un jeune administrateur colonial français, très proche de Senghor et de son numéro deux, Mamadou Dia. Aujourd'hui, il publie ses souvenirs chez Présence africaine sous le titre La toison d'or de la liberté.

    RFI : En août 1958, à l’initiative de De Gaulle, se prépare le référendum du mois suivant partout en Afrique francophone : « pour ou contre le statut d’Etat membre dans la communauté française ». Et vous dites que chez Senghor et Mamadou Dia, il y a une grande hésitation.

    Roland Colin : une grande partie des intellectuels africains pensaient que la liberté ne pouvait pas se refuser. Donc, dans un premier temps, un certain nombre de ces intellectuels africains – c’était le cas de Mamadou Dia, qui était chef du gouvernement sénégalais et d’ailleurs du parti dominant au Sénégal à l’époque –, avaient pris la position de dire : on ne peut pas refuser l’indépendance. Senghor était plus mesuré. Senghor pensait qu’il fallait du temps, qu’il fallait gagner du temps. Mais Mamadou Dia avait vraiment pris, comme la majorité du parti, des positions de voter non au référendum avec d’autres pays.

    Comme la future Guinée de Sékou Touré ?

    Oui. Et puis il y avait aussi à l’époque le Niger qui avait pris la même position, avec Bakary Djibo. Il y a eu un moment tout à fait tragique dans les relations entre Dia et Senghor, qui avaient vraiment des relations fraternelles, des relations profondes jusque-là. Senghor avoue à Mamadou Dia qu’il a pris l’engagement vis-à-vis de son camarade Pompidou, qui avait été sur les bancs de Louis-le-Grand avec lui, de faire voter oui pour le référendum. Donc, un contrepied de ce qui se dessinait dans la classe politique sénégalaise. Mamadou Dia est effondré. Il discute avec Senghor. Et Senghor fait des pas en avant, dit à Mamadou Dia – c’est Mamadou Dia lui-même qui me raconte cette histoire : « Bon, disons que l’indépendance, on peut la prendre, mais dans vingt ans ». Mamadou Dia estime cette proposition comme totalement hors de question. Et ce marchandage aboutit à ce que finalement Senghor accepte qu’on fixe le délai à quatre ans.

    Et c’est comme cela que le Sénégal a voté oui au référendum, alors que la Guinée de Sékou Touré a voté non. Est-ce que Sékou Touré avait de l’influence sur Senghor et Mamadou Dia ou pas ?

    Il avait très peu d’influence. Mais Senghor et Mamadou Dia reconnaissaient que la Guinée était un partenaire important. Et quelques jours avant le référendum, Mamadou Dia a été dépêché spécialement auprès de Sékou Touré. Ils ont longuement discuté et Sékou Touré est resté sur ses positions, disant à Mamadou Dia : lorsque je serai indépendant, la France viendra me supplier de bâtir des relations avec elle. Mamadou Dia me racontait cela à son retour de Conakry. J’étais sur le tarmac de l’aéroport pour l’accueillir. Et Mamadou Dia exprimait une profonde tristesse, disant : si la Guinée se sépare de nous, notre projet d’union entre territoires pour qu’on puisse sortir en force sera beaucoup moins facile, beaucoup moins aisé.

    Et est-ce que de Gaulle a eu tort de fermer la porte à toute coopération avec la Guinée, qui avait dit non à la France ?

    Effectivement. Le projet de De Gaulle était, d’une certaine manière, de faire de Sékou Touré une sorte de contre-exemple.

    C’est une forme de punition ?

    Une forme de punition. Et puis il faut dire aussi que le caractère des personnages était vraiment violent entre de Gaulle et Sékou Touré.

    Les deux hommes ne s’aimaient pas ?

    Les deux hommes ne s’aimaient pas. Je rapporte une anecdote que m’a racontée Monseigneur Maury, qui était nonce apostolique de la région et qui avait la Guinée dans son obédience. Après le référendum, lorsque la Guinée est devenue indépendante, Monseigneur Maury m’a rapporté une conversation qu’il avait eu à Conakry avec Sékou Touré. Sékou Touré lui avait dit : « Monseigneur, quand vous irez en France, vous devriez voir le général de Gaulle et dire que nous devrions retrouver un certain dialogue. » Monseigneur Maury en a pris acte et est allé voir le général de Gaulle. Et de Gaulle lui a dit – je rapporte ses termes –: « Jamais, Monseigneur. Parce que Sékou Touré est un orgueilleux ! » Et les choses en sont restées là.

    Peut-être de Gaulle était-il aussi un orgueilleux !

    Ça, c’est une chose sur laquelle on peut réfléchir, effectivement. Sékou Touré ne voulait pas voter oui. Il aspirait à une sorte de position de leadership chez les chefs d’Etat africains qui ne lui était pas reconnu au sein du RDA.

    Le Rassemblement démocratique africain d’Houphouët...

    Il avait pris quelques distances avec Houphouët qui était quand même la personnalité surplombante. Et donc il espérait que les partenaires qui n’avaient pas choisi la liberté en même temps que lui seraient punis de ce choix à contretemps de l’histoire.

    Il espérait prendre le leadership de l’Afrique de l’Ouest...

    Oui. Or, en fait, la Guinée s’est engagée dans une situation catastrophique qui a tourné à la dictature. Je pense que c’est un drame pour l’Afrique occidentale entière que la Guinée n’ait pas pu faire cause commune avec les autres.

    Autre projet d’union avortée entre le Sénégal et le Mali. Cette fameuse fédération du Mali a marché quelques mois et puis cela a explosé en août 1960. A qui la faute ? A Senghor ou à Modibo Keïta ?

    Très rapidement, la question s’est posée de savoir lequel des deux partenaires l’emporterait sur l’autre. Et Modibo Keïta s’est affiché progressivement comme beaucoup plus mordant, plus ambitieux, dans cette voie-là. Et donc, les Sénégalais ont rechigné. Les Sénégalais ont découvert dans les relations de cette fédération-là que la pratique politique des gens de Bamako était tout à fait différente, et même à bien des égards, contraire aux droits de l’homme. Il y avait eu mort d’hommes, d’opposants, dans l’affaire. Et tout cela était passé sous silence. A partir de là, il était vraiment très difficile de construire quelque chose et donc effectivement… Alors le casus belli qui a provoqué la crise, cela a été quand il s’est agi d’élire un président de la fédération. Modibo Keïta se présentait, les Sénégalais et Mamadou Dia voulaient absolument que ce soit Senghor. Et Mamadou Dia a défendu Senghor, mordicus. Disons que c’est sur ce casus belli que la fédération a explosé.


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