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    Présidentielle à Madagascar: le défi économique

    Des affiches électorales placardées sur un arrêt de bus à Antananarivo, le 2 novembre 2018. MARCO LONGARI / AFP

    Les électeurs malgaches sont appelés aux urnes, ce mercredi 7 novembre, pour le premier tour de la présidentielle. Et le choix est large : pas moins de 36 candidats sont en lice. Parmi les favoris, trois anciens chefs de l'État : Hery Rajaonarimampianina qui a démissionné il y a deux mois pour pouvoir se présenter et les anciens présidents Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina. Quel que soit le vainqueur, celui-ci devra affronter des défis économiques de taille.

    La Grande île figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Certes, ces dernières années, son économie a repris un peu de forces. Son taux de croissance dépasse les 4 % depuis 2016 contre en moyenne 2,7 % pendant la crise politique de 2009-2013, et cette année, le produit intérieur brut (PIB) devrait même grimper de 5 %. Mais une grande partie de la population n'a pas bénéficié significativement de cette embellie.

    75% de la population vit avec moins de deux dollars par jour.

    Le taux d'extrême pauvreté reste très élevé. Les trois quarts des Malgaches vivent avec moins de deux dollars par jour. Et la Banque mondiale n'est pas très optimiste ; ce taux ne devrait baisser que de deux points d'ici à 2020.

    Il faut dire que la croissance est principalement portée par les services depuis 2015 alors que le secteur agricole, s'est, lui, contracté en moyenne de 0,8 % par an entre 2014 et 2017. Or, près de 80 % de la population malgache exerce des activités agricoles.

    Antananarivo a donc dû faire appel à des aides internationales. Fin 2016, lors d'une conférence à Paris, le gouvernement malgache a levé près de 6 milliards et demi de dollars pour appuyer ses projets de développements. Parmi les bailleurs de fonds, la Banque mondiale qui finance 16 opérations dont un appui à l'éducation et à la protection sociale. Le Fonds monétaire international (FMI) accompagne lui aussi le pays.

    Pourtant, Madagascar regorge de richesses naturelles. Si le premier produit à l'export en 2016, c'était le textile, ce territoire plus grand que l'Espagne ou la Thaïlande vend aussi à l'étranger des minerais dont du nickel, du cobalt et autres saphirs. Le pays est l'un des plus gros extracteurs de la pierre précieuse bleue.

    Vanille, l'or noir de Madagascar

    Précieuses aussi sont certaines productions agricoles de rente. Madagascar approvisionne 80 % du marché mondial en vanille, et ces dernières années les prix de la gousse se sont envolés.

    Alors d'où viennent ces difficultés économiques ? Au-delà des variations des cours des matières premières, il y a plusieurs raisons à ça. Déjà, avec une grande partie de la population vivant de l'agriculture, celle-ci est particulièrement vulnérable aux aléas climatiques, la sécheresse ou au contraire les cyclones. L'un des effets de la mauvaise récolte en riz local a par exemple été de faire monter les prix en flèche et l'inflation a culminé à 9 % en décembre dernier.

    A cela s'ajoute, un manque criant d'infrastructures. Seulement 13 % de la population a accès à l'électricité : l'un des taux les plus bas de la planète. Cela ne joue pas en faveur de l'attractivité. Pas plus que le climat d'insécurité et les crises politiques à répétition.

    Pauvreté vs campagne fastueuse des favoris

    Une réalité qui contraste avec la débauche de moyens déployés par les favoris du scrutin. Déplacement en hélicoptère aux couleurs de campagne des candidats, distribution de goodies. Les favoris ont sorti les grands moyens pour convaincre. Des ONG dénoncent d'ailleurs cette « indécence » face à la pauvreté ambiante. D'autant que les candidats restent discrets sur leur budget et la provenance des fonds. Transparency International Initiative Madagascar leur a demandé des précisions. Seuls 6 des 36 candidats (« des petits ») ont répondu. De quoi alimenter les soupçons dans un pays qui occupe le 155e rang sur 180 dans le classement de la perception de la corruption. Andry Rajoelina promet néanmoins de jouer la transparence... à la fin de la campagne.

    Mais tout le monde n'est pas logé à la même enseigne. Les favoris possèdent des médias ou sont proches de chaines privées. Ces médias proposent bien de diffuser les spots d'autres candidats, mais à un coût rédhibitoire pour la plupart des outsiders. Sur les chaines MBS et Viva, le tarif s'élèverait de 25 000 à 75 000 dollars pour un spot de 30 secondes. Si l'on prend la fourchette basse, cela représente pas loin de 60 fois le PIB par habitant.


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