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    Lassané Sawadogo (MMP): au Burkina, «il faut aller vers une véritable réconciliation nationale»

    Des électeurs de Roch Marc Christian Kaboré célèbrent sa victoire à l'élection présidentielle en 2015. AFP/Issouf Sanogo

    Où en est le Burkina Faso, quatre ans après la chute de Blaise Compaoré ? Hier, Eddie Komboïgo, un nostalgique de l’ancien régime s’exprimait sur l’antenne de RFI. Aujourd’hui, c’est un fervent défenseur du nouveau régime, Lassané Sawadogo, secrétaire exécutif du parti au pouvoir, le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) qui répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    RFI : Depuis quatre ans, le Burkina Faso a fait un grand bond en arrière disent les partisans de l’ancien président Blaise Compaoré. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

     

    Lassané Sawadogo : Oui, bon. Ils sont les seuls à le dire en tout cas. Les Burkinabè constatent que le pays a avancé sur tous les plans, dans le domaine de la démocratie, des libertés, dans le domaine du développement économique. Bien sûr que nous avons des difficultés dans le domaine sécuritaire, mais il n’en reste pas moins que d’une manière générale le pays a considérablement changé par rapport à la période antérieure.

     

    Sur le plan sécuritaire, les attentats terroristes se multiplient depuis deux ans. Que répondez-vous à ceux qui disent que du temps de Blaise Compaoré, on vivait en paix ?

    Mais quelle paix vivait-on ? C’est facile de vivre en paix si nous avions parmi nous des terroristes que nous hébergions et que nous accueillions chez nous et qui bénéficient de tous les privilèges possibles. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Roch Marc Christian Kaboré, nous avons décidé de ne plus continuer ces relations de complicité avec les terroristes. Et nous avons un bon espoir que nous allons venir à bout du terrorisme plutôt que d’avoir des relations de complicités avec le phénomène.

     

    Voulez-vous dire que du temps de Blaise Compaoré, le territoire était épargné par les terroristes parce qu’ils étaient accueillis à Ouagadougou ?

    Oui, ce n’est pas moi qui le dis. C’est tout le monde qui le constate. Il y avait des pactes certainement qui existaient entre les terroristes et l’ancien régime.

     

    Selon le parti d’opposition CDP, il faut réconcilier les Burkinabè notamment les militaires burkinabè pour que votre pays puisse disposer d’une armée forte comme autrefois ?

     

    Je ne sais pas si autrefois le pays disposait d’une armée forte ou pas. Je ne sais pas également s’il faut passer par la réconciliation pour disposer d’une armée forte.

     

    Sur le plan économique, l’opposition, Zephirin Diabré en tête proteste contre la vie chère et l’augmentation des prix de produit de base comme l’eau et le carburant.

     

    Oui, je pense que c’est un phénomène qui est mondial. Ce n’est pas qu’au Burkina Faso. Nous avons procédé à un réajustement du prix des hydrocarbures à la pompe, ça, c’est pour se ravitailler en hydrocarbures.

     

    Du côté de l’emploi, l’opposition dénonce la fermeture de quelque 473 écoles. Ce qui aurait mis à la rue 64 000 élèves et plus de 2 000 enseignants.

     

    Oui, mais c’est dans trois régions du pays. C’est au niveau du Sahel, de la région de l’est, et de la région du nord. C’est lié à l’insécurité que ces écoles ont été fermées. Mais le gouvernement prend les dispositions pour assurer la scolarisation de ces enfants dans des conditions de sécurité. Et les enseignants dont les écoles ont été fermées ne sont pas renvoyés de la fonction publique. Ils continuent à percevoir les salaires, mais maintenant, nous allons travailler à recréer la sécurité dans les villages concernés afin de permettre à ces écoles de rouvrir.

     

    Donc c’est lié à l’insécurité, c’est ça ?

     

    C’est lié à l’insécurité naturellement.

     

    Sur le plan des libertés, l’opposition dénonce l’arrestation de trois figures de la société civile : Pascal Zaïda, Naïm Touré et Safiatou Lopez.

     

    Oui, pour Pascal Zaïda et Naïm Touré, ils ont recouvré leur liberté. La loi pénale est la même pour tout le monde.

     

    Mais qu’est-ce qui leur est reproché ?

     

    Pour ce qui concerne le cas Naïm Touré, je crois que c’est des publications qui avaient été faites sur les réseaux sociaux et qui sont attentatoires aux principes liés au secret défense. Des publications qui peuvent porter atteinte au moral des troupes. Pour ce qui concerne Pascal Zaïda, je crois que c’était une défiance à l’autorité de l’Etat puisqu’il a tenu à organiser une marche qui avait été interdite par l’administration. Et il a maille à partir avec les lois de la République.

     

    Quatre ans après sa chute, Blaise Compaoré est toujours en exil à Abidjan, mais il souhaite rentrer au Burkina pour y vivre dit-il comme un paisible citoyen. Il n’aurait aucune intention de revenir à la direction du parti CDP et encore moins à la direction du pays. Vous y croyez ?

     

    Ecoutez, Blaise Compaoré est un citoyen du Burkina Faso. Il est libre de revenir, mais seulement comme le président Roch Marc Christian Kaboré a déjà eu à le dire. Il sera soumis au même régime que n’importe quel citoyen du Burkina Faso dans sa situation à lui. Tout dépend de ces rapports avec la justice. C’est à la justice d’apprécier. Ce n’est pas à nous d’apprécier.

     

    Vous pensez notamment au dossier Thomas Sankara ?

    C’est possible, son nom est cité. Mais personnellement à l’heure actuelle, je ne sais pas dans quel état se trouve ce dossier.

     

    Visiblement Blaise Compaoré aimerait rentrer au pays en étant épargné par la justice et en comparaissant devant une sorte de commission de vérité et réconciliation comme en Afrique du Sud.

     

    Il y en a qui pensent effectivement qu’on peut faire la réconciliation sans passer par certaines étapes et certains préalables. Il y en a également qui pensent que même s’il faut faire la justice, il faut que ce soit une justice transitionnelle. Une justice plus ou moins politique. Une justice plus ou moins négociée. Ça, ce sont des conceptions qui ne sont pas les nôtres. Nous pensons que la justice, c’est la justice normale. Et du reste, nous sommes en train d’assister au jugement du coup d’Etat de septembre 2015 après ça je pense que le processus doit se poursuivre. Le jugement des différents cas en attente. Et après cela, je pense que nous pourrons aller vers vraiment une véritable réconciliation nationale. Mais si on pense qu’il faut passer par des raccourcis, je crains fort que ça ne soit une fois encore une considération de façade qui ne va pas nous permettre d’avancer. Je pense que pour cette fois-ci, il faut aller à une véritable réconciliation. Il faut que les différentes étapes soient respectées. La vérité, la justice, la restauration de l’autorité de l’Etat pour une bonne fois pour toutes faire réconciliation et ouvrir de nouvelles perspectives pour l’avenir de ce pays.


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