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    OMS: «Les progrès antipaludiques ont cessé depuis 3 ans, c’est inacceptable»

    Le docteur Andrea Bosman coordonne à l'OMS l'Unité pour le diagnostic et le traitement du paludisme. © Andrea Bosman

    « La lutte contre le paludisme est au point mort », affirme l'OMS dans son rapport annuel publié lundi 19 novembre. Or, 10 des 11 pays les plus touchés par ce fléau sont en Afrique. « Il faut que les bailleurs de fonds donnent plus, mais il faut aussi que les Etats concernés fassent un véritable effort budgétaire », affirme le docteur Andrea Bosman. Il pousse un cri d'alarme. A l'OMS, ce médecin italien coordonne l'Unité pour le diagnostic et le traitement du paludisme. En ligne de Genève, il répond aux questions de RFI.

    RFI : Pourquoi le directeur général de l’OMS dit qu’il faut changer de cap ?

    Andrea Bosman : Nous avons vu, malheureusement, dans les trois dernières années, que les progrès antipaludiques ont cessé et nous risquons même de compromettre les acquis de ces vingt dernières années. Le nombre de cas de paludisme a augmenté entre 2016 et 2017 et nous avons encore 435 000 décès liés au paludisme qui est une maladie évitable et guérissable. Cela n’est pas acceptable.

    D’autant que sur les onze pays les plus touchés dans le monde, dix pays sont africains.

    Oui, c’est correct. Ces pays représentent 70% du nombre total de cas de paludisme dans le monde. Il s’agit du Burkina Faso, du Cameroun, de la République démocratique du Congo, du Ghana, du Mali, du Mozambique, du Niger, du Nigeria, de l’Ouganda et de la Tanzanie. Le 11e pays qui contribue aussi c’est l’Inde, mais c’est le seul pays, parmi ces onze, dans lequel il y a eu, en effet, un progrès, une diminution de cas. Dans les dix pays africains, ensemble, il y a une augmentation de 3,5 millions de cas.

    Et c’est la faute à quoi ? Au fait que les gens ne dorment pas sous les moustiquaires ?

    La faute à un manque d’accès aux moustiquaires imprégnées d’insecticide, 50 % des personnes dans les pays endémiques ont accès aux moustiquaires imprégnées et donc ils peuvent dormir sous les moustiquaires. 

    Et pour les femmes enceintes ?

    Pour les femmes enceintes, c’est seulement une femme sur cinq qui a reçu les médicaments pour se protéger du paludisme pendant la grossesse.

    Donc on peut dire qu’au Congo-Kinshasa ou au Sahel, par exemple, la moitié des gens ne dorment pas sous moustiquaire ?

    C’est exact. Et c’est un problème aussi lié au financement. Nous avons un total de 3,1 milliards de dollars en 2017 et cela correspondant à moins de la moitié des besoins en termes de financement pour ces pays.

    En même temps, dans votre rapport vous dites que certains pays africains comme l’Ethiopie et le Rwanda s’en sortent mieux.

    C’est vrai. On a plusieurs pays qui ont amélioré leur situation. Le premier, c’est l’Inde dans lequel il y a eu 3 millions de cas en moins par rapport à l’année précédente. Donc réduction de 24%, et cela, grâce à l’accès au diagnostic, au traitement précoce, près de la maison, où les gens sont touchés par le paludisme. D’autres pays comme l’Ethiopie et le Rwanda aussi, ont vu une baisse de cas considérable. Au Rwanda, plus de 400 000 en moins par rapport à l’année précédente et aussi au Pakistan.

    Si certains pays s’en sortent mieux que d’autres, est-ce aussi, peut-être, parce qu’ils ont plus de volonté politique ?

    Cela c’est un des éléments importants. Il y a aussi la contribution des ressources domestiques à la lutte antipaludique. On voit que, si on prend l’ensemble des pays endémiques, seulement 28% des financements sont d’origine domestique et viennent des financements du gouvernement du pays. Donc la plupart des financements sont des financements internationaux. Pour les pays touchés par le paludisme, cela demande une augmentation des investissements sur le budget de l’Etat et moins de dépendance de financements de l’étranger.

    Il n’est pas normal à vos yeux qu’un pays très touché par le paludisme ne contribue qu’à hauteur de 28 % dans la lutte contre ce fléau ?

    C’est cela que l’OMS voudrait changer, avec une nouvelle initiative qui s’appelle « Réduire le paludisme là où il pèse le plus », qui sera amenée par les pays qui paient le plus lourd tribut en ce qui concerne la maladie. Cela demande une volonté politique nationale dirigée par le gouvernement, mais avec le soutien de tous les partenaires au développement qui sont dans le pays.

    Il y a trois ans, l’OMS s’était donné l’objectif de réduire de 40% la mortalité due au paludisme d’ici 2020. Est-ce que vous tiendrez cet objectif ?

    Non. Les données, déjà depuis l’année passée ainsi que cette année, l’ont confirmé. Nous sommes complètement hors trajectoire pour atteindre les objectifs de 2020. Maintenant, l’effort de remobilisation des pays et de la communauté internationale, c’est pour atteindre les objectifs de 2025, ce qui demande vraiment de remettre la lutte mondiale contre le paludisme sur la bonne voie.

    Et je crois que le G7 de l’année prochaine à Biarritz sera notamment consacré au financement de la lutte contre le paludisme. Est-ce qu’on verra un jour un vaccin contre le paludisme ?

    Il y a déjà un vaccin en phase d’expérimentation sur trois pays en Afrique. Il s’agit du Ghana, du Kenya et du Malawi. C’est un vaccin à protection partielle qui demande quatre prises, qui a aussi montré au cours des premiers essais certains effets secondaires qui demandent à être confirmés sur une plus large évaluation. Les premières introductions de ce vaccin se feront au début de l’année prochaine, mais sur phase pilote sur de larges populations.


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