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    A la Une: sortie de route pour Carlos Ghosn

    Carlos Ghosn, president du Conseil d'Administration de Nissan et president-executif de Renault. JOEL SAGET / AFP

    Comment peut-on gagner plus d’un million d’euros par mois et en même temps frauder le fisc ? La presse s’interroge ce mardi matin après l’arrestation hier au Japon de Carlos Ghosn, le PDG de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, soupçonné d’avoir dissimulé une partie de ses revenus au fisc japonais.

    Libération n’en revient pas : « si tout cela se confirme, ce patron déjà payé un bras, environ 15 millions d’euros par an, aurait gratté, selon la presse japonaise, quelques millions supplémentaires sur sa feuille d’impôts et fait payer par son entreprise un certain nombre de dépenses personnelles. A croire qu’il avait du mal à joindre les deux bouts… (…) Carlos Ghosn, déjà atteint par un melon taille SUV, dirigeant autoritaire cumulant les fonctions éminentes et passant régulièrement outre les remarques que pouvaient lui faire ses actionnaires, aurait poussé l’hubris, s’exclame Libération, jusqu’à s’affranchir aussi des règles fiscales. Il survolait le marché automobile, il s’est mis à planer au-dessus des lois. Etrange aveuglement. (…) Il faut croire que la morale du capital n’est pas celle du commun des mortels. »

    Accusations « bizarres » ?

    Le Parisien s’étonne : « un PDG a-t-il vraiment connaissance de ce qui est déclaré au fisc ? 'En général, pour déclarer leurs revenus, les grands patrons du CAC 40 passent par des experts qu’ils connaissent personnellement', affirme un avocat fiscaliste interrogé par le journal. 'Surtout lorsqu’une fiscalité internationale entre en jeu. C’est très compliqué'. Un très grand patron français assure trouver ces accusations 'bizarres', poursuit Le Parisien. 'Cela me semble très étonnant de maquiller de telles informations, glisse-t-il. Non seulement parce que le risque est colossal pour des profils extrêmement surveillés. Mais aussi parce que le montant des rémunérations est annoncé devant les actionnaires, en assemblée générale'. »

    Devoir d’exemplarité

    Quoi qu’il en soit, Carlos Ghosn avait un « devoir d’exemplarité » souligne Le Figaro : « à l’égard de son propre groupe et de ses salariés, d’abord, envers lesquels son degré d’exigence est légendaire. À l’égard de ses actionnaires, ensuite (dont l’État français), qui lui accordent leur confiance et lui confient leur argent. À l’égard du monde de l’entreprise, enfin, qu’il incarne davantage que quiconque, et dont l’opinion, par les temps qui courent, se défie dangereusement. Chacun a en tête ces polémiques sur les 'salaires des patrons', pointe Le Figaro, qu’il a lui-même alimentées avec sa double rémunération Renault-Nissan. Gare à ne pas entretenir chez nous une lutte des classes qui sape les fondements de notre économie et de notre société ! Pour toutes ces raisons, conclut le quotidien de droite, rien ne saurait excuser, s’ils existent, les comportements déplacés dont on accuse Carlos Ghosn. À lui de répondre, vite, à ces graves accusations. Ou, à défaut, d’en tirer les conséquences. »

    Quel avenir pour Renault-Nissan-Mitsubishi ?

    Alors, « au-delà d’un destin personnel, relève L’Est Républicain, se pose la question du devenir de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, un monstre à trois têtes dont le libano-franco-brésilien apparaissait comme le garant. »

    En effet, soulignent Les Echos, « dans l’immédiat, c’est bien l’avenir de ce géant de l’industrie automobile qui doit faire figure de priorité. Produisant plus de 10 millions de voitures par an, le groupe qui a été assemblé sous la houlette de Carlos Ghosn n’est pas au bord de la faillite. A court ou moyen terme, même privée de son homme fort, l’Alliance pourrait poursuivre, au moins un temps, sur sa lancée. Mais Carlos Ghosn en était conscient, pointent encore Les Echos : une sortie de route peut être fatale. L’attelage improbable entre un constructeur japonais redevenu beaucoup plus puissant et un industriel français qui a contribué à son sauvetage, repose sur un équilibre très fragile. Au-delà des participations capitalistiques croisées, de la mise en commun des achats de pièces, de la R & D et de plus en plus des usines, qui rendraient un divorce pratiquement inenvisageable sans provoquer un séisme économique, cette alliance ne pourra survivre, estiment Les Echos, que si chacune des parties y voit son intérêt particulier, plus que commun. »

    De quoi alimenter la colère des Gilets jaunes…

    En tout cas, cette mise en cause du patron de Renault tombe en pleine crise sociale en France, celle des Gilets jaunes…

    En effet, remarque Le Journal de la Haute-Marne, « au-delà d’une affaire qui pourrait faire vaciller le groupe, c’est bien évidemment la sempiternelle rengaine sur la fraude fiscale qui revient sur le devant de la scène. Et elle est pour le coup bien malvenue, à l’heure où les fameux Gilets Jaunes, rouges de colère, ont en ligne de mire les pouvoirs quels qu’ils soient. Et notamment celui de l’argent et ses dérives. »

    C’est vrai, renchérit Le Républicain Lorrain, « le Franco-Libano-Brésilien promet d’aiguillonner une contestation en quête d’un nouveau souffle. L’intéressé faisait pourtant figure de candidat en or pour matérialiser la doctrine du ruissellement chère à Macron. Or, si la justice nippone confirme à son encontre les charges de fraude fiscale, voilà qu’à lui seul il en personnifierait l’échec. Une rapacité alors vécue comme un nouvel affront par ceux-là qui, encalminés sur la bande d’arrêt d’urgence, en ont assez de regarder passer les jets. »

    Pourrissement ?

    Ce qui nous amène justement aux Gilets jaunes, encore présents hier sur les bords de route…

    « Les barrages comme les Gilets sont moins nombreux, constate La Charente Libre, mais la tension est plus forte quand le lundi on vous empêche de gagner de l’argent alors que le week-end on vous empêche de le dépenser. Le bloc solidaire qui s’est construit sur les réseaux sociaux, s’effrite et s’écharpe aujourd’hui sur les mêmes forums. Voyant que les organisations professionnelles comme celle des routiers n’appellent pas à la mobilisation, l’exécutif joue la montre, compte les points de blocage et de division, et appuie sa communication sur le bilan des blessés ou des dérapages. »

    « Alors que le mouvement du week-end s’essouffle, logiquement, constate aussi Le Courrier Picard, même si un nouveau rendez-vous est fixé samedi à Paris, l’exécutif pourrait être tenté de jouer la carte du pourrissement. Tactique éprouvée, mais dangereuse, prévient le journal. Car le cocktail du mépris et du ressentiment peut être explosif. La colère est mauvaise conseillère. Celui qui la provoque en porte une part de responsabilité. »

    En effet, s’alarme La Presse de la Manche, « le mouvement des Gilets jaunes continue, de plus en plus dangereusement. Ce qu’on remarque, c’est l’exaspération, qui voit progressivement la colère prendre le pas sur tout le reste. Y compris sur les revendications de départ, et s’imposer, ce qui multiplie les agressions et les blessés. Des personnes sont désespérées, et elles le disent. Il faudra bien trouver avec elles de bonnes solutions. »

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