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    Saleh Kebzabo (Tchad): «Il faut un dialogue inclusif sur l'extrême-nord-Tibesti»

    Saleh Kebzabo, en mai 2001. AFP/Desirey Minkoh

    Au nord du Tchad, voilà trois mois que des combats sanglants opposent l'armée à des rebelles toubous dans le massif du Tibesti. Pour le député Saleh Kebzabo, chef de l'opposition politique tchadienne, il y a une solution pour sortir de la crise...

    RFI : Depuis l’instauration de la IVe République, il n’y a plus de Premier ministre au Tchad. Idriss Deby joue la carte du chef de l’Etat tout-terrain. Est-ce que ça marche ?

    Saleh Kebzabo : Ça ne marche pas. Ça ne marche pas parce que, d’abord, il faut observer qu’à son âge – il n’est quand même pas loin de 70 ans –, on aurait pu penser qu’il déléguerait de plus en plus pour préparer sa sortie. Mais non, il reconcentre tous les pouvoirs entre ses mains. Et je ne pense pas que cela puisse marcher, c’est bien pour cela qu’il joue parfois au sapeur-pompier. Il va convoquer les maires d’arrondissement pour parler du curage des caniveaux, il va à la société d’électricité pour dire que ça ne marche pas…

    Mais ça, ce n’est pas mal, non ?

    Ce n’est pas le travail d’un chef d’Etat. Cela veut dire que ça ne marche pas. Le chef d’Etat, je pense qu’il a autre chose à faire. Il a la vision du pays à mettre en pratique. Il n’a pas que le temps d’aller à la frontière régler les problèmes de douane, nommer son neveu ou son cousin à la direction des douanes, alors qu’il n’a pas les capacités… Non.

    Quand cette Nouvelle République a été instaurée au mois de mai dernier, vous avez parlé de coup d’Etat constitutionnel. Pourquoi ?

    Absolument. Parce que cette Nouvelle Constitution aurait dû être validée par un référendum. Or, il est passé par l’Assemblée nationale qu’il contrôle aux trois quarts. Mais sur le fond, c’est la remise en cause des libertés. C’est l’appropriation par le président de tous les pouvoirs. Aujourd’hui, le président tchadien peut signer une ordonnance, même pendant la session parlementaire. L’Assemblée nationale elle-même est dessaisie de pratiquement tous ses pouvoirs, y compris le pouvoir de contrôler l’action gouvernementale.

    Parce que le gouvernement n’est plus responsable devant la Chambre ?

    Il n’y a pas de gouvernement responsable [devant l’Assemblée nationale].

    Vous avez dénoncé ce que vous appelez « un véritable crime contre le Tchad ». Et pourtant, le 17 mai vous avez eu un long tête-à-tête, avec le président Déby. Vous l’avez même revu le 19 septembre. Est-ce que ce n’est pas contradictoire ?

    Il n’y a absolument aucune contradiction. Nous sommes contre la Constitution, nous sommes contre la Quatrième République, mais il n’en demeure pas moins que c’est une Constitution qui a été adoptée par l’Assemblée nationale. Donc, tout citoyen doit respecter les lois de son pays. Même si nous sommes contre le président Déby, nous devons reconnaître que, pour le moment en tout cas, il est le président du pays. Et comme nous sommes pour un dialogue inclusif, qui dit dialogue dit quand même rencontre. Il faut bien qu’on rencontre le principal intéressé qui est Déby lui-même. Je l’ai rencontré, cela a fait beaucoup de bruit, c’est vrai, mais pour rien du tout. Les deux chefs - de l’Etat et de l’opposition - peuvent, doivent, se rencontrer régulièrement, à la demande de l’un et de l’autre, pour discuter des questions nationales ou internationales.

    Les législatives étaient prévues d’ici la fin de cette année. Elles sont reportées au plus tôt au mois de mai prochain. Qu’en pensez-vous ?

    C’est antidémocratique. Il faut aller aux législatives et je crois que si l’opposition est intelligente, elle peut unir ses forces. On peut faire un bon score.

    Depuis le 26 octobre, il y a une accalmie sur le front social. Les syndicats acceptent de suspendre leur grève jusqu’au mois de janvier prochain. N’est-ce pas une victoire pour le gouvernement ?

    Dire que c’est une victoire, ce serait une insulte pour les syndicats. Mais je pense que, comme disait un célèbre syndicaliste français à l’époque, il faut savoir finir une grève. Cinq mois. Cinq à six mois de grève c’est trop long. Même au Tchad. Ça a coûté trop cher à beaucoup de gens. Les gens étaient fatigués. Il fallait y mettre fin, je crois que c’est ce que les syndicats ont été obligés de faire. C’est vrai qu’ils ont fait beaucoup de concessions au gouvernement, mais le gouvernement, en retour, n’a pas respecté jusqu’à maintenant ses engagements et j’ai peur qu’avant janvier on reparte encore. Où vont les recettes fiscales et pétrolières du Tchad ?

    Donc pour vous le premier fléau reste la corruption ?

    Absolument. C’est une corruption quasi institutionnelle. Et quand on voit qu’aujourd’hui encore le président Déby n’a pas revu son mode de gouvernance, on se pose quand même beaucoup de questions. On continue à détourner, il n’y a pas de sanctions et il y a encouragement. Parce que, vous prenez les autres nominations dans les autres régies financières, c’est toujours le même système qui est en place, un système de prédation au sommet. Et je ne pense pas que le pays puisse s’en sortir comme cela.

    Nouveau bruit de bottes dans le nord du Tchad, depuis le mois d’août, plusieurs localités du Tibesti sont attaquées par les rebelles. Qu’est-ce que vous en pensez ?

    Le Tchad ne peut pas se permettre aujourd’hui encore de retomber dans une situation de guerre comme celle que nous avons connue. On pensait, depuis dix ans, que le Tchad avait pris la bonne direction. Mais cette paix, où le pays est pris en otage par une partie de ses citoyens qui sont armés, n’est pas une vraie paix. Quand on demande un dialogue inclusif, c’est parce que ce dialogue-là doit nous amener à nous asseoir, tous les Tchadiens. Aujourd’hui, le président Déby, en faisant de la guerre au nord une affaire vraiment personnelle, est en train d’aggraver la situation. Il est dans une erreur grave. C’est même une faute politique qu’il est en train de commettre, en excluant pratiquement tout le pays de ce qu’il est en train de faire. On n’a même pas droit à l’information. Tout le monde se demande ce qu’il se passe. Les seules sources d’information sont celles de la rébellion, mais le gouvernement reste muet sur cette question.

    Pourquoi dites-vous « une affaire personnelle » ?

    On constate simplement le déplacement des troupes. On constate que l’aviation a été mobilisée. On constate qu’il y a des milliers de voitures militaires qui sont entrées par le Soudan, qui ont été achetées pour l’armée nationale. On constate que beaucoup d’argent est dépensé dans cette guerre qui ne dit pas son nom. Il y a des crimes de guerre qui sont commis par l’armée tchadienne. Je pense que tout cela devrait rentrer dans l’ordre, si on acceptait vraiment d’en faire une affaire nationale et qu’on ouvre un dialogue sur toutes ces questions-là, y compris les questions de l’Extrême-Nord du Tchad.

    Vu de Paris, le Tchad est, avec la Mauritanie, l’un des deux piliers militaires du G5 Sahel. Est-ce que cela ne vous isole pas, vous, les opposants tchadiens sur la scène franco-africaine ?

    Oui, bien entendu que depuis que Déby a su se positionner dans cette affaire de lutte contre le terrorisme, il a maintenant la faveur de tout le monde, de tous les pays occidentaux, de toutes les organisations internationales.

    Il était au premier rang, sous l’arc de Triomphe, lors des cérémonies du 11 novembre, avec son épouse Hinda.

    Oui. Evidemment, lorsque pour Trump, pour Macron ou pour Merkel, tous les grands de ce monde, on pense qu’il faut s’unir pour lutter contre le terrorisme et que c’est devenu la priorité des priorités dans le monde, et si l’on sait par ailleurs que Déby sait faire – il a une armée qui sait faire, une armée dont on peut se servir et c’est largement ce qu’on est en train de faire actuellement –, il faut bien qu’il soit payé en retour. Et qui pourrait perdre, en retour ? Ce sont évidemment les populations tchadiennes, parce qu’elles sont totalement exclues de tout ce jeu-là. Et, forcément, l’opposition. Mais je pense que tout cela est précaire.


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