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    Renault-Nissan : une affaire de fierté japonaise

    Carlos Ghosn avait déjà annoncé la volonté du groupe Renault-Nissan d'accroître ses investissements au Brésil. Reuters

    Neuf jours que Carlos Ghosn, l'ex-PDG de Renault et président de l'alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, dort en prison, suite à son arrestation au Japon pour des soupçons de malversations financières. Aujourd'hui, de hauts responsables de l'alliance doivent se retrouver pour la première réunion depuis qu'a éclaté l'affaire. Il sera forcément question de l'avenir de l'alliance et de l'équilibre des pouvoirs entre la partie japonaise et la partie française. D'ailleurs, beaucoup ont vu dans la mise en cause de Carlos Ghosn, une volonté des Japonais de reprendre la main, voire la démonstration d'une forme de nationalisme japonais.

    On a beaucoup glosé ces derniers jours sur l'hypothèse que les Japonais de Nissan, peut-être avec le soutien du gouvernement, auraient opéré un coup d'Etat pour reprendre le contrôle et éviter une fusion redoutée entre Renault et Nissan.

    On a en tout cas assisté à un renversement majeur. Il suffit d'entendre les mots du patron de Nissan, Hiroto Saikawa, vis-à-vis de son ex-mentor Carlos Ghosn, qualifié de « cerveau de la combine », pour voir à quel point l'immense respect voué au sauveur de Nissan peut se muer en mépris le plus éclatant.

    C'est faire peu de cas de la présomption d'innocence. Mais surtout, ça en dit long sur l'ampleur du ressentiment.

    Quelle part de nationalisme y a-t-il dans ce ressentiment ?

    Indéniablement, il y a de la fierté chez les dirigeants de Nissan. Un groupe né en 1911 lors de la glorieuse période Meiji. Avec tout ce que cela comporte d'idées de progrès, de conquête et d'orgueil national.

    Quand Carlos Ghosn et les équipes de Renault sont arrivés à la fin des années 1990, Nissan était au contraire au plus bas et luttait pour sa survie.

    Cette fierté, les Japonais ont dû la ravaler pour se laisser remettre sur pied par le Français, qui a le bon goût de n'être pas que français, mais aussi brésilien et libanais. Ce qui a pu dissiper le choc culturel et faire de l'homme d'affaires le ciment de ce mariage.

    Mais les divergences culturelles n'ont pas disparu et à mesure que le groupe Nissan gagnait en puissance, et prenait même le pas sur Renault, la cohabitation a paru de plus en plus humiliante pour les Japonais.

    Est-ce que l'opinion publique s'est elle aussi retournée contre Carlos Ghosn ?

    Cela faisait quelques années déjà que le public était choqué par la rémunération du patron de l'alliance, nettement plus forte que celle des plus grands dirigeants japonais. Mais il est difficile de dire si la société japonaise se débarrassera de l'héritage de Carlos Ghosn, de tout ce qu'il a apporté, une forme de culture cosmopolite, une ouverture sur le monde. Ses leçons de management sont enseignées dans les écoles.

    En même temps, il est un héros d'une série de mangas. Il incarnerait presque le Japon, même s'il n'a pas été traité comme un dirigeant japonais par la justice - les patrons nippons qui ont eu maille à partir avec la justice ces dernières années ayant pour beaucoup évité la prison, même quand ils ont été déclarés coupables !

    Qu'est-ce qui n'a pas marché dans le rapprochement franco-japonais Renault-Nissan ?

    Malgré tous les efforts de Carlos Ghosn, les identités de Nissan et Renault demeurent difficilement conciliables. Nissan est celle qui apporte la technologie, l'excellence en matière d'ingénierie. Et Renault celle qui l'apporte au client et récupére en partie la manne que rapporte Nissan, beaucoup plus que le groupe français.

    Il y a surtout la gouvernance, objet d'un bras-de-fer permanent depuis des années. Nissan ne supporte plus la prépondérance de Renault, matérialisée par ses 43% de participation dans Nissan et le droit de désigner ses dirigeants. D'autant que, derrière Renault, il y a l'Etat français, via sa participation dans Renault, et qui pousse depuis longtemps pour une fusion.

    Beaucoup voient dans l'affaire actuelle l'écho de la crise de 2015, quand l'Etat français avait augmenté un temps sa participation dans Renault et donc son poids dans Nissan. La fièvre était montée à Tokyo qui, depuis, vit dans la hantise de perdre définitivement le contrôle.

    Carlos Ghosn l'avait dit : les Japonais n'accepteront jamais une fusion tant que la relation sera jugée inéquitable pour Nissan.

    Les antagonismes nationaux sont là : avec une partie japonaise qui veut garder la main sur ses joyaux Nissan, et Mitsubishi...et la partie française qui entend rester aux commandes d'un groupe performant, pourvoyeur d'emplois dans l'hexagone.


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