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    Emmanuel Macron affaibli par les «gilets jaunes»?

    Le président de la République Emmanuel Macron le 20 novembre 2018. REUTERS/Yves Herman

    La France traverse depuis quelques semaines une grave crise sociale et politique avec les « gilets jaunes ». Avec celle-ci, Emmanuel Macron est-il affaibli sur la scène européenne et internationale ?

    Et bien la réponse est oui, et peut-être durablement. Arrivé tout feu tout flamme sur la scène internationale en mai 2017, le jeune et fringant Président avait de grandes ambitions. Il était regardé avec envie par de nombreux pays. L’optimisme était de retour sur le rôle que pouvait jouer la France en Europe et dans le monde : « France is back » entendait-on alors.

    L’Europe tout d’abord, qu’il avait placée au cœur de son projet. Le multilatéralisme ensuite. Mais, avec une Angela Merckel de plus en plus affaiblie, le moteur franco-allemand s’est mis à tousser et des tensions entre Paris et Berlin sont vite apparues.

    Au plan international, l’arrivée à la Maison Blanche de Donald Trump a renforcé la tentation isolationniste des Etats-Unis. Emmanuel Macron n’a pas réussi à faire évoluer le Président américain et les grandes démonstrations d’amitié du début ont fait place à une relation crispée. L’image du Président français à l’étranger s’était du coup un peu détériorée.

    Et puis arriva, en interne, le mouvement des « gilets jaunes »

    Cette crise n’est pas spécifiquement française, son mode opérationnel l’est beaucoup plus. Comme les Etats-Unis, comme d’autres pays européens, la France a payé cher la crise de 2007/2008... Pour les revenus intermédiaires et modestes, l'addition des différentes taxes a réduit comme peau de chagrin le revenu disponible toutes charges payées.

    Et voilà pourquoi, dans le pays qui est le 5e PIB du monde, une taxe nouvelle sur le carburant, outil indispensable à la mobilité pour ces travailleurs qui vivent souvent dans des campagnes désertées par les transports publics, a été la goutte d'eau qui a fait déborder le vase.

    Les « gilets jaunes », en renvoyant dans leurs cordes les corps intermédiaires - partis et syndicats notamment, ont déclenché une jacquerie fiscale violente, rageuse et parfois haineuse - laissant le jeune monarque républicain seul face à son peuple - sans filtre. Brutale confrontation qui fait parfois penser, exécration et espérances déçues mêlées - à Louis XVI face aux sans-culottes en 1792...

    Ils voient en Emmanuel Macron la parfaite incarnation de ces élites européennes chic et « geek »

    Des élitesdéconnectées et enfermées dans une doxa libérale, douce aux puissants et dure aux faibles. Et ce peuple, lui aussi hyper connecté, ou du moins la partie du peuple qui s'approprie la rue - 0,3% de la population - il faut aussi le dire, enragée contre le jeune président, clame : « Macron démission ! »

    Oui mais après ? Peu importe, semble-t-elle répondre, dans un geste désespéré de nihilisme politique. Mais voilà : la nature ayant horreur du vide, il y aurait forcément quelqu'un. Nous n'en sommes pas là, mais le pays est à la croisée des chemins à quelques heures de « l’acte IV » des « gilets jaunes ».

    En 2017, les Français ont choisi Emmanuel Macron sur les ruines d’un paysage politique explosé, stoppant la montée en puissance de Marine Le Pen. En 2022 – ou, qui sait, plus tôt, le pays se tournera-t-il vers une personnalité assumant un populisme décomplexé, comme l'ont fait déjà l'Italie, la Hongrie, la Pologne, l'Autriche et bien sûr les États Unis ?

    C’est pourquoi il faut espérer que le Président, en se changeant lui-même, pourra continuer à réformer le pays sans oublier une politique sociale pour autant. Ce faisant, il retrouverait, aussi, sa place sur la scène internationale.


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