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    Pour se retrouver en toute convivialité

    Jean-Baptiste Placca RFI

    Le tableau est à la fois plaisant et insolite: aux obsèques de George H. Bush, à l'intérieur de la cathédrale nationale, à Washington, retrouvailles entre Jimmy Carter, imperturbable, Bill et Hillary Clinton, tout sourire, Donald et Melania Trump, un peu crispés, Al Gore, quelque peu expansif, George W. Bush à la fois grave et souriant, Michèle et Barack Obama, resplendissants... Inimaginable, en Afrique, tant que les acteurs politiques ne parviendront pas à dissocier leur sort, leur vie, leur destin, des échéances électorales.

    Magali Lagrange : Cap sur Washington, où se déroulaient, ce mercredi 5 décembre, les obsèques de l’ancien président George Bush père. Vous voulez, justement, saluer la sérénité qui transparaissait de cette cérémonie, et qui nous a offert, dites-vous, le meilleur de la politique. Expliquez-vous !

    Jean-Baptiste Placca : Autour de la dépouille George Herbert Bush, il y avait, au total, cinq anciens présidents des Etats-Unis, plus l’actuel. Ce sont donc les leaders du monde libre de ces quarante dernières années qui étaient ainsi réunis. Seul manquait à l’appel Ronald Reagan, décédé, et dont George Bush a été vice-président, pendant huit ans, avant d’être élu, en 1988, puis battu, après un mandat, en 1992. George Herbert Bush n’a fait qu'un seul mandat, mais, jusqu’à sa mort, il y a une semaine, il était un des plus respectés des anciens locataires de la Maison Blanche. Le fait d’avoir été congédié par les électeurs n’entame en rien la place que peut lui conférer l’histoire, ou le prestige dont il peut jouir dans l’estime des Américains.

    Maître de ce que Franklin Roosevelt qualifiait de «science des relations humaines», George W. H. Bush a beaucoup reçu de la vie. Et lui, en retour, a donné, encore et encore.

    Mais qu’y avait-il donc de si séduisant, à ses obsèques ?

    Aux obsèques d’un tel homme, il règne fatalement une grande harmonie. Et le spectacle n’avait rien de superficiel. Les marques de civilité des uns envers les autres étaient d'une évidente sincérité, entre toutes ces personnalités dont certaines se sont violemment affrontées par le passé. Cela respirait le respect. Un profond respect, et même beaucoup de convivialité. Voilà qui nous ramène à l’Afrique, à la conception que certains ont parfois du combat politique, et dans de trop nombreux pays, hélas ! Des pays où la lutte politique en vient facilement à être, pour les acteurs, une affaire de vie ou de mort. Une affaire de haine aussi, hélas !

    Comment expliquez-vous cela ?

    Pour certains, la perte d’une élection est souvent vécue comme la perte de tout. Avec cette idée que le pouvoir est le lieu où l’on met la main sur le coffre-fort de la République, pour vivre et bien vivre. Et celui qui accède au pouvoir contrôle la manne qui permet de s’y maintenir, parfois longtemps, aussi longtemps qu'il saura bien manœuvrer... Celui qui perd une élection, et qui sait qu’il n’aura pas d’autre chance de briguer la magistrature suprême, peut être d'autant plus révolté, s’il n’a pas une certaine envergure politique. Parfois, ce sont ses partisans, ou quelques politiciens embusqués dans son écurie, qui croient tout perdre et sont prêts à semer le chaos, justement parce qu’ils n’ont plus rien à perdre.

    Le salut, pour l’Afrique, se situerait dans un sursaut collectif, pour que la politique cesse d’être un jeu à somme nulle. Ou, où le perdant perd tout, tandis que le gagnant confisque et contrôle tous les leviers de la richesse nationale.

    Un premier mandat appelant généralement un second, puis un troisième, dans certains cas, les autres, en face, peuvent facilement devenir fous…

    Le second mandat n’est pourtant pas automatique partout, aujourd’hui…

    Vous avez raison. Un président en place peut perdre une élection. Et donc, échouer à se faire réélire. Même s’il n’en est pas ainsi partout, il faut s’en féliciter. Non pas parce que nous aimons nous réjouir du malheur des autres, mais parce que c’est là un indicateur de la solidité d’une démocratie et des institutions. A ce sujet, nous devons faire amende honorable et reconnaître aux Malgaches l’efficacité de la disposition qui exige du président en place qu’il quitter ses fonctions, avant de briguer une réélection. Au point, d’ailleurs, que c’est le président sortant, arrivé en troisième position, qui se plaint d’avoir été… volé. Lorsque l’on pense à ce qui se passe dans tant d’autres pays, l’on est bien obligé de conclure que la Grande île, quelque part, est… visionnaire !

    Et cela peut aider, pour que règne une certaine harmonie au décès des grands noms de cette République.

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