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    Dr. Krug (OMS)«On est en train de voir une hécatombe sur les routes africaines»

    La mortalité routière coûte aux pays pauvres jusqu’à 5 % de leur Produit intérieur brut (PIB). Ici, un accident près de Johannesbourg, en Afrique du Sud (illustration). Antoine Decaux/Getty Images

    Le nombre de personnes tuées sur les routes africaines ne baisse pas. L'Afrique est le continent où le taux de mortalité routière est le plus élevé au monde (26,6 morts pour 100.000 habitants, contre 9,3 par exemple en Europe).  C'est ce qui ressort du dernier rapport mondial sur la sécurité routière, publié vendredi 7 décembre par l'Organisation mondiale de la santé. A l'échelle mondiale, une personne meurt sur les routes toutes les 24 secondes. Et les accidents de la route sont la première cause de mortalité pour les 5-29 ans. Le docteur Etienne Krug, directeur du Département Prévention de la violence et des traumatismes à l’OMS, est notre invité.

    RFI: L’Afrique est le continent qui paye le plus lourd tribut en matière de mortalité sur les routes alors que le taux de motorisation y est le plus faible au monde. Comment explique-t-on ce paradoxe ?

    Dr Etienne Krug, directeur du Département Prévention de la violence et des traumatismes à l’OMS. who.int

    Dr Etienne Krug: Nous voyons effectivement que les pays à revenus faibles n’ont que 1 % des véhicules du monde mais enregistrent 13 % de la mortalité sur les routes. Il s’agit donc d’une grande inégalité. On voit les pays en Afrique, en Asie, en Amérique latine qui se développent très rapidement, ce qui est une très bonne chose car c’est du développement économique. On voit de nouvelles routes, de nouveaux véhicules et de nouveaux conducteurs prendre la route. Malheureusement, tout cela n’est pas accompagné de mesures de sécurité routière nécessaires et l'on est en train de voir une hécatombe sur les routes africaines et, par conséquent, une grande contribution aux 1 350 000 morts dans le monde.

    Ce sont les piétons qui sont les plus vulnérables ainsi que les cyclistes. Ils représentent à eux seuls 44% des tués sur les routes, en Afrique. Pourquoi ?

    Nous voyons des villages où il y avait une piste en terre et où les enfants pouvaient jouer, courir et où on pouvait circuler à vélo, tranquillement parce que les véhicules ne pouvaient pas aller à plus de 15 ou 20 km/h. D’un jour à l’autre, cette piste est transformée en route goudronnée mais malheureusement l’éducation et les limites de vitesse ne suivent pas. Souvent, l’infrastructure n’est pas adéquate, c‘est-à-dire que l’on oublie de construire des pistes cyclables ou encore des trottoirs pour les piétons et du coup, on paye un tribut énorme. Ce sont des enfants qui vont à l’école ou encore des personnes à vélo le long des routes qui se font écraser tout simplement parce qu’on les a oubliés.

    Cela veut dire que le développement de la circulation se fait avant tout le reste ?

    Oui. On est en train de répéter les mêmes erreurs que nous avons faites en Europe et dans les pays développés. On a ainsi donné priorité à la voiture et on néglige les moyens de transport plus durables, c’est-à-dire la marche, le vélo et les transports publics sécurisés.

    Qui sont les bons et les mauvais élèves africains ?

    Franchement,  je n’ai pas la réponse parce que notre objectif est surtout de tirer la sonnette d’alarme sur le fait que, dans tous les pays, on peut faire beaucoup mieux. Tous les gouvernements du monde y compris les gouvernements africains qui ont fait la promesse, en adoptant les objectifs de développement durable de réduire de 50 % les décès sur les routes entre 2015 et 2020 peuvent faire mieux car on n’est pas du tout sur la bonne voie. A ce rythme-ci, on ne va jamais arriver à cette réduction car en fait, c’est une stagnation que nous voyons. Ce que nous voyons également, c’est que dans les pays les plus pauvres, aucun de ces pays n’a vu une réduction de leur nombre de décès sur les routes, dans les trois dernières années.

    Justement, quel est le rôle que jouent ou doivent jouer les gouvernements dans la sécurité routière ?

    Les gouvernements ont un rôle primordial. Il faut que ce soit le gouvernement, dans son entièreté, qui prenne cette décision parce que c’est un problème de transport mais c’est aussi un problème de police, de soins de santé et d’éducation.

    Il faut que les gouvernements prennent le leadership et les responsabilités doivent être claires pour s’attaquer à ce problème. C’est à ce moment-là que l’on peut voir vraiment le nombre de décès qui diminue. Il s’agit d’avoir les bonnes lois et de les mettre en œuvre, avoir des régulations qui obligent les constructeurs à vendre des véhicules sûrs, avec toutes les mesures de sécurité appropriées et puis, il s’agit également de travailler l’infrastructure pour éviter que l’on construise des routes sans moyens de circulation pour les piétons ou encore  pour les cyclistes.

    Et pourtant la plupart des pays du continent ont des lois relatives à la vitesse ou à la consommation d’alcool, etc. Est-ce que c’est leur application qui fait défaut ?

    Ce sont les deux. Il y a des lois mais ce ne sont peut-être pas toujours des lois de qualité optimale. Et puis, en effet, quand il y a une loi, elle n’est pas souvent mise en œuvre. Il faut qu’il y ait plus de contrôles de vitesse, d’alcool au volant, du port du casque pour les motards et de la ceinture de sécurité.

    Quand vous dites des lois pas optimales, est-ce à dire qu’elles devraient être plus sévères ?

    Oui. Dans certains pays, les limites de vitesse, par exemple en zone urbaine, sont encore trop élevées. Dans certains pays, la limite d’alcoolémie est trop élevée. Dans certains pays, il n’y a toujours pas de loi pour le port du casque pour les passagers avant et arrière, sur les motos. Par conséquent, oui, il y a encore du travail à faire par rapport à la qualité des lois et leur mise en œuvre.

    A quoi peut-on s’attendre, en Afrique, pour les années à venir ? Est-ce qu’on peut compter sur une baisse de la mortalité sur les routes ou bien c’est compliqué ?

    Ce n’est pas compliqué. C’est à portée de main. On sait ce qu’il faut faire mais il faut qu’il y ait une volonté politique sérieuse de s’attaquer au problème. Si ce n’est pas le cas, on risque de voir une augmentation continue pendant les dix, quinze années à venir.

    Et l’urgence, si on veut inverser la tendance sur les routes africaines, quelle est-elle ?

    Je crois que c’est une prise de conscience, de la part des décisionnaires, qu’il faut impérativement et de toute urgence s’attaquer à ce problème. Prendre conscience que l’excuse de ne pas avoir d’argent n’est pas une bonne excuse - en effet, les mesures de sécurité routière ont un coût/efficacité important - que l’insécurité routière n’est pas une fatalité, que ce n’est pas le prix à payer pour le développement, qu’il ne faut pas que la cause première de décès chez les jeunes soit la sécurité routière parce que l’on sait ce qu’il faut faire et que le coût à payer est bien trop élevé pour notre mobilité.


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