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    Sydia Touré (Guinée): «Cette gouvernance-là ne nous permettrait pas d’avancer»

    Sidya Toure, président du parti d'opposition guinéen UFR, l' Union des forces républicaines, était Le Haut représentant du chef de l'Etat en Guinée. AFP / Seyllou

    Le Haut représentant du chef de l'Etat en Guinée claque la porte. Sidya Touré a annoncé sa démission hier mardi sur Twitter. Cela faisait trois ans que cet ancien Premier ministre et président du parti d'opposition UFR - Union des Forces Républicaines - collaborait avec le président Alpha Condé. Sidya Touré est, ce mercredi matin, l'invité de RFI. Il revient sur les raisons profondes de sa démission.

    RFI : Pourquoi avez-vous décidé de démissionner de votre poste de Haut représentant du chef de l’Etat ?

    Sydia Touré : Tout simplement parce qu’il était temps. En près de trois ans, je me suis aperçu depuis un certain temps bien sûr que je n’arrivais pas à influer sur la marche des choses. Et comme tout cela ne va pas très bien notamment dans les domaines économiques qui m’étaient chers, j’ai pensé qu’il valait mieux ne pas continuer l’expérience.

    Très concrètement, sur quoi souhaitiez-vous influer lorsque vous êtes arrivé ce poste, il y a trois ans ?

    En sortant des élections présidentielles de 2015 qui était des élections extrêmement contestées, je me suis aperçu de l’Etat de délabrement dans lequel mon pays se trouvait. J’avais le choix, continuer de contester ou peut-être de manière gracieuse, sans budget, sans salaire, apporter mon expérience à ce que les choses aillent mieux. C’est vraiment la raison pour laquelle j’ai accepté ce poste. Et dans ce domaine au niveau de l’agriculture, au niveau de la santé et de l’éducation, au niveau de l’électricité, nous avons tenté de monter des dossiers, de travailler là-dessus et honnêtement rien n’a abouti. Je me suis rendu compte que cette gouvernance-là ne pouvait pas nous permettre d’avancer dans le sens que je souhaitais.

    Cela fait plusieurs semaines que la Guinée est également en proie à des tensions politiques et sociales. Est-ce que ça a pesé dans votre décision de démissionner ?

    Bien sûr parce que nous avons connu des élections encore plus contestées lors des communales qui ont eu lieu depuis le 4 février. Nous sommes le 12 octobre aujourd’hui, nous n’avons toujours pas fini de mettre en place les exécutifs communaux, c’est vous dire à quel point cela se fait à la carte selon le bon vouloir du pouvoir. Et partout, nous avons eu non seulement des contestations, mais parfois des affrontements. Beaucoup de nos militants ont été mis en prison et je ne vois pas pourquoi on aurait pu continuer à faire semblant de cautionner cela. Je ne fais pas partie du gouvernement. Je n’ai pas souhaité y envoyer des gens de mon parti. Et comme je n’ai pas non plus réussi à inverser disons ces faits que je viens de vous dire et bien cela ne me semblait pas normal de continuer cette expérience-là.

    Est-ce que vous avez annoncé votre décision au président Alpha Condé directement ?

    Bien sûr que je lui ai envoyé une lettre bien motivée pour lui expliquer les raisons, mais depuis un certain temps nous n’étions absolument pas en accord sur des sujets encore plus nombreux. En sortant de ces élections, nous avons vraiment eu une fraude, mais alors à des niveaux insoupçonnés, mais l’idée qu’on ne puisse même pas se mettre d’accord pour mettre en place les mairies depuis dix mois cela me semble tout simplement inadmissible.

    Comment le président Alpha Condé a-t-il accueilli votre départ ?

    Ecoutez ça, il ne me l’a pas dit puisque je lui ai envoyé une lettre. Bon, je n’ai pas eu de réponse par rapport à ça, mais je ne pense pas que cela soit assez important. Comme je vous l’ai dit, j’ai fait un travail bénévole, je souhaitais que cela soit comme cela pour garder ma liberté et continuer à être dans ma position de chef de parti. C’est cette collaboration que j’ai souhaité arrêter aujourd’hui et essayer de me tourner vers la préparation des élections législatives qui vont avoir lieu et essayer de donner une nouvelle réorientation à notre pays qui honnêtement ne va pas dans la bonne direction.

    Est-ce que ça veut dire que vous allez reprendre une place active au sein de l’opposition guinéenne ?

    En réalité, je n’ai jamais quitté l’opposition. Disons que je serais beaucoup plus actif. C’était plus difficile d’être un conseil et en même temps de dénoncer un certain nombre de vérités. Disons que je me suis libéré de ce côté-là. Je reste toujours quelqu’un qui est opposé à la manière dont les choses se font. Pas forcément dans les mêmes proportions que l’opposition républicaine veut dire, mais nous serons un groupe de parti qui allons travailler à former une coalition d’opposition, qui fera de l’opposition républicaine, mais qui ne contestera pas moins le système de gouvernance que nous avons dans notre pays.

    Cela fait deux mois que les enfants ne vont pas à l’école en Guinée, on n’a pas été en mesure de proposer des solutions pour résoudre cette question de grève des enseignants. Je crois que pour un Etat, pour un pays, c’est tout simplement dramatique. C’est l’avenir de ce pays qui est en jeu. Sur les questions minières, je suis intervenu pour que les immenses ressources que nous tirons de l’exploitation minière soient consacrées à l’agriculture pour permettre à 75% de nos compatriotes de participer au développement économique et social de notre pays. Sur l’électrification, nous n’avons pas réussi à avoir jusqu’à présent 5 ou 10% d’électrification dans ce pays.

    Donc il y a des choses pour lesquelles nous avons fait des propositions extrêmement concrètes et pour lesquelles nous n’avons obtenu aucun résultat. Donc nous allons revenir sur ces questions-là et nous allons les porter surtout à la connaissance de la population. Ce qui n’avait pas été correctement fait. Et aussi le porter à l’Assemblée nationale où nous avons le présent groupe parlementaire.


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