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    Rachid Ndiaye: «Non, il n'y a pas de militarisation du régime» en Guinée

    Le ministre d'État guinéen Rachid Ndiaye. RFI / Christophe Boisbouvier

    En Guinée Conakry, Sidya Touré, le haut représentant du président Alpha Condé, a démissionné cette semaine pour dénoncer une mauvaise gestion économique du pays et un déficit de démocratie. L’un des sujets qui font polémique, c’est la participation de l’armée à des opérations de maintien de l’ordre. Peut-on parler d’une militarisation du régime ? Rachid Ndiaye, ministre d’Etat et conseiller spécial du président Alpha Condé est de passage à Paris, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.

    Pour expliquer sa démission, Sidya Touré, le haut représentant du chef de l’Etat, déplore une mauvaise gestion de l’économie. Par exemple, il dénonce les barrages hydroélectriques et les centrales thermiques qui ne fonctionnent pas. Et à la fin de tous ces chantiers, pas plus de 10% des Guinéens auront accès à l’électricité, accuse-t-il.

    Rachid Ndiaye : Je crois qu’il faut regarder les choses méthodiquement. Quand le président Alpha Condé arrive au pouvoir en 2010, la capacité énergétique du pays est de 110 mégawatts. Depuis son arrivée au pouvoir, il y a 8 ans, aujourd’hui avec le barrage de Kaléta qui à lui tout seul fait 240 mégawatts, cela veut dire pratiquement qu’on a le double de ce qui existait avant. On a commencé le projet de Souapiti, qui est en voie d’achèvement, qui va tripler la capacité énergétique du pays. Sur la question de l’énergie, il faut quand même reconnaître qu’il y a beaucoup, beaucoup d’efforts qui ont été faits dans ce sens, mais en même temps, c’est vrai que la population a besoin davantage d’énergie, davantage de consommation, ce qui nécessite de s’engager dans ces grands projets. La desserte d’électricité s’est beaucoup accrue dans le pays.

    Sur le plan politique, Sidya Touré fait la même analyse que le numéro un de l’opposition, Cellou Dalein Diallo. Il vous reproche, suite aux élections communales de février 2018, de violer l’accord du mois d’août dernier sur l’installation des élus locaux et de corrompre ces élus, ces maires pour vous assurer le contrôle d’une large majorité de ces communes avant les prochaines élections…

    Non, je crois que cela relève de la surenchère, parce que vous savez, aujourd’hui sur les 342 communes en jeu en Guinée, pratiquement les municipalités ont été installées partout. La polémique en question porte aujourd’hui sur moins de 1% des communes, c’est-à-dire sur une dizaine de communes, qui font l’objet de discussions.

    Oui, mais ce sont des communes importantes…

    Oui, mais c’est vrai aussi que, dans cet accord politique, l’opposition est très exigeante sur beaucoup de paramètres, alors que cet accord politique en fait est destiné à trouver des points de convergence.

    Au cœur des tensions en Guinée, il y a les violences policières. L’opposition affirme que, depuis huit ans, une centaine de manifestants ont été tués par les forces de l’ordre. Et il y a un mois, le 14 novembre, le ministre de la Citoyenneté et de l’unité nationale Khalifa Gassama Diaby a démissionné en dénonçant la violence d’Etat…

    Non. Je crois que les éléments qui sont évoqués sont des éléments qui concernent la violence en général. La violence générale comprend toute une série d’acteurs, que ce soit des civils et des militaires. Le gouvernement a pris des mesures pour justement mettre fin à cette violence, donner dans certaines zones qui sont confrontées à cette difficulté la possibilité que la vie quotidienne reprenne normalement, c’est-à-dire que les voitures puissent circuler, que les commerçants puissent continuer à exercer leurs activités et que les gens ne soient pas sortis de leur voiture sur des critères parfois irrationnels : appartenez-vous à telle ou telle communauté ? Je crois d’ailleurs qu’au sein de l’opinion, cette volonté technique de prévenir la violence, c’est un élément important. Evidemment, il y a eu beaucoup de discussions sur pourquoi on a installé les PA.

    Les PA ?

    Les PA, ce sont les points de sécurité [points d'appui, ndlr] qui ont été installés dans certains quartiers qui étaient confrontés à la violence. Et le maintien de l’ordre est assuré par la police et la gendarmerie. L’armée ne peut intervenir qu’exceptionnellement dans le cadre de la loi 009 qui, dans des circonstances exceptionnelles, peut donner à l’armée la possibilité d’accompagner les forces de sécurité la nuit, dans le cadre de la prévention contre la violence, la criminalité, comme on voit l’opération Sentinelle ici [en France].

    Mais pourquoi les policiers, les gendarmes qui tirent à balles réelles sur les manifestants ne sont jamais sanctionnés ?

    Je crois que vous avez suivi le ministre de la Justice, qui rappelle toutes les procédures qui sont en cours aujourd’hui, et les forces de l’ordre ne tirent pas à balles réelles sur les populations. C’est une présentation qui est un peu excessive. Mais cela concerne également les organisateurs de manifestations. Comparaison n’est pas raison, vous voyez que les « gilets jaunes » n’ont pas demandé l’autorisation de marcher à Paris. Vous avez vu les conséquences que ça a données. A Conakry aussi, cette volonté de certaines organisations de déclencher des mouvements dans différents quartiers sans au préalable se mettre d’accord avec les autorités sur l’itinéraire, le processus. Cela pose beaucoup de difficultés.

    Vous parliez de l’armée. Depuis le 22 novembre, policiers et gendarmes reçoivent le renfort de militaires pour maintenir l’ordre, notamment sur le principal axe de circulation de Conakry. Est-ce qu’on ne peut pas craindre une militarisation du régime ?

    Non. Pas plus qu’à Paris. Il faut apporter une réponse aux situations de terrain. Et encore, je vous fais remarquer que les militaires ne sont pas présents dans la journée. Ils ne sont présents que dans des patrouilles mixtes qui ont lieu la nuit. Dans la journée, ils sont dans une position statique. En même temps, ces PA [point d’appui] n’ont pas vocation à rester dans les mêmes quartiers, les PA ont vocation à s’installer dans toutes les zones où les risques de violence peuvent être inscrits sur le terrain.

    De Lansana Conté à Moussa Dadis Camara, les militaires occupent une grande place dans l’histoire de votre pays. Est-ce qu’on ne peut pas craindre un retour de ces militaires sur le devant de la scène politique ?

    Non. Je ne pense pas. La Guinée a fondamentalement changé. L’armée guinéenne aujourd’hui est une armée républicaine, une armée formée. Et d’ailleurs, je vous fais remarquer que, dans ces patrouilles, les militaires sont tous dotés d’un code de bonne conduite, un fascicule qu’ils ont à la main dans lequel ils apprennent à la fois leurs droits et leurs devoirs au cours des manifestations. Je crois qu’il y a un consensus général aujourd’hui sur l’idée qu’on ne peut plus prendre le pouvoir par la force. Les réformes des services de sécurité ont été menées avec l’appui d’un homme comme le général français Clément-Bollée, qui disait que ce n’est pas une réforme, c’est une révolution. Je crois que c’est un des atouts importants aujourd’hui pour la Guinée, pour consolider la démocratie, pour faire que le jeu politique ne soit pas basé sur ce genre de considération.

    A quand le procès des auteurs présumés du massacre du 28 septembre 2009 ? [lors d’un meeting de l’opposition où des milliers de manifestants s’étaient rassemblés dans le stade de Conakry (pour dire « non » à une candidature à la présidentielle de Dadis Moussa Camara, alors chef de la junte), lorsque des militaires ont surgi puis ouvert le feu à l’arme automatique. Selon l’ONU, au moins 156 personnes ont été tuées et 109 femmes ont été violées, dont certaines ont été emmenées de force dans des camps militaires puis réduites en esclavage sexuel pendant des jour, ndlr].

    Je crois que les dernières dispositions sont prises selon les déclarations du ministre de la Justice. Je crois que là, encore une fois, le principe est déjà acquis. Il est déjà validé de n’accepter aucune impunité. Personne ne sera protégé, comme le président de la République a pu le dire lui-même. Mais malheureusement, les procès de cette nature, pas spécialement en Guinée mais partout ailleurs, ça prend du temps, parce qu’il faut réunir tous les éléments, les témoins, faire des enquêtes en amont. Je pense que là, on va arriver à sa phase opérationnelle.

    « La phase opérationnelle », voulez-vous dire que ce procès pourrait avoir lieu dans le premier semestre 2019 ?

    L’année 2019, je pense que le procès aura lieu, selon les assurances qui ont été données par le ministre de la Justice sur l’évolution. Il n’a pas donné de date précise, mais objectivement, on évolue vers une date raisonnable.

    Légalement, le mandat des députés expire le 31 décembre à minuit, mais les législatives n’auront pas lieu d’ici là ?

    C’est encore une réalité qu’il faut mettre en avant, à savoir qu’en Guinée, ce n’est pas le gouvernement qui organise les élections. L’élection est supervisée, organisée par une Commission électorale nationale indépendante [Céni], qui est composée sur une base paritaire -10 membres de l’opposition, 10 membres de la majorité-, qui propose au chef de l’Etat un chronogramme. La Céni doit prendre ses dispositions le plus rapidement possible, parce que, si on regarde techniquement aujourd’hui, je crois que la date est quand même consommée.

    C’est-à-dire qu’on ne pourra pas voter avant le 31 décembre…

    Ça, je ne le pense pas.

    Cela veut dire qu’il y a un glissement. On ne votera qu’au premier semestre 2019 ?

    Je crois que je serais heureux que la Céni propose une date raisonnable. Mais le problème, c’est que, quand on accepte le principe d’une Céni qui est indépendante, on ne peut pas prendre la décision à sa place.

    C’est un secret de Polichinelle, Alpha Condé veut un troisième mandat, dit le numéro un de l’opposition Cellou Dalein Diallo. Peut-on envisager une révision de la Constitution pour permettre au chef de l’Etat de se représenter en 2020 ?

    Là, nous sommes dans la surenchère politique. Comme le président dit toujours, lui pour l’instant, il se consacre aux chantiers de redressement, aux chantiers qui permettent de changer économiquement le pays, d’améliorer les conditions de vie des populations, d’apporter l’électricité, d’apporter l’eau. Il faut laisser aux hommes politiques la responsabilité de prêter au président l’intention qu’il n’a pas manifestée, en tout cas au moment où nous parlons. Mais en même temps, la question de la Constitution, ce n’est pas une question taboue. La Constitution actuelle n’a pas été adoptée par le Parlement actuel. La Constitution actuelle a été adoptée par un Parlement de transition en 2010.

    Avant l’élection d’Alpha Condé…

    Voilà. Avant l’élection du président Alpha Condé. De quelle manière le peuple peut être consulté pour donner son opinion sur cette Constitution ? Cela, ce sont des éléments de débats. Mais je crois qu’on va avoir droit tout le temps à cela jusqu’à 2020. Mais de toute façon, au moment opportun, on sortira de la zone d’ombre pour savoir dans quelle direction va le pays.

    Il n’y a pas de « tabous », dites-vous. Donc on peut envisager en effet cette révision de la Constitution ?

    Non, ce que je veux dire, c’est qu’une Constitution n’est jamais fermée à l’infini. Une Constitution à un moment donné a toujours besoin d’être enrichie. Mais il faut que le débat soit décroché de la personne du président. Qu’est-ce que les Guinéens ont besoin d’avoir dans la Constitution pour l’avenir, en termes de nouveaux enjeux aujourd’hui : modernisation, représentation équitable des hommes et des femmes, lutte contre les périls du moment -terrorisme, péril climatique-, représentation de la diaspora à l’étranger... Il y a beaucoup d’éléments qui font partie du débat quotidien. Mais ce sont les pouvoirs politiques qui vont décider quelle option.

    Donc, quoi qu’il arrive, la Constitution sera retouchée avant la fin du deuxième mandat du président ?

    Ça, on ne sait pas, on n’a pas d’éléments d’appréciation sur cela. Ce qui est clair, c’est que, dans l’absolu, une Constitution peut être améliorée. Une Constitution peut même changer, mais cela dépend un peu de l’évolution politique du pays, ça dépend de la manière dont le débat est vécu dans la société. Parce qu’il y a un débat dans la société, c’est clair qu’il y en a un. Il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre. Tous ces éléments existent déjà sur le terrain indépendamment des hommes politiques et de la classe politique.


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