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    Jean-Bernard Padaré: «Le Tchad subit une crise planétaire»

    Jean-Bernard Padaré à gauche. AFP/Seyllou

    Le président français Emmanuel Macron est attendu au Tchad, en fin de semaine prochaine. Sa visite devrait être notamment marquée par des questions économiques et de sécurité. Jean-Bernard Padaré est avocat, secrétaire national pour les questions juridiques et d'éthique politique, au MPS, le parti au pouvoir et répond aux questions de Magali Lagrange.

    RFI : Le président français, Emmanuel Macron, sera en visite au Tchad, en fin de semaine prochaine, les 22 et 23 décembre. Quels sont les principaux sujets qui vont être abordés avec lui ?

    Jean-Bernard Padaré: Cela relève de la discrétion du chef de l’Etat, Idriss Déby Itno et du président Macron. Il y aura bien évidemment la lutte contre le terrorisme, le problème du G5 Sahel et bien-sûr le problème du développement du Tchad.

    Sur les questions de sécurité justement, on imagine qu’il sera question de Boko Haram. On assiste, en ce moment, à une montée, une remontée peut-être, peut-on dire, en puissance de Boko Haram autour du lac Tchad. Est-ce que le président Idriss Déby va demander un soutien particulier à la France ?

    Montée en puissance, je ne crois pas. Boko Haram essaie de faire parler de lui mais, en réalité, Boko Haram est déjà contenu. Dans la région du lac Tchad surtout, je pense que le président a mis les moyens nécessaires.

    Mais à la fin du mois dernier, le président Idriss Déby, ses homologues du Nigeria, du Niger ainsi que le Premier ministre camerounais ont demandé le soutien de la communauté internationale pour lutter contre Boko Haram. Est-ce que la France va être particulièrement sollicitée ?

    La France était un partenaire important dans la lutte contre Boko Haram dans la zone du lac Tchad et donc, bien évidemment, son appui sera le bienvenu.

    Il y a des affrontements, en ce moment et depuis quelque temps, dans le Tibesti, dans le nord du Tchad. Est-ce que ce sera un sujet abordé avec Emmanuel Macron ?

    Vous savez, on ne peut pas préjuger de ce qui va être discuté mais, bien évidemment, on peut imaginer que le sujet peut être évoqué. Néanmoins, de là à faire l’essentiel de leurs discussions, je ne crois pas. Je pense qu’il y a quelques aventuriers qui pensent toujours que le Tchad est un terrain où on peut s’amuser à faire n’importe quelle revendication, par voie armée. Le président a décidé de rétablir la souveraineté de notre pays sur cette portion qui fait l’objet de trafics et donc, c’est ce qui est en train d’être fait.

    Les syndicats ont suspendu leur mouvement de grève au mois d’octobre, il y a un mois et demi. Pendant près de cinq mois, les fonctionnaires, principalement, ont protesté contre les coupes de leurs revenus en raison des mesures d’austérité mises en place par le gouvernement tchadien. Le mouvement est, pour l’instant, suspendu mais pas annulé. Quelles sont les mesures que vous allez mettre en place pour éviter une reprise de cette grève ?

    Vous savez qu’il y a un accord qui a été signé. Des mesures concrètes y ont été consignées. Le gouvernement assumera sa part de responsabilité mais il faut aussi que les syndicats prennent conscience que le Tchad subit une crise qui est planétaire. Nous sommes confrontés à une situation très difficile où on est sous programme du Fonds monétaire international qui a demandé à ce que la masse salariale du Tchad diminue à peu près de 30 milliards. Par conséquent, l’assainissement des fichiers au niveau de la solde, le nettoyage des fichiers de fonctionnaires ou encore le contrôle des diplômes, tout est déjà lancé. Il y a un comité de suivi comprenant, bien évidemment, les partenaires sociaux. Il faut que chacun respecte ses engagements et c’est le Tchad qui gagnera.

    Dans une interview sur notre antenne, il y a trois semaines, le député Saleh Kebzabo, chef de l’opposition politique tchadienne, pointait du doigt la corruption quasi institutionnelle au Tchad. Est-ce que c’est ce qui explique, selon vous, la situation économique actuelle ?

    Cela n’a rien à voir mais je laisse, à ce monsieur, la paternité de ses propos. Je pense que la corruption dont il fait état est combattue parce que le président a mis tous les moyens en œuvre de façon à ce que les détournements de deniers publics soient traqués et punis mais cette lutte contre la corruption doit faire objet de la mobilisation nationale.

    Le député Saleh Kebzabo, sur notre antenne, s’est exprimé sur le changement de Constitution. Le Tchad est passé à la quatrième République et il n’y a plus de Premier ministre. Saleh Kebzabo a affirmé que le chef de l’Etat devait être désormais un peu partout et qu’il convoquait, par exemple, des maires d’arrondissement pour parler du curage des caniveaux. Alors, pour vous, ça marche ou pas, un président qui doit tout faire, sans Premier ministre ?

    Le président devenant chef de l’Etat et chef du gouvernement, je ne vois rien d’anormal qu’il convoque les maires quand il reçoit les plaintes de nos concitoyens. Je vous assure que quand il se déploie sur le terrain, les solutions sont apportées.

    Des élections législatives sont prévues. Elles devaient, en principe, avoir lieu en novembre dernier. Elles ont été reportées à plusieurs reprises. Pourquoi ne se sont-elles pas tenues, en novembre ?

    Elles ne se sont pas tenues parce que nous avons des difficultés économiques. Pour nous, c’est vrai, les élections législatives sont essentielles. Le président a fait inscrire au budget 2019, 30 milliards de francs CFA mais nous attendons l’appui de nos partenaires.

    Alors, elles auront lieu, ces élections, en 2019 ?

    Tout à fait. C’est la promesse du chef de l’Etat.

    Savez-vous quand ?

    Je ne saurais vous le dire mais je sais qu’en 2019, ces élections auront lieu. Les élections communales tout comme les élections législatives interviendront.

    Sur les propos tenus par le député d'opposition Saleh Kebzabo, sur notre antenne: Une entrevue à (re)découvrir ici.


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