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    Pérouse de Montclos: «on surdétermine l'élément religieux dans les conflits du Sahel»

    La couverture de «Déconstruire la guerre» aux éditions de la Maison des sciences de l’Homme Editions de la Maison des sciences de l’Homme

    Comment les chercheurs travaillent-ils sur des zones de conflit ? Sur quelles sources se basent-ils pour mener leurs études ? Marc-Antoine Pérouse de Montclos est politiste, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD). Il est spécialiste du Nigeria, et travaille notamment sur Boko Haram. Il vient de publier un livre intitulé Déconstruire la guerre aux éditions de la Maison des sciences de l’homme. Il y plaide pour un travail de terrain, mené auprès de toutes les parties d’un conflit.

    RFI : Quelles sont les principales sources que vous utilisez en tant que chercheur ?

    Marc-Antoine Pérouse de Montclos : On a des sources qui sont primaires, qui sont donc des entretiens avec les parties prenantes au conflit. C’est un grand message que je veux faire passer dans le livre, c’est effectivement de mener des entretiens avec toutes les parties au conflit. Cela veut dire concrètement, oui effectivement parler avec des jihadistes de Boko Haram, mais pas seulement, des forces de sécurité nigérianes ou camerounaises, il faut le faire aussi. Mais cela ne suffit pas. Des entretiens avec des victimes évidemment aussi. Puis après, on a des sources secondaires, ça va être la presse entre autres, ça va être aussi les livres publiés sur le sujet. Et là, on arrive dans les derniers chapitres du livre sur tous les enjeux méthodologiques qu’on peut avoir et toutes les théories avec lesquelles on se débat. Il y a ce qu’on appelle le malthusianisme qui revient en force en ce moment sur l’Afrique, l’idée que finalement il y aurait trop de population en Afrique et que ça expliquerait pourquoi ça explose, pourquoi il y a des conflits armés. Ce qui ne marche pas comme théorie parce que ce n’est pas forcément dans les zones les plus densément peuplées qu’on voit des conflits, mais ça fait partie des théories sur lesquelles on est obligé de se débattre et de débattre aussi.

    Comment on a accès par exemple à des combattants de Boko Haram ?

    Des membres de Boko Haram, j’ai pu en voir certains en prison, d’autre en liberté par des connexions anciennes que j’ai sur la région. Il y a aussi la durée qui est importante parce que ça crée des liens de confiance. Après on a des difficultés pratiques qui font que les militaires peuvent vous fermer la route, vous interdire d’entrer dans la région ; le quai d’Orsay qui vous met des zones rouges, la recherche publique en France, on est fonctionnaire de la République française. Ce n’est pas pour nous des conseils aux voyageurs, ce sont des contraintes, ce sont des consignes. Donc on se débat avec tous ces défis pour essayer d’accéder au terrain et ce n’est évidemment pas très simple.

    Vous dites à un moment dans votre livre que ce n’est pas toujours facile de créer une relation de confiance avec un criminel de guerre, de lui serrer la main ou de partager un repas. Comment on fait cela justement, vous mangez avec eux ?

    C’est très compliqué. D’abord, il y a beaucoup d’imprévus. On essaie toujours de planifier un peu les choses. Et puis rien ne marche jamais comme on voulait. Donc on se retrouve quelquefois un peu par hasard, y compris il n’y a pas très longtemps au Maroc. J’ai rencontré un des cofondateurs d’al-Qaïda, je ne m’y attendais pas du tout. Et c’est quelqu’un qui connaissait celui qui a organisé les attentats d’al-Qaïda à Nairobi en 1998. Donc vingt ans après, j’ai rencontré quelqu’un qui en fait connaissait l’organisateur de ces attentats, il nous a raconté par le menu détail. Et c’était tout à fait surprenant. Maintenant, cette personne refusait de manger avec moi. Donc la question de lui serrer la main ne se posait pas puisque, de toute façon, d’elle-même elle ne le souhaitait pas. Par contre, il y a des gens à qui j’ai serré la main, dont je ne connaissais pas forcément tout le parcours et qui se sont révélés être des tueurs. Donc effectivement, cela fait partie des problèmes éthiques qu’on rencontre. On peut serrer la main de quelqu’un qui peut être un espion et on ne le sait pas. Il peut être un tueur et on ne le sait pas forcément. Et souvent, on n’arrive pas bien à planifier ni même à encadrer éthiquement la façon dont on va aller se retrouver à mener des entretiens avec des gens qui ont parfois du sang sur les mains, c’est vrai.

    Et pourquoi ces personnes choisissent de parler ?

    C’est une grande question. Je ne peux pas répondre d’une manière générale, car cela dépend des cas de figure. Mais il y a un exemple qui me vient tout de suite à l’esprit, de façon un peu impromptue. Quand j’ai mené des entretiens avec 51 membres supposés de Boko Haram dans des prisons du Niger, je m’attendais à énormément de refus de réponses. Et tout le monde voulait me parler. En revanche, il y a des groupes comme l’Armée de résistance du seigneur (LRA) ou le leadership de Boko Haram qui effectivement de toute façon ne veulent pas parler à des Occidentaux. Maintenant pourquoi les leaders d’autres groupes insurrectionnels souhaitent rencontrer un chercheur ? Je pense qu’il y a des questions de prestige. Ils essaient aussi d’instrumentaliser pour dire qu’ils ont une aura internationale, qu’ils ont un écho, qu’ils ont une résonnance.

    Parmi les facteurs qui sont censés expliquer les conflits, peut-être au premier titre de ses facteurs, il y a la religion, en tout cas c’est le facteur qu’on cite en ce moment beaucoup. Pour vous, la religion n’est jamais le seul facteur de déclenchement d’un conflit ?

    De toute façon, dans tous les conflits armés, car vous avez l’entrée par la pauvreté, par la pression démographique, par la question des ressources, ce n’est jamais monocausal.  Il y a tout un chapitre là-dessus sur ce que j’appelle la « jihadisation des conflits », pas tant d’ailleurs par les acteurs du conflit que par le regard qu’on porte sur ces conflits armés, qui sont tous vus maintenant sur une grille de lecture terrorisme lorsqu’ils se produisent dans l’Afrique sahélienne et musulmane. Donc effectivement, là on surdétermine l’élément religieux. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas du tout de cause religieuse, mais de là à faire de la religion ou de ce qu’on appelle par exemple la radicalisation de l’islam, le facteur d’explication des conflits qui aujourd’hui agitent l’Afrique sahélienne, c’est complètement délirant. C’est un contresens historique et on est vraiment très loin des réalités.

    Une note positive : la violence, les conflits, les guerres sont en recul dans le monde…

    Tout à fait, et cela c’est quelque chose que l’on ne veut pas tellement dire, excusez-moi, mais notamment dans les médias, car il faut bien vendre. Si tant est qu’on soit d’accord sur la façon de mesurer la violence, là les statistiques sont absolument indiscutables. On est effectivement sur un recul, une tendance lourde de diminution des taux d’homicides, pas seulement en Europe, mais aussi pour ce qu’on peut en savoir, en Afrique. Il y a moins de pays en guerre en Afrique aujourd’hui qu’il y en avait encore il y a vingt, trente ans. Si je regarde les tendances générales, oui l’Afrique n’échappe pas à un phénomène mondial qui est une diminution de la létalité. On ne peut que s’en réjouir. Mais il faut continuer de s’inquiéter des conflits qui, eux, perdurent.


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