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    Réfugiés: certains pays d'Afrique accueillent le plus de réfugiés au monde

    Céline Schmitt, porte-parole du HCR. ©RFI

    En Méditerranée, les bateaux de deux ONG allemandes, avec à leur bord quarante-neuf migrants, attendent toujours qu’un port veuille bien les accueillir. Une nouvelle situation de blocage qui a ému le Pape dimanche. François a adressé « un appel pressant aux dirigeants européens pour qu’ils fassent preuve de solidarité concrète à l’égard de ces personnes ». Plus de 2200 migrants ont trouvé la mort en 2018 en Méditerranée, et ce malgré la baisse sensible du nombre de départs depuis la Libye. Quel impact a la migration sur les pays du continent ? Céline Schmitt, porte-parole du HCR en France, répond aux questions de Pierre Firtion.

    RFI:  2 262 migrants sont morts l’an passé en Méditerranée. Un chiffre, certes, en diminution par rapport à 2017, mais un chiffre toujours aussi inacceptable. Face à cette situation, vous avez lancé un appel aux pays européens ?

    Céline Schmitt : Oui, effectivement, 2 262 personnes. Des hommes, des femmes, des enfants ont perdu la vie l’année dernière en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. C’est un chiffre qui est, certes, plus bas que celui de 2017, mais en comparaison au nombre d’arrivées, le taux de mortalité a augmenté. La Méditerranée est la route maritime le plus meurtrière au monde pour les réfugiés et les migrants et montre une fois de plus l’importance d’augmenter le sauvetage en mer, mais aussi des solutions de débarquement dans des ports sûrs, pour les personnes qui sont secourues. On a vu, dernièrement, que ce débarquement était compliqué, était souvent négocié au cas par cas, bateau par bateau et nous avons proposé qu’il puisse y avoir un mécanisme prévisible de débarquement en Europe, par les pays européens.

    Le nombre d’arrivées en Europe via la Méditerranée est en baisse. Les départs des côtes libyennes vers l’Italie ont fortement diminué. Comment est-ce que vous l’expliquez ?

    Effectivement, nous sommes retournés en fait à des chiffres d’avant 2015. La baisse des arrivées peut être expliquée pour différentes raisons. Tout d’abord, beaucoup de réfugiés - la majorité des réfugiés -, restent dans les pays voisins, les pays qui fuient, cela a souvent a été le cas, mais cela l’est toujours, quelque dix pays dans le monde accueillent plus de 60 % des réfugiés. Je pense que c’est important de s’en souvenir.  Ensuite, les politiques restrictives qui ont été mises en place, d’accueil de réfugiés, mais aussi en matière de sauvetage en mer, sont aussi une explication pour cela, puisqu’on a vu aussi qu’il y a eu des restrictions qui ont été mises en place pour les bateaux d’ONG qui faisaient du sauvetage en mer. Et là, il y a une chose qui est importante et qu’il ne faut pas oublier, il faut sauver des vies et le rôle des ONG est aussi extrêmement important pour sauver des vies. Il ne s’agit pas d’encourager les personnes à prendre des routes dangereuses, nous sommes les premiers à le dire. Il faut trouver d’autres possibilités dont les voies légales pour les réfugiés. Mais pour les personnes qui risquent leur vie il faut essayer de sauver leur vie et ensuite trouver des solutions.

    On parle là, de la Libye. On en a beaucoup parlé en 2017, avec cette vidéo de CNN. Est-ce que l’on sait aujourd’hui combien il y a encore de migrants qui sont établis dans le pays et est-ce que l’on connaît un petit peu leurs conditions de vie ? 

    Effectivement, nous avons un chiffre de réfugiés et de demandeurs d’asile qui sont enregistrés et qui sont un peu plus de 57 000. Donc 57 000 réfugiés et demandeurs d’asile qui sont enregistrés en Libye. Beaucoup sont détenus dans des centres de détention officiels. Nous n’avons pas les chiffres des personnes réfugiées ou migrants qui seraient détenus aux mains des passeurs. Nous avons mis en place depuis la fin de l’année dernière, depuis plus d’un an maintenant, un programme d’évacuation humanitaire pour les personnes en besoin de protection internationale, pour les réfugiés vers le Niger, mais aussi vers d’autres pays. Des évacuations directes qui se font vers l’Italie. Depuis la mise en place de ce programme, plus de 2 000 réfugiés ont été évacués. Nous avons pu, cette fois-ci fin 2018, mettre en place un centre de départ et de transit pour ces personnes. Il est vraiment important que nous puissions continuer ce programme. Et pour continuer ce programme d’évacuation humanitaire, nous avons besoin de la solidarité d’autres Etats - des Etats européens -, pour continuer à accueillir, au titre de la réinstallation les réfugiés, qui sont évacués au Niger.

    Là nous avons un petit peu le sentiment que, peut-être, l’Europe ne joue pas totalement le jeu. Beaucoup de ces migrants qui partent de la Libye restent au Niger et ont du mal à trouver un pays d’accueil à l’arrivée. Est-ce que ce n’est pas une réalité ?

    Il y a effectivement, un certain délai entre l’évacuation puis la réinstallation vers un autre pays. Nous avons appelé les Etats à continuer à offrir des places de réinstallation, que les processus de réinstallation puissent être plus rapides, effectivement, pour pouvoir continuer ce programme d’évacuation humanitaire. Parce que, si la réinstallation n’est pas mise en place rapidement depuis le Niger, nous n’aurons pas la possibilité de continuer au même rythme l’évacuation de Libye.

    On parle beaucoup de la migration du continent vers l’Europe. Mais rappelons que la migration est majoritairement intra-africaine ?

    Oui. Et là, encore une fois, si on parle de situation de réfugiés, il y a en Afrique des pays qui font partie des pays qui accueillent le plus de réfugiés dans le monde. Nous pouvons parler, par exemple, de l’Ouganda, du Soudan du Sud où maintenant plus de 2 millions de personnes sont réfugiées dans les pays voisins, sans compter les personnes qui sont déplacées à l’intérieur du pays, qui sont près de 2 millions aussi. La RDC, où il y a plus de 4 millions de personnes qui sont déplacées à l’intérieur du pays, la République centrafricaine, où là aussi, il y a encore plusieurs centaines de milliers de personnes qui sont réfugiées dans les pays voisins, y compris pour le Burundi.

    Dans de nombreuses situations, les personnes qui sont réfugiées vivent dans des conditions très difficiles, avec des problèmes d’accès à l’éducation pour les enfants, des problèmes d’abri, d’accès à des ressources… Et il faut trouver une façon d’aider, à la fois les réfugiés, mais aussi leurs hôtes, pour améliorer la vie de tout le monde. Et là, le Pacte mondial pour les Réfugiés prévoit, justement, une implication des acteurs du développement, comme la Banque mondiale, qui a mis en place des programmes d’aide pour les pays qui accueillent les réfugiés. Le secteur privé, qui a un rôle à jouer aussi. Et donc, s’il y a un partage de responsabilités entre ces différents acteurs, il y aura au bout du compte un meilleur accueil des réfugiés et aussi une meilleure assistance ou inclusion des populations qui accueillent les réfugiés.

     


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