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    Venance Konan: «Je rêve de la réconciliation, tout dépendra des mots de Gbagbo»

    L'ancien président de la Côte d'Ivoire, Laurent Gbagbo, lors de l'audience de confirmation des charges devant la Cour pénale internationale à La Haye le 19 février 2013. REUTERS/ Michael Kooren

    Comment analyser l’acquittement de Laurent Gbagbo ? Quelles conséquences son retour en Côte d’Ivoire pourrait-il avoir sur un plan politique ? Des questions que RFI a posées au journaliste Venance Konan, directeur du journal ivoirien Fraternité matin et auteur du livre « Si le Noir n’est pas capable de se tenir debout, laissez-le tomber… Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas l’empêcher de se tenir debout » paru en 2018 aux éditions Michel Lafon.

    Venance Konan, journaliste et écrivain ivoirien. RFI/DK

    Rfi : Venance Konan, il y a sept ans, le pouvoir a transféré Laurent Gbagbo à la CPI dans l’espoir qu’il serait condamné. Est-ce qu’aujourd’hui son acquittement ne marque pas l’échec de cette stratégie ?

    Venance Konan : Je ne sais pas si c’est la stratégie du pouvoir qui a échoué ou plutôt celle de la CPI. Après ce qui s’est passé avec le président du Kenya, Jean-Pierre Bemba et maintenant Laurent Gbagbo, je crois que c’est la CPI que l’on doit interroger.

    Il y a sept ans, le pouvoir cherchait à criminaliser Laurent Gbagbo. Est-ce qu’aujourd’hui il ne faut pas constater l’échec, en tout cas, de cette stratégie ?

    Mais vous savez, il y a beaucoup de victimes, beaucoup de gens qui ont été témoins de ce qui s’est passé. Et ces personnes-là s’interrogent sur cet acquittement. Il ne s’agissait pas de criminaliser de toutes les forces Laurent Gbagbo. Mais il y a eu des faits qui se sont passés ici et nous avons entendu - quand même -, à la radio et à la télévision, des appels au meurtre. Disons les choses par leur nom. Nous avons vu des barrages dressés par les Jeunes patriotes, il y a eu des gens qui ont été brûlés vifs… Cela aussi, ce sont des faits réels !

    Vous parlez de cette crise post-électorale de décembre 2010-avril 2011 ?

    Tout à fait. Lorsque nous avons vu monsieur Laurent Gbagbo refuser de reconnaître les résultats de l’élection, on l’a vu faire descendre ces gens dans la rue et les exactions qui ont été commises. Nous avons été témoins ! Cela fait qu’aujourd’hui, on s’interroge ! Donc, ce n’est pas que l’on cherche absolument à criminaliser monsieur Laurent Gbagbo, mais il y a eu des crimes qui ont été commis. Il y a eu 3 000 morts comptés par l’ONU ! Ce n’est pas une vue de l’esprit, ce sont des faits.

    Il y a la douleur des victimes de 2010-2011 et, au contraire, il y a la joie des partisans de Laurent Gbagbo. C’est un contraste très frappant. Est-ce que vous voulez dire que la Côte d’Ivoire est toujours aussi divisée aujourd’hui ?

    Oui, la Côte d’Ivoire est toujours divisée. Lorsque l’on me dit que la libération de monsieur Laurent Gbagbo va contribuer à la réconciliation, j’attends de voir ! Mais pour le moment il y a deux camps. Il y a un camp qui danse et qui crie, même, vengeance ! Et puis, il y a l’autre camp qui s’interroge. Il y a eu des victimes et autres. Ce qui fait peur, c’est que la première fois que l’on a annoncé la libération de monsieur Laurent Gbagbo, il y a eu des scènes de joie dans des quartiers qui sont très proches de monsieur Laurent Gbagbo et il y a eu des menaces envers des partisans de monsieur Alassane Ouattara. J’espère que cela ne va pas en être de même cette fois-ci.

    Et pourtant, quand on écoute tous les cadres du FPI de Laurent Akoun à Assoa Adou, on n’entend que le mot « réconciliation ».

    Oui. Et moi, je rêve, aussi, de cette réconciliation. Mais tout dépendra des mots que monsieur Laurent Gbagbo prononcera, mais le simple fait de le libérer n’apportera pas automatiquement la réconciliation.

    En Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo a été condamné à vingt ans de prison pour le braquage de la BCEAO. Est-ce que vous pensez qu’avec cette condamnation prononcée il y a un an, le pouvoir peut lui mettre des bâtons dans les roues ?

    Sur cette condamnation, j’en ai discuté avec quelqu’un qui m’expliquait que, dans le discours que le président Ouattara a livré le 6 août 2018, à la veille de la fête de l’Indépendance, lorsqu’il a amnistié 800 personnes, cela incluait tous les crimes ou tous les délits qui touchaient à la crise post-électorale. Donc, cette personne me faisait savoir que monsieur Gbagbo fait partie des personnes amnistiées. Il y a beaucoup de réserve, parce qu’il faut que les juristes nous situent. Mais il est vrai qu’on a amnistié 800 personnes, dont madame Gbagbo. Alors, je pense que, peut-être, monsieur Gbagbo fait partie de ces 800 personnes. Dans tous les cas, si monsieur Gbagbo revient ici, cela va créer… Oh là ! Une grande confusion. C’est une situation qui est déjà très confuse.

    Voulez-vous dire que cela va créer de nouvelles tensions ?

    Tout à fait. Parce que nous sommes déjà dans une situation pour le moins tendue. Vous savez, nous avons réussi l’exploit de diviser tous nos partis ! C’est franchement - excusez-moi le mot - le « foutoir ». Alors, si monsieur Gbagbo arrive, cela va vraiment compliquer une situation qui n’est déjà pas très simple.

    Pensez-vous que Laurent Gbagbo va se poser en nouveau candidat à la présidentielle de 2020 ou en sage et faiseur de rois?

    Si je m’en tiens à une interview qu’a accordée monsieur Mattei sur vos antennes il n’y a pas très longtemps, monsieur Laurent Gbagbo a bien l’intention de revenir, être un acteur principal dans le jeu politique. Il n’a pas exclu la possibilité d’être candidat à la présidentielle de 2020. Cela, c’est monsieur Mattei qui l’a dit. Ou, du moins, c’est moi qui ai pu le comprendre comme cela.

    Le journaliste français François Mattei, qui a visité plusieurs fois Laurent Gbagbo dans sa prison…

    C’est cela. Il a écrit un livre sur lui il n’y a pas longtemps. Mais nous attendons, quand même, de savoir ce que monsieur Gbagbo lui-même va dire. Cela m’étonnerait que monsieur Gbagbo reste un acteur passif. Il va jouer un rôle et cela m’étonnerait qu’il ne cherche pas à prendre sa revanche, puisqu’ils estiment qu’on leur a volé leur victoire en 2010. Mais je ne vais pas me lancer dans des supputations compliquées. Attendons de voir ce que monsieur Gbagbo lui-même va dire.

    Et alors, si messieurs Gbagbo et Bédié se portent candidats en 2020, que peut faire Alassane Ouattara ?

    Ah, j’ai bien peur qu’il ne descende lui aussi dans l’arène.

    Donc vous imaginez sérieusement l’hypothèse où l’on retrouve en 2020 les mêmes acteurs qu’en 2010, avec simplement un renversement d’alliance ?

    C’est tout à fait possible. Cela, il ne faut pas l’écarter du tout. Et je pense qu’il serait regrettable pour la Côte d’Ivoire, après tout ce temps-là, qu’on revienne en arrière. Pour moi, c’est vraiment un retour en arrière.

    A votre avis, il faut un renouvellement des hommes politiques ?

    Tout à fait. Parce que - il faut le dire -, ces trois personnes, c’est eux qui ont porté cette crise-là, qui date depuis la mort d’Houphouët ! Si l’on doit revenir vingt ans en arrière, c’est que la Côte d’Ivoire n’a pas avancé du tout.

    Mais tout de même, Venance Konan, est-ce que les Ivoiriens n’ont pas tiré les leçons de la très grave crise de 2000 à 2010 ?

    Hélas ! Je ne crois pas qu’on ait tiré les leçons de cette crise. Lorsque j’entends certains discours, lorsque je lis certains écris, j’ai vraiment l’impression de revenir vingt ans en arrière. Le discours ethniciste, tribaliste est en train de revenir, malheureusement. Et ça, c’est grave et je le déplore. On donne le sentiment de n’avoir tiré aucune leçon de ce qui nous est arrivé.

    Et ce discours ethniciste, vous l’entendez de quel côté ?

    De tous les côtés, malheureusement


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