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    Hongrie: Andras Kadar, ou la lutte pour défendre l’Etat de droit

    Des manifestants se regroupent dans les rues de Budapest, la capitale hongroise, pour protester contre la loi travail. AFP/Ferenc Isza

    En Hongrie, les manifestations se poursuivent contre la loi travail qui a été adoptée en décembre 2018, une loi qui porte à 400 le nombre des heures supplémentaires que les employeurs pourront demander à leurs salariés tous les ans, payables trois ans plus tard. Mais à ces contestations se mêlent des critiques directes contre les dérives autocratiques du président Viktor Orban. Andras Kadar est avocat, il observe et subit au quotidien les attaques contre les organisations de droits de l’homme, une situation qui se dégrade depuis plusieurs années.

    Andras Kadar codirige le Comité Helsinki Hongrois qui exerce une veille sur la situation des droits de l’Homme. Il se concentre sur l’accès à la justice pour les minorités, le droit d’asile, les lieux de privation de liberté, ou encore l’utilisation excessive de la force. Andras Kadar constate que la situation se dégrade particulièrement depuis deux ans : « Ces deux dernières années ont été caractérisées par des campagnes constantes de diffamation des migrants, des organisations qui fournissent une assistance aux demandeurs d’asile, et par extension, diffamation de tout ce qui concerne la défense des droits de l’Homme. On a été accusés d’être des mercenaires à la solde d’intérêts politiques étrangers. C’est cette rhétorique, avec la puissance médiatique qu’utilisent les partis de gouvernement qui a ruisselé dans la société hongroise. Donc pour nous, ce qui est très important, c’est d’améliorer notre communication et de rappeler que l’Etat de droit et la démocratie ne sont pas des slogans creux, mais les véritables pierres angulaires qui ont permis que la paix perdure depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »

    Andras Kadar regrette que les canaux de communication entre les organisations de défense des droits de l’homme comme le Comité Helsinki et l’Etat soient totalement rompus, ce qui selon lui affecte gravement l’Etat de droit, notamment sur la situation des lieux de privation de liberté. « Par exemple, on avait des programmes de suivi des lieux de détention. Nous nous rendions dans les prisons, dans les cellules des commissariats, on s’entretenait directement avec les détenus sur leurs conditions de détention. Ceci se déroulait en totale coopération avec les autorités pénitentiaires, avec la police, et cela leur permettait d’avoir un regard de l’extérieur sur leurs pratiques, on pouvait attirer l’attention sur des situations qu’ils n’avaient pas remarquées. Ça a très bien fonctionné pendant 20 ans, mais lorsque les attaques envers les organisations de la société civile ont commencé, tous ces programmes de coopération ont été mis à l’arrêt par les autorités qui ont considéré qu’elles n’en avaient plus besoin. »

    Un regret, car Andras Kadar considère qu’il ne faut pas uniquement critiquer les autorités en cas de manquement, mais aussi travailler avec elles pour réaliser des améliorations et des changements. Malgré tout, le Comité Helsinki hongrois tente de relancer la coopération avec les instances gouvernementales. Andras Kadar insiste : il faut aussi remobiliser l’ensemble de la population sur la nécessité de préserver les droits fondamentaux, et pas uniquement pour les migrants, les demandeurs d’asile et les LGBT. « On doit faire très attention à ne pas abandonner les groupes que nous avons particulièrement protégés jusqu’à présent, car nous l’avons fait précisément parce qu’ils sont davantage marginalisés, vulnérables, ils ont donc besoin de cette protection. Mais on doit aussi remettre à plat les situations à travers lesquelles on explique à nouveau à la grande majorité de la population en quoi consiste la défense des droits de l’homme, en quoi ça les concerne au quotidien, et en quoi cela peut affecter leur vie. »


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