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    Les deux présidents du Venezuela se disputent le contrôle du pactole pétrolier

    Une station d'essence de Citgo à Chicago aux Etats-Unis. La pépite Citgo est le plus gros importateur de brut vénézuélien. Sdi-jr/wikimedia.org

    Au Venezuela où le président autoproclamé Juan Guaido et le président en exercice Nicolas Maduro se disputent le pouvoir, la bataille passe aussi par le contrôle des revenus de l’or noir.

    A l'extérieur Juan Guaido doit séduire les chancelleries. A l'intérieur du pays il a besoin de l'adhésion des militaires, mais il lui faut aussi, au plus vite mettre la main sur le nerf de la guerre: l'argent du pétrole. Dans cet état pétrolier exsangue où l’économie est en ruine, l’or noir demeure le plus gros pourvoyeur de cash légal. Juan Guaido a annoncé vendredi 25 janvier qu’il voulait mettre le secteur sous son autorité en nommant un nouveau ministre du Pétrole, un nouveau dirigeant pour Petroleas de Venezuela (PDVSA) et un autre dirigeant pour sa filiale américaine, la pépite Citgo, qui est le plus gros importateur de brut vénézuélien.

    Les Etats-Unis sont en fait le premier débouché du pétrole du Venezuela?

    Le Venezuela ne produit plus que un million de barils par jour, et il en expédie la moitié vers les Etats-Unis et sa filiale américaine Citgo en fait son miel. Avec ses 3 raffineries, ses multiples participations dans des oléoducs, Citgo (qui a été créée dans l’Etat du Delaware, bien connu pour ses facilités fiscales), vaut aujourd’hui 10 milliards de dollars. Cette année elle a déjà dégagé 500 millions de dollars de revenus net. Cette société florissante a longtemps été la machine à cash du régime de Maduro. Jusqu’à ce que Donald Trump l'empêche de rapatrier ses revenus vers Caracas avec les sanctions mises en place en août 2017. Mais Citgo continue à traiter et à commercialiser le brut du Venezuela car le président américain n'a toujours pas déclenché l'arme fatale qui tuerait cette vache à lait, c'est-à-dire un embargo sur les importations du pétrole de l'Orénoque.

    Juan Guaido a-t-il les moyens humains, juridiques de reprendre en main cette société ?

    Les experts pétroliers américains voient mal comment il pourrait unilatéralement prendre le contrôle de la société et récupérer les revenus. A moins d’un coup de pouce de l’administration américaine. Mais l’affaire se corse car beaucoup de sociétés américaines misent sur la saisie des biens de Citgo pour récupérer l'argent qu'elles ont perdu au Venezuela. Donner les clés du coffre à Juan Guaido reviendrait donc à léser définitivement ces sociétés. Pour un président qui n’agit qu’au nom de l’America first, cela paraît improbable, mais pourquoi pas. Et puis Nicolas Maduro n'est pas resté les bras croisés après les annonces faites vendredi en conférence de presse par Juan Guaido. Le président de Citgo, un cousin de feu Hugo Chavez, a été rappelé à Caracas et l’équipe dirigeante a été envoyée aux Bahamas où Citgo a réactivé un bureau. Un autre acteur étranger suit de près l'évolution du dossier, la Russie.

    Vladimir Poutine est l'un des fervents soutiens de Nicolas Maduro.

    Si la Chine est de loin le premier créancier du Venezuela que le régime bolivarien rembourse en barils de pétrole, la Russie arrive en deuxième position. Avec une stratégie très offensive: elle livre des armes à Nicolas Maduro et surtout, via Rosneft, elle a investi dans l'extraction directe du brut pour exploiter les fabuleuses réserves vénézuéliennes qui sont considérées comme les plus grandes au monde. Rosneft est présent dans cinq projets et a pris soin de garantir son investissement en obtenant une participation de 49% dans la pépite américaine Citgo. Cette poule aux oeufs d'or est donc très convoitée, et personne n'a intérêt à ce que ses oeufs ne soient cassés dans la manoeuvre.

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