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    Hassoumi Massaoudou (Niger): le franc CFA «n'est pas un franc colonial ! »

    Hassoumi Massaoudou, actuel ministre des Finances du Niger, en février 2016, alors qu'il était à l'époque ministre de l'Intérieur du Niger. ISSOUF SANOGO / AFP

    Le franc CFA est-il vraiment un frein au développement et à l'industrialisation de l'Afrique, comme l'affirme le vice-président du Conseil italien, Luigi Di Maio ? Pour Hassoumi Massaoudou, le ministre des Finances du Niger, c'est tout le contraire.

    Des francs CFA. RFI/Paulina Zidi

    Des billets de francs CFA, de la zone Afrique centrale (BEAC).

    RFI : Est-ce que vous êtes d’accord avec ceux qui disent que le franc CFA empêche le développement et l’industrialisation des pays africains qui utilisent cette monnaie ?

    Hassoumi Massoudou : Ma réponse est simple. Il suffit de comparer deux pays, la Côte d’Ivoire et le Ghana, qui sont des pays comparables géographiquement, comparables en termes de population, comparables en termes de ressources naturelles. Je ne pense pas que l’on puisse dire que la Côte d’Ivoire est moins industrialisée que le Ghana. Voilà la réponse. Je ne pense pas qu’il y ait cette relation automatique entre le franc CFA et la désindustrialisation. La Côte d’Ivoire est tout aussi industrialisée, au moins tout autant que le Ghana.

    Est-ce que le franc CFA, accroché à l’euro, n’est pas une monnaie surévaluée, qui handicape les exportations et qui avantage les importations ?

    Le franc CFA a une qualité essentielle liée surtout à la gestion par la Banque centrale [BCEAO - Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest] c’est la stabilité, c’est la protection du pouvoir d’achat des populations. En ce qui concerne le lien avec l’euro, je voudrais juste rappeler que ce n’est pas un cas particulier. Il y a plus de trente pays africains qui ont des arrangements monétaires du type du franc CFA, donc ce n’est pas quelque chose d’exceptionnel. L’essentiel, c’est la politique monétaire mise en œuvre. Et nous avons une politique monétaire qui a l’avantage de protéger le pouvoir d’achat de nos populations et qui ne va pas contre la croissance, qui attire les investisseurs et qui permet d’avoir des politiques budgétaires, qui permettent de créer les conditions de l’industrialisation et du développement. Dans le temps long, je ne pense pas que les pays de l’UEMOA [Union économique et monétaire ouest-africaine], par exemple, soient plus en retard que les pays hors CFA. Donc ce type de comparaison n’a de pertinence que du point de vue émotif. Sincèrement, ce rappel du lien colonial, je ne pense pas que le franc CFA d’aujourd’hui soit comparable à un franc colonial. C’est un choix tout à fait souverain, qui peut changer, d’ailleurs, qui peut évoluer et qui continuera à évoluer.

    Voulez-vous dire que le franc CFA sécurise les investissements ?

    Absolument, le franc CFA sécurise les investissements. C’est un avantage apparent et évident. Mais, en plus, le franc CFA sécurise les populations du point de vue du pouvoir d’achat. Le pouvoir d’achat est garanti. Nous sommes immunisés par les politiques de la Banque centrale contre l’hyperinflation. C’est quand même quelque chose d’extraordinaire ! Et sur la période longue, sur la série longue, nous n’avons pas eu moins de croissance que les autres pays hors zone franc CFA. Donc je ne vois pas ces inconvénients que l’on dit. Ce sont des inconvénients qui sont liés à de la propagande. C’est une charge émotive que l’on veut brandir, mais sur le plan des faits, les faits infirment tous ces propos-là. Deuxièmement, il est important de savoir que le franc CFA a évolué et continuera à évoluer. Aujourd’hui, nous sommes dans une dynamique de sortie par le haut, notamment dans le cadre de l’intégration de la Cédéao [Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest] au niveau de la construction de la monnaie de la Cédéao. Donc nous sommes engagés naturellement et sans beaucoup de ruptures vers la monnaie unique de la Cédéao. Mais vraiment, nous n’avons pas ce problème-là.

    Le compte d’opérations vous oblige à passer systématiquement par le Trésor français. Est-ce que cela ne donne pas un pouvoir important au gouvernement français, qui peut orienter vos politiques économiques et financières ?

    Non, non… Le compte d’opérations, c’est d’abord 50% de nos réserves de change. D’ailleurs, il est rémunéré et ce compte d’opérations pourrait exister à la Banque d’Angleterre ou bien dans une autre banque. C’est un choix qui a été fait. C’est pour cela que je dis que ce type d’accord monétaire existe aussi ailleurs. Il existe pour plus de trente pays africains et il existe un peu partout dans le monde. La liberté que nous avons de changer de lieu de compte d’opérations est là, elle existe. Deuxièmement, la politique monétaire se décide au niveau de la Banque centrale et au niveau de l’UEMOA. Elle ne se décide pas à Paris. C’est nous qui décidons de la politique des taux d’intérêt, etc. Donc, vraiment, cela se fait ici, sans l’intervention de la France, sans un mot à dire du gouvernement français. Je pense que nous n’avons pas ce lien de subordination du point de vue des politiques économiques vis-à-vis de la France. Vraiment, ce sont des mythes que l’on continue à brandir et qui n’ont plus d’effet aujourd’hui.

    Oui, mais beaucoup d’Africains disent que leurs Etats n’ont pas la totalité de leur souveraineté à cause de ce franc CFA…

    Non, le franc CFA, c’est d’abord la première mutualisation de notre monnaie ! C’est un franc commun à l’ensemble de nos pays, dans le cadre de l’Union monétaire, de l’UEMOA, c’est déjà cela. A partir de ce moment-là, nous avons cédé, au profit d’un ensemble plus grand, la souveraineté de chacun de nos Etats, mais c’est un choix libre, c’est un choix positif, qui va dans le sens de l’histoire. Justement, nous voulons capitaliser ce genre de choix pour aller vers une monnaie de la Cédéao, dans un ensemble encore plus large. Je pense que cet abandon de souveraineté de chacun des Etats au profit de l’ensemble de l’UEMOA ne veut pas dire que cet abandon de souveraineté soit au profit de la France. Du point de vue de la distribution des pouvoirs, la France n’a pratiquement aucun rôle dans les choix fondamentaux que font nos Etats du point de vue monétaire et économique.

    Comment se fait-il que vous soyez l’un des rares hommes politiques africains à défendre publiquement le franc CFA ?

    Non, l’ensemble des ministres des Finances de l’UEMOA défendent le franc CFA. Nous n’avons aucun complexe. Nous le faisons à chaque fois que nous nous réunissons. Nous sommes tout à fait à l’aise, donc nous n’avons aucun complexe dans la gestion de nos affaires et dans nos choix.

    Mais n’y a-t-il pas un courant anti-CFA en Afrique de l’Ouest ?

    Mais bien sûr, il y a toujours un courant anti-CFA, qui découle des résidus de courants anti-impérialistes. Mais ça, c’est un discours des années 1960. C’est un discours, aujourd’hui, assez marginal.

    Oui, mais visiblement, dans la société civile, c’est un courant de plus en plus fort, quand même !

    Mais non… D’abord, la société civile, aujourd’hui, est très embryonnaire en Afrique. Cela a un écho à l’extérieur, mais dans nos pays, cela n’a pas vraiment de prise sur les positions dominantes.


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