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    Marc Lavergne: au Soudan, on peut avoir «une tentative de sauver le régime en écartant le président»

    Le président soudanais Omar el-Béchir donne un discours pour le 63e anniversaire de l'indépendance de son pays, le 31 décembre 2018. AFP/Ashraf Shazly

    Le Soudan est secoué depuis le 19 décembre par des manifestations déclenchées par la décision du gouvernement de tripler le prix du pain. Ce mouvement constitue l’un des plus grands défis auquel est confronté le président Omar El-Bechir depuis son accession au pouvoir en 1989, il y a trois décennies. Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS, spécialiste du Soudan, répond aux questions de Carine Frenk.

    RFI : Au Soudan, 45 jours de crise et la colère ne retombe pas. Ce mouvement de contestation se poursuit. Est-ce que cela vous étonne ?

    Marc Lavergne : Pas du tout dans la mesure où quand on parle de colère ou de contestation, on semble négliger le fait qu’il n’y a rien à manger, tout simplement. Les habitants de la capitale ou des grandes villes sont dans une économie monétaire et n’ont plus d’argent. La monnaie s’est effondrée et il n’y a rien dans les magasins. Donc les gens n’ont d’autre choix que de continuer à manifester en demandant maintenant la chute du régime, c’est-à-dire qu’on est passé à une crise politique.

    Comment s’organise cette contestation aujourd’hui ?

    Elle a été encadrée progressivement par les partis politiques interdits ou bien tolérés par le régime, puis par les syndicats et en particulier, on note l’importance du syndicat des professionnels : des médecins, des avocats, des instituteurs, des professeurs, etc. tous ceux qui forment un peu l’armature de la société soudanaise.

    De nouvelles figures, de nouveaux leaders apparaissent-ils ?

    Ça n’est pas le cas jusqu’à présent dans la mesure où il y a dans l’opposition à la tête des partis traditionnels, qu’ils soient laïcs ou religieux, des gens qui sont toujours en place. On pense à Sadeq al-Mahdi qui était Premier ministre en 1989 quand il a été déposé par ce régime. Il est maintenant la figure de proue de l’ensemble de l’opposition, même si c’est aujourd’hui un vieux monsieur. Mais il représente un parti qui est considéré comme le plus important, le parti Oumma, qui est adossé sur une confrérie religieuse très importante.

    Est-ce que le régime du président Omar el-Béchir est vraiment affaibli ou pas tant que cela finalement ?

    Je ne suis qu’il soit affaibli par la contestation populaire dans la mesure où c’est un régime qui depuis trente ans a mené des guerres contre les populations qui se révoltent à sa périphérie. On pense au Darfour, aux monts Nuba, au Nil Bleu, des guerres qui durent encore. Donc c’est un régime qui n’a jamais hésité à massacrer sa population et qui a affronté aussi des crises internes.

    Mais il est tout de même sous pression ?

    Il est sous pression. C’est pour ça qu’il s’est rendu récemment au Qatar pour aller chercher un appui financier, puis en Egypte dimanche dernier pour aller rencontrer le maréchal [Abdel Fattah] al-Sissi et lui demander sans doute une intervention militaire pour l’aider en cas de déstabilisation grave de son système, une intervention égyptienne.

    Quelle est sa marche de manœuvre alors que les manifestants affirment qu’ils vont continuer à marcher ?

    Oui, les manifestants encore une fois n’ont pas d’autre choix que de continuer. Mais du côté du régime, sa faiblesse serait de ne pas pouvoir fournir les moyens nécessaires, moyens financiers, à son armée et à son appareil de sécurité, qui sont aussi victimes de la crise. Donc il y a des signes d’affaiblissement de la répression sachant que le régime dépense 80% de son budget pour l’armée et pour l’appareil répressif. Il est certain que la population, qui est consciente de ça, demande sans doute qu’il y ait un rééquilibrage en faveur à la fois des subventions de produits de première nécessité, mais aussi à l’éducation, à la santé, aux services sociaux, etc.

    Peut-il toujours changer la Constitution pour pouvoir se représenter à la présidentielle de 2020 ?

    Oui, ça, c’est un exercice purement théorique dans la mesure où il n’a jamais été élu. Même s’il considère que là il va entamer son troisième mandat. En fait, il est né d’un coup d’Etat militaire. La Constitution et les processus électoraux, c’est à usage extérieur. Sur la scène intérieure, il n’a pas d’opposant. Il pourrait « être réélu » sans que personne n’aille voter.

    Est-ce que l’armée pourrait être tentée de prendre les choses en main. Cela s’est passé déjà à deux reprises au Soudan ?

    Oui, mais il lui-même militaire et il se peut qu’à l’intérieur de l’armée, on ait des officiers d’un rang inférieur qui renversent la table, si vous voulez. Mais je ne pense pas que cela puisse se faire tant que l’armée profite de ce régime. Elle a beaucoup d’avantages matériels pour à la fois tenir le pays et contrôler les régions rebelles, et aussi éventuellement intervenir contre les manifestants.

    Quelle issue voyez-vous à cette crise ?

    Je ne pense que le soulèvement populaire puisse aboutir à une chute du régime. Ce serait effectivement quelque chose de souhaitable quoiqu’on pense de ce régime à vrai dire, parce que c’est un régime qui est usé. Ce sont les mêmes personnes qui sont au pouvoir depuis trente ans. Mais il y a quand même la capacité en interne puisque ça n’est pas un pouvoir personnel autour d’Omar el-Béchir. C’est vraiment une sorte d’union de forces qui sont à la fois civiles et militaires, islamistes et laïcs, des hommes d’affaires. Il peut y avoir une tentative de soulever le régime en écartant le président. Et cela pourrait fonctionner avec peut-être une ouverture d’un des éléments les plus conservateurs de l’opposition, c’est-à-dire des partis confrériques. Je citais Sadeq al-Mahdi, c’est quelqu’un qu’on pourrait imaginer rejoindre un gouvernement qui ne se déclarerait plus islamiste, qui ferait des mesures un peu symboliques d’ouverture à l’égard de la société civile. Mais on n’en est pas encore là. On est encore dans la phase d’affrontements. Le régime n’a pas obtenu toutes les aides qu’il souhaiterait. D’un autre côté, la population, elle, n’est pas prête, semble-t-il, d’abandonner ces manifestations. Cela reste à voir, mais la solution pourrait être quelque chose qui soit assez cosmétique en attentant les élections de 2020 par exemple, pour essayer de préserver l’essentiel du système.


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