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    Raids français au Tchad: «Pas de commentaires à faire» (ministre algérien)

    Abdelkader Messahel, le ministre algérien des Affaires étrangères, à Nouakchott, le 8 avril 2012. AF / STRINGER

    Les raids de l’aviation française au Tchad… Comment sont-ils ressentis en Afrique ? Abdelkader Messahel est le ministre algérien des Affaires étrangères. Depuis hier, il est à Addis Abeba, où il participe au conseil des ministres de l’Union africaine, en prélude au sommet des chefs d’Etat de ce week-end. Le chef de la diplomatie algérienne répond aux questions de l’un de nos envoyés spéciaux, Christophe Boisbouvier. Il s’exprime aussi sur le Sahara occidental.

    RFI : La guerre au nord du Tchad. Depuis dimanche 3 février, l’armée de l’air française a frappé à plusieurs reprises une colonne de rebelles tchadiens à 400 kilomètres au sud de la frontière libyenne. Quelle est votre réaction ?

    Abdelkader Messahel : D’abord, on est en train de suivre ce qui se passe dans cette région. On a vu les déclarations des autorités tchadiennes sur cette question. En fait, je pense que cela va nous interpeller sur tout ce qui se passe au Tchad ou ce qui se passe au Mali. Il faut aller au plus vite vers le règlement de la situation en Libye. Si on n’arrive pas à faire en sorte que la Libye retrouve sa stabilité, il est évident que toute la région sera quelque peu, elle l’est déjà, sous la menace que ce soient des groupes terroristes, que ce soient de groupes rebelles. Je pense que la stabilisation de la Libye sera profitable pour tous les pays de la région et de la sous-région. Ce que nous souhaitons, c’est qu’il y ait une convergence des agendas. Il faut aller vers un seul agenda. Le seul agenda qui vaille la peine, c’est celui de ramener la paix et la stabilité en Libye. Et pour cela, la priorité doit être laissée aux Libyens. Nous l’avons dit, nous l’avons répété. Notre rôle à nous, pays voisin ou pays ami, ou pays tout ce que vous voulez, c’est de faire en sorte que nous accompagnions les Libyens dans cet effort.

    Avec ces raids français, craignez-vous un retour de la Françafrique ?

    Je n’ai pas de commentaires à faire. Moi, je vous dis, par rapport à ce qui se passe chez nous, je le vois par rapport à la stabilisation de la situation en Libye. C’est clair.

    La guerre au nord du Mali. Il y a encore eu une attaque meurtrière à Aguelhok le 20 janvier. Dix soldats tchadiens sont tombés. Est-ce à dire que la menace jihadiste est de plus en plus forte ?

    Tant que le Mali n’a pas retrouvé sa stabilité… D’abord, il faut saluer les efforts qui sont faits par le gouvernement malien et par le président IBK lui-même [Ibrahim Boubacar Keita], après son élection, toute la programmation qui est faite dans la mise en œuvre de l’accord de Bamako né du processus d’Alger [2015]. Je pense que c’est là un acquis extrêmement important. Plus on va vers une meilleure mise en œuvre de cet accord, mieux on fait face aux menaces que sont le terrorisme et le crime organisé. Vous avez fait état, malheureusement, d’actes terroristes au Mali…

    Meurtriers…

    Meurtriers. Il y en a toujours. Il n’y a pas qu’au Mali. Il y en a au Burkina Faso, dans toute cette région. Et là aussi, selon notre approche, les processus internes doivent être laissés d’une manière ou d’une autre aux acteurs internes.

    Mais pour le G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad], l’Algérie reste en retrait et continue de ne pas participer aux réunions de soutien ?

    Pour des raisons évidentes, nous ne sommes pas membres du G5 Sahel. Nous avons des contraintes d’ordre constitutionnel, mais aussi d’ordre politique. Nous ne faisons partie d’aucune coalition internationale où qu’elle soit. Mais cela ne nous empêche pas d’avoir des rapports directs avec les principaux concernés. Avec le Mali, nous apportons notre soutien aux efforts du gouvernement. Dans la limite de nos moyens, nous le faisons aussi avec le Niger, nous sommes présents dans la formation, nous sommes présents dans le soutien logistique. Donc nous le faisons.

    Il y a deux mois, le 5 décembre, vous avez participé à Genève à une réunion sur le Sahara occidental, c’était une première depuis 7 ans. Est-ce que des progrès sont en vue ?

    Nous souhaitons qu’il y ait des progrès. En fait, de notre point de vue, nous l’avons déjà déclaré, cette réunion, qui était un peu une réunion informelle, a permis aux deux parties et aux deux pays voisins de se retrouver autour d’une table. Là, il faut que j’apporte une clarification en ce qui concerne les pays voisins. Parfois, il m’arrive de lire certains journaux comme si c’était une première. Ce n’est pas vrai, ce n’est pas une première. Moi personnellement, j’ai participé à tous les processus et toutes les réunions depuis Lancaster House : Lancaster House un, deux, trois, en passant par Lisbonne, par Genève, par Malte. Il y a toujours eu les deux parties au conflit, le Royaume du Maroc et le Front Polisario, et il y a eu les pays voisins. Les pays voisins sont là pour des questions qui les impliquent directement, dans tout le processus, que ce soit le processus de James Baker, ou processus qui a été par la suite avec tous les envoyés spéciaux. Il y a les résolutions du Conseil de sécurité. Aujourd’hui, monsieur Horst Kohler fait un effort pour les mettre en œuvre. En tous les cas, nous, nous l’avons déclaré et nous l’avons prouvé, nous sommes un partenaire loyal dans la mise en œuvre de ces résolutions qui, elles, toutes ces résolutions duConseil de sécurité, promeuvent l’autodétermination du Sahara occidental.

    Aux Nations unies, certains souhaitent que l’Algérie et la Mauritanie deviennent des participants à part entière, au même titre que le Maroc et le Front Polisario. Qu’en pensez-vous?

    Qui sont ces gens ?

    Un certain nombre de responsables des Nations unies, du secrétariat général des Nations unies…

    Non. Il faut lire la résolution du Conseil de sécurité qui parle des parties, et il parle des pays voisins. Et il faut revoir un peu les minutes du rapport qu’a fait monsieur Kohler le 29 janvier dernier. Il parle des parties et des pays voisins.

    Donc on est bien d’accord ? Le Maroc et le Front Polisario sont les parties ? Et l’Algérie et la Mauritanie sont les voisins ? Donc il n’y a pas de changement par rapport à [la réunion de] Manhasset en 2011 ?

    Changement, je ne sais pas quelles sont les idées que peuvent amener les Nations unies ou leurs représentants personnels dans le cas de la mise en œuvre de ces résolutions. On verra dans quel sens ça ira. Mais je pense que des pays comme l’Algérie ou la Mauritanie peuvent être toujours des pays voisins. Et ils le sont. Ils peuvent avoir une neutralité constructive.

    Vous parlez d’une « neutralité constructive » en vue de la prochaine réunion qui est prévue le mois prochain. Est-ce que vous espérez que les deux parties, le Maroc et le Front Polisario, fassent chacune un pas vers l’autre et qu’on aille vers une résolution du problème ?

    Enfin, nous le souhaitons. Ce qui est important, c’est cette dynamique. Il faut être engagés loyalement, je parle des parties dans le sens de la recherche d’une solution qui s’inscrit en droite ligne des recommandations du Conseil de sécurité.

    Et l’Algérie apportera ce que vous appelez sa « neutralité constructive » ?

    Neutralité constructive. Nous, nous sommes pour la paix et nous sommes pour la stabilité de cette région. C’est un conflit qui a trop duré et c’est un conflit qui doit trouver sa solution dans le cadre des Nations unies, dans le cadre des recommandations et dans le cadre des résolutions des Nations unies. Donc je crois que le temps est venu et qu’il va falloir aller de l’avant. Et c’est pour cela que je dis que, peut-être que c’est un moment qu’il ne faut pas rater, et je parle surtout des deux parties, pour qu’elles puissent s’asseoir autour d’une table, discuter, aller de l’avant afin de trouver une solution à ce conflit.


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