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    Une telle soif de leadership

    Jean-Baptiste Placca. Claudia Mimifir

    A défaut de démocraties crédibles, bien des peuples se satisferaient de dirigeants qui ne les déshonorent pas, et qui travaillent réellement au développement de leur pays.

    Ce sont les premières retrouvailles, cette fin de semaine, à Addis Abeba, entre les chefs d’Etat africains, depuis leur tentative infructueuse visant à faire proclamer, en RDC, des résultats conformes à ce que la Conférence épiscopale, la société civile et une partie de la population congolaise considéraient comme le choix du peuple. Comment un chef d’Etat, parvenu au pouvoir dans les conditions que l’on sait, est-il accueilli par ses pairs ? Et comment se sent-il, parmi eux ?

    Comment est-il accueilli ? Cela dépend de chacun de ses pairs, et de la façon dont chacun est arrivé au pouvoir et s’y maintient. Quant à comment il pourrait se sentir dans une telle assemblée, c’est entre sa seule conscience et lui. Sans oublier qu’il pourrait être convaincu d’avoir été réellement élu, sans nécessairement se mentir à lui-même. C’est son droit, après tout… Mais il peut aussi ne simplement avoir aucun état d’âme face aux éventuelles compromissions par lesquelles il lui aura fallu passer, pour se hisser sur la vague de sa propre ambition.

    « Tout homme est homme », disait Barthélemy Boganda, le père de l’indépendance de la Centrafrique, dans la devise qu’il avait donnée à son pays. « Tout homme est homme », mais les hommes, voyez-vous, ne sont que des hommes. Avec une éthique qui peut varier, y compris d’un jumeau à sa jumelle, et fluctuer considérablement, d’un aîné à son cadet.

    Alors, peu importe comment monsieur le président Tshisekedi peut être accueilli par ses pairs ! Peu importe comment lui-même se sentira dans un fauteuil qu’il sait peut-être sciemment ne pas être à lui. L’essentiel, ici, c’est le besoin de dignité qu’éprouve le peuple congolais. Le besoin de se sentir dignement représenté par ceux qui parlent en son nom, dans les sommets, sur la scène mondiale. Un président dans le dos duquel les autres étoufferaient de rire, cela peut crever le cœur à tout un peuple !

    Faut-il comprendre que certains dirigeants ne représenteraient pas assez dignement leurs peuples ?

    Oui, et tous les dirigeants réellement proches de leurs peuples devraient le savoir. Vous ne pouvez imaginer quelle fierté peuvent ressentir les Africains, ou dans quel désarroi ils peuvent sombrer, à la vue de l’impression que laisse celui qui les représente sur l’échiquier international. Certes, cela n’a rien à voir avec des élections transparentes ou volées, rien à voir avec le type de régime qui prévaut dans leur pays, mais cela peut beaucoup aider. Ainsi, aujourd’hui, le Rwandais Paul Kagame semble inspirer, à travers le continent, un respect qui, de fait, rejaillit sur tout son peuple, en dépit des réserves sur le régime politique en vigueur à Kigali. C’est ce qui fait dire à certains que quitte à vivre sous un régime autocratique, autant que ce soit un despotisme éclairé, qui serve, au moins, au développement du pays. Paul Kagame dirige son pays avec sérieux et rigueur, et bien des peuples africains aimeraient avoir un tel leadership chez eux. Avec, en plus, une démocratie crédible, si possible. La réalité est que la plupart n’ont ni l’un ni l’autre. A quelques très rares exceptions près, ils n’ont, souvent, droit qu’à des dictatures stériles, peu ou pas du tout productives.

    Et quelles sont ces « très rares exceptions » ?

    Près de nous est le Ghana, pays démocratique, qui peut, aujourd’hui, rêver d’émergence et être pris au sérieux. Ce Ghana qui séduit a été construit durant les années de fermeté, sinon de dictature du régime de Jerry J. Rawlings, entre 1981 et 1992. Les Ghanéens vivaient à l’étroit, démocratiquement parlant. Comme depuis la chute de Kwame N’krumah, en 1966, et même sous N’krumah, pour être juste et honnête. Rawlings a perpétré un coup d’Etat, pour enrayer les dictatures stériles qui se succédaient au pouvoir. Il a assaini l’économie, puis instauré la démocratie, et se l’est appliquée. Après deux mandats, il a cédé le pouvoir, et l’alternance, depuis 2000, revient à une cadence de métronome. A part quelques passagers soubresauts, ce pays affiche une santé économique et démocratique qui ferait pâlir d’envie nombre de ses voisins. Comme par hasard, Rawlings, du temps de sa dictature, jouissait, auprès des populations africaines, d’une popularité qui rappellerait celle dont jouit aujourd’hui Paul Kagame, et même au-delà.

    Tous les espoirs sont donc permis, pour le Rwanda ?

    Un jour, à notre consœur et amie de regrettée mémoire Ghislaine Dupont, qui voulait un avis sur le Rwanda, nous avons osé le rapprochement avec le Ghana de Jerry J. Rawlings, en affirmant avec certitude que Kagame finirait par démocratiser et se retirer, comme le Ghanéen. Elle en a douté. Et elle a bien argumenté ses réserves. Depuis, nous observons, en silence, le Rwanda, en espérant secrètement que Paul Kagame ne nous fera pas perdre ce pari à titre posthume.

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