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    J-B Lemoyne: au Tchad: nos forces ont agi dans le cadre du droit international

    Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d'Etat au ministère français des Affaires étrangères sur RFI, le 29 août 2018. ©RFI

    Depuis huit jours, les raids français au Tchad suscitent beaucoup de questions. Pourquoi la semaine dernière des chasseurs bombardiers français ont-ils frappé à plusieurs reprises une colonne de rebelles tchadiens à quelque 400 kilomètres au Sud de la frontière libyenne? Jean-Baptiste Lemoyne est secrétaire d'Etat au ministère français des Affaires étrangères. Ce week-end, il était en Éthiopie, en marge du 32ème sommet de l'Union Africaine. Et c'est donc à Addis Abeba qu'il a répondu aux questions de l'un de nos envoyés spéciaux, Christophe Boisbouvier.

    RFI : La semaine dernière, l’armée de l’air française a frappé à plusieurs reprises une colonne rebelle au nord du Tchad. Pourquoi cette initiative ?

    Jean-Baptiste Lemoyne : Les autorités tchadiennes - l’Etat tchadien - ont demandé l’assistance immédiate de la France. Donc, au regard d’un certain nombre d’accords qui nous lient, nos forces ont eu à intervenir dans un cadre respectueux du droit international.

    Voilà plus de douze ans que l’armée française n’était pas intervenue sur le territoire tchadien contre une colonne rebelle. Certains y voient un retour de la Françafrique.

    Je crois que le président de la République Emmanuel Macron a voulu, justement, bâtir une politique qui s’éloigne de ce terme. Très clairement, vous l’avez vu à travers son discours de Ouagadougou. C’est un discours qui se tourne vers les sociétés civiles. Et on peut le voir, s’agissant du réengagement en matière de développement, nous mettons des moyens considérables. Et dès cette année, dans la loi des finances, il y a eu un milliard d’euros de votés supplémentaires. Donc je crois que nous sommes loin d’une période, celle qui a eu ce nom de la Françafrique.

    Les avions qui ont frappé appartiennent au dispositif Barkhane, dont le mandat est limité à la lutte antiterroriste. En frappant une colonne rebelle, une colonne d’opposants au régime d’Idriss Déby, n’y a-t-il pas eu un détournement du mandat de Barkhane ?

    Des éléments mis à disposition de Barkhane ne sont pas des éléments qui agissent uniquement sous une bannière Barkhane, naturellement, et donc ils ont été amenés à intervenir dans un autre cadre.

    Cet autre cadre c’est quoi précisément, puisqu’en 2008, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, les accords de défense entre la France et ses anciennes colonies ont été révisés pour qu’il n’y ait plus d’ingérence de la France dans les affaires intérieures de ces pays ?

    Vous savez, il y a ingérence lorsqu’il y a une intervention qui n’est pas désirée. Là, nous avons été saisis d’une demande d’assistance immédiate de la part des autorités tchadiennes. Donc nous ne sommes pas dans une ingérence, nous sommes, au contraire, dans une assistance qui a été souhaitée.

    Mais sur quelles bases légales ? Y a-t-il eu un document qui permet de légitimer l’intervention française ?

    Nous avons été saisis par écrit, effectivement, par une lettre formelle des autorités et à laquelle il a été donné une suite. Donc nous sommes dans un cadre respectueux des relations entre Etats et respectueux du droit international, puisque l’usage de la force est bien encadré. Il est le fait, soit d’un Etat qui demande l’assistance d’un autre Etat, soit dans le cadre des Nations unies, mais qui est un autre cadre, celui-là.

    Votre collègue Florence Parly a été auditionnée par les députés et les sénateurs la semaine dernière. Cette lettre va-t-elle être rendue publique ?

    C’est Florence Parly qui, naturellement, s’est rendue devant le Parlement. Ce que je peux vous dire, c’est que la France est encore, toujours, dans tous les cas, dans la stricte observance de toutes les prescriptions nationales et internationales. Et vous savez, le Tchad, quand il a fallu apporter sa pierre à l’édifice de la stabilisation dans le Sahel, lui aussi, a contribué à travers la projection de ces forces. Ce que l’on peut dire, c’est que nous sommes là dans un environnement qui nécessite de ne pas relâcher les efforts. On l’a vu encore il y a quelques jours avec, parfois, des casques bleus à qui les terroristes s’en sont pris au Mali ou bien des incursions ici ou là. Notre ambition est d’appuyer toutes les initiatives qui sont prises par les Etats membres de la zone, à travers notamment le G5 Sahel. Donc nous avons cela à cœur, parce que c’est l’émergence d’une force propre aux Africains et nous sommes mobilisés pour lui permettre d’être toujours plus opérationnelle.

    Vous évoquez les dix soldats tchadiens qui sont tombés à Aguelhok le mois dernier, au nord du Mali. De fait, l’alliance franco-tchadienne est très importante au nord du Mali. Est-ce aussi la raison pour laquelle vous avez répondu à l’appel d’Idriss Déby au nord du Tchad ?

    Encore une fois, il y a une demande et une réponse à cette demande, positive. Je ne vais pas aller au-delà.

    Vous achevez votre séjour à Addis-Abeba au moment du 32e sommet de l’Union africaine et vous préparez aussi la visite d’Emmanuel Macron. Ce sera le 14 mars prochain en Ethiopie. Pourquoi cette visite ?

    Il ne vous a pas échappé que ces deux dirigeants ont tout pour s’entendre. Ils sont tous les deux quadragénaires, ils sont tous les deux en train de mener de profondes transformations dans leur pays respectif. Je crois qu’il y a une entente qui s’est faite. Lorsque le président Macron a reçu à l’Elysée, en octobre dernier, le Premier ministre Abiy, je peux témoigner que cela a été une heure de tête-à-tête très fructueux. Il se passe quelque chose aujourd’hui en Ethiopie, indéniablement, il y a un momentum. Regardez la fin qui a été mise au différend avec l’Erythrée, la normalisation du cadre politique, avec la libération de nombreux prisonniers d’opinion. Le souhait du Premier ministre Abiy est également d’ouvrir l’économie, de pouvoir faire en sorte que les investisseurs étrangers puissent également prendre toute leur part. Et donc, naturellement, le président de la République Emmanuel Macron, à travers ce déplacement, souhaite marquer la force de cette relation, l’importance de cette relation. Ce sera, je crois, un moment très fort.

    Le Premier ministre éthiopien ne cache pas son agacement vis-à-vis de ses partenaires chinois. La France va-t-elle en profiter ?

    Vous savez, ce que nous disons à nos amis chinois qui sont les promoteurs, effectivement, des routes de la soie, c’est que ces routes doivent être dans les deux sens et donc elles doivent être, aussi, respectueuses des différents partenaires. Je crois que le Premier ministre Abiy a régulièrement, d’ailleurs, fait référence à cette notion de respect. Nous ne sommes pas là pour prendre la place d’un tel ou d’un tel, mais tout simplement pour pouvoir aider, accompagner l’Ethiopie à relever des défis. Des défis en matière énergétique, par exemple, et nous avons une expertise avérée en France, avec un certain nombre de très belles entreprises, des défis aussi en matière culturelle, puisqu’il y a là un patrimoine centenaire ou millénaire... Autant de chantiers, je crois, sur lesquels nous allons cheminer ensemble.


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